Le 19 novembre 1918

Alsace1918Aux Armées, Segelshem.

Bien chère Tante,

Merci de tout cœur pour te gentilles lettres qui m’ont fait bien plaisir. Oui, la voici la victoire et je me réjouis du bonheur de mes parents et de France. J’attends avec impatience des nouvelles et il me tarde tant de les revoir. Je compte partir sous peu en perme exceptionnelle. J’espère que Charles a pu les voir à son retour de perme et je vois d’ici leur joie après ces quatre années de souffrance ! Ici nous nous apprêtons à participer à l’entrée solennelle du roi Albert dans Bruxelles, aux portes de laquelle nous cantonnons. Les habitants sont bien heureux et nous accueillent à bras ouverts. Cette victoire est bien belle mais bien douloureuse pour toi, pauvre Tante !

Je termine en t’embrassant bien tendrement ainsi que toute la famille. Ton dévoué neveu qui t’aime de tout son cœur.

Jean-Paul.

Le 17 novembre 1918

Mulhouse1918

Jean-Paul ne le sait pas mais ses parents assistent le même jour à l’entrée des troupes françaises à Mulhouse

Segelshem

Chère Tante,

Nous faisons des étapes glorieuses à travers la Belgique délivrée. Il fait un froid glacial. Aussi je te serai reconnaissant de m’expédier mon gros chandail noir et des gants de laine. Aujourd’hui je t’ai expédié mon costume kaki en deux colis ! J’ai reçu le dernier paquet contenant les biscuits et le chocolat. Merci de tout cœur. J’ai sollicité l’autorisation au général en chef pour me rendre à Mulhouse en perme exceptionnelle et attends la réponse qui ne va , je pense, pas tarder. Affectueux baisers.

Jean-Paul

Le 13 novembre 1918

WetterléAux Armées*,

Bien chère Tante,

Nous ne connaissons pas encore les conditions d’armistice. Il me tarde d’en prendre connaissance ! Les chers nôtres sont-ils délivrés ? Peut-on correspondre ? Je me méfie encore car je ne voudrai pas attirer des ennuis aux nôtres après avoir berné leur perspicacité pendant plus de quatre ans ! Ah ce qu’ils doivent être heureux de penser qu’ils vont nous revoir d’ici quelques jours ! Je te serai obligé chère Tante de m’envoyer immédiatement les Annales d’avant la guerre dans lesquelles on publiait la série d’articles de l’abbé Wetterlé sur l’Alsace-Lorraine. Je suis chargé de faire une conférence sur l’Alsace et voudrais m’inspirer de ces articles intéressants précités. Je termine chers Oncles et Tante en vous embrassant bien affectueusement.

Jean-Paul

*Cantonnement à Elsegem (Belgique)

Le 11 novembre 1918, la guerre est terminée pour Jean-Paul.

JournalArmisticeAEn Armistice !

Chers Oncle et Tante,

Ce coup-ci on les a, la nouvelle de la signature de l’armistice nous est arrivée par T.S.F. ce matin au moment même où nous nous apprêtions à ouvrir le feu après avoir franchi l’Escaut pour repousser les Boches au-delà de Namur, de Bruxelles ! Ce « cessez le feu » final fut des plus impressionnant. En même temps que le canon se tût, les cloches de la Victoire commencèrent à tinter. Inutile de vous dire que nous jubilons tous de joie depuis l’annonce de cette nouvelle ! Heureux de penser qu’après quatre ans de pénible guerre, le Droit a primé la force brutale et coupable de ces horribles Boches ! Nous nous réjouissons à l’idée de leur désarroi général qui offre un tel contraste à la situation de leurs armées il y a cinq mois ! C’est vraiment extraordinaire comme les événements se sont précipités depuis deux mois ! Les chers nôtres doivent être heureux au possible. Il me tarde de connaître les conditions et j’espère qu’on aura imposé aux Boches d’évacuer immédiatement l’Alsace afin que je puisse aller embrasser mes chers Parents ! Mais que va devenir France* dans toute cette bagarre !? Aura-t-elle pu rejoindre Mulhouse ? Cela m’inquiète. Enfin elle est déjà hors de danger et c’est déjà beau !

Je termine, chers Oncle et Tante, en vous embrassant tous bien affectueusement. Votre dévoué neveu qui vous aime bien.

Jean-Paul

*France est la petite sœur de Jean-Paul, restée à Mulhouse (encore en Allemagne à l’époque).

Lettre11NovembreLa lettre de Jean-Paul écrite le jour de l’Armistice qu’il a curieusement datée du 11 octobre ! La joie sans doute …

 

Le 10 novembre 1918 – Franchissement de l’Escaut -

PontEscaut

Pont reconstruit sur l’Escaut

Bien chère Tante,

Merci de tout cœur pour toutes tes dernières lettres, aux quelles, je n’ai pu répondre régulièrement, quoique j’ai eu trois jours de repos ! Mais quel repos ! Contraint à remettre une quantité d’affaires en ordre et de m’occuper de la mise en état du matériel, du personnel (recomplétement) etc… Enfin au moins cela représente l’avantage de nous délasser un peu et d’habiter dans une ville qui a été épargné par le bombardement. J’habitais chez un docteur qui m’a raconté toutes ses souffrances endurées depuis quatre ans. Le notaire chez lequel nous faisions popote nous contait également ses doléances. Tous ces braves gens nous recevaient à bras ouvert. Cependant nous avons reçu l’autre nuit, l’ordre inopiné de repartir en ligne et nous voilà à la poursuite du Boche de nouveau après trois jours de soi-disant repos !

