Samedi, le 8 août 1914

DeDion

de Dion-Bouton 2 cylindres

Je me lève de bonne heure et met notre auto en état de marche après avoir déjeuné. A neuf heures environ Charles et moi allons avec la 2 cylindres De Dion chez Fritz, chef de la Croix-Rouge pour demander un homme. Nous voulions aller sur les champs de bataille pour chercher des blessés. On nous accorde pas cet homme objectant qu’il doit se trouver un médecin avec nous. Nous rentrons et apprenons par Maman que Papa est déjà parti de son côté avec France en auto. Après avoir fixé un drapeau avec la Croix-Rouge à l’auto nous partons aussi à nos risques et péril. A Brunstatt un monsieur et un jeune homme viennent avec nous, le monsieur ayant un un fils dans le régiment allemand et voulant avoir de ses nouvelles. Devant Illfurt nous sommes arrêtés par six dragons français.

Nous venions de rattraper Papa et France. Nous parlons à ces premiers soldats français. Le lieutenant nous pose quelques questions et ensuite nous continuons. Charles et moi passons les premiers devant Papa et France par