Ce dernier bat en retraite sur toute la ligne. Cette nuit nous franchirons l’Escaut et je t’écris pendant une halte en attendant que le pont soit fini. C’est bien dur par ce froid de passer des nuits entières en rase campagne mais on le fait avec plaisir car nous sommes à présent tellement convaincus que nous livrons la dernière bataille, la bataille décisive de la Victoire ! La frottée qu’il prenne actuellement est vraiment digne d’éloge. Ce n’est réellement pas trop tôt après quatre ans de guerre ! Je compte fermement passer ma prochaine permission à Mulhouse d’ici quatre semaines et ensuite j’irai rejoindre mon groupe qui occupera une grande ville d’Allemagne à ce moment-là. Ci-joint une proclamation lancée par les avions boches donnant bien l’idée de leur état moral.

Affectueux baisers à vous tous de votre dévoué neveu qui vous aime bien.

Jean-Paul

*Le groupe est rassemblé à Elseghem afin d’appuyer le passage de l’Escaut.Proclamation1918

Le 5 Novembre 1918

IseghemAux Armées*

Ma chère Emma

Je viens de recevoir ta gentille carte-lettre du 31 écoulé, ainsi que le colis qui m’a fait bien plaisir. Les caramels mous et le biscuit sont fort appréciés ici. Nous sommes depuis ce matin en réserve dans un grand patelin* reconquis. Les gens sont fort aimables et nous allons goûter de ce petit repos après ces dures semaines de combat. J’ai trouvé une belle chambre avec un bon lit et je t’assure que cela fait plaisir car je n’ai pas couché dans un lit depuis mon retour de perme. J’espère que vous allez tous bien ! Tante Jeanne et Paul ne doivent pas encore être de retour.

Gros baisers à oncle Georges et à toi ma petite sœurette.

Ton dévoué frangin.

Jean-Paul

*En repos à 30 km à l’arrière à Iseghem.

Le 1er Novembre 1918

CarteFlandrePC*

Bien chère Tante,

Quoiqu’ayant rédigé des ordres toute la nuit et la matinée en vue de l’attaque d’aujourd’hui, je trouve un moment pour t’écrire ces quelques lignes car je ne voudrai pas laisser passer un jour comme la Toussaint, chère Tante, sans te dire que ton neveu est en pensée au près du lieu où repose la dépouille mortelle de ton cher et regretté fils. Toi-même, ma pauvre Tante, je suppose que tu as pu effectuer ton pieux pèlerinage à Revigny et je souhaite que tu aies pu être auprès de la tombe aujourd’hui même. D’autre part ma, chère Tante, je suis certain que toute notre famille aussi bien en France que là-bas de l’autre côté des Vosges, consacré ce jour à la mémoire de votre brave et héroïque jour ! Ah c’est lui qui aurait été heureux de voir s’accomplir si méthodiquement et si systématiquement l’écrasement de nos adversaires. La Turquie et l’Autriche viennent de signer l’armistice et sont près d’entamer les pourparlers de paix. L’Allemagne ne va pas tarder à suivre leur exemple je crois !

En attendant nous continuons à refouler les Boches sur toute la ligne. Nous continuons à progresser presque quotidiennement ayant continuellement d’autres P.C. Ceux-ci sont faciles à trouver et les gens ne demandent pas mieux que de nous recevoir. Ils sont très aimables et l’autre jour étant installé dans un château, le châtelain à organiser une petite fête musicale. Nous avons même dansé avec ses filles et leurs amies. Nous en avons gardé un bon souvenir. C’est les avantages de la guerre de mouvement. Je termine, chère Tante, en te chargeant de gros baisers pour vous tous et soit toi-même affectueusement embrassée. Ton neveu qui t’aime bien.

Jean-Paul

*PC au Nord de Vichte (Belgique)

Le 31 octobre 1918

Lettre311018Cela barde ! Nous venons d’attaquer à nouveau et les Boches prennent quelque chose pour leur rhume.

Affectueux baisers à vous tous.

Jean-Paul

* Au PC au nord de Vichte

Le 25 octobre 1918

Carte251018Bien chers Oncle et Tante,

Tout va bien. Je suis en bonne santé. Merci pour le dernier colis. Le gâteau était délicieux. Je vous embrasse tous affectueusement.

Jean-Paul

*Au P.C. à Oostrosebeke

 

Le 23 octobre 1918

Interrogatoire

Interrogatoire de prisonniers allemands

Aux Armées*

Ma chère Emma,

Voilà déjà plusieurs jours que je trouve ta dernière gentille lettre dans mes paperasses en me promettant toujours d’y répondre sans pouvoir y arriver. Enfin aujourd’hui je prends la plume à la main en espérant ne pas être dérangé. Cela continue à barder ici. Ce matin j’ai interrogé un prisonnier qui était épicier à Mulhouse avant la guerre. Il déclare que le moral des Boches est bien bas. Je lui ai demandé s’il connaissait le Dr Hédrich et il m’a donné son adresse. Par plusieurs questions de ce genre posées en alsacien j’ai pu rendre compte au général qu’il était bien alsacien ! Je termine en t’embrassant bien affectueusement. Ton dévoué frangin.

Jean-Paul

*à Oostrosebeke au PC du 7ème groupe du 107ème RAL, le même jour traversée de la Lys

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CARNETS DE GUERRE

Carnet

Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

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Page consacrée à Jean-Paul Hédrich sur le site européen des archives de la guerre de 14-18
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JPHM200814

Jean-Paul à Mulhouse en août 14

JPHsept14

Jean-Paul à Lyon en septembre 1914

JPH_Grenoble

Jean-Paul à Grenoble mars 1915

JPH118

Jean-Paul à la Rochelle février 1916

JP_mars18a

Jean-Paul en permission Lyon décembre 1917

JPHsLt

Jean-Paul Sous-Lieutenant en juillet 1918


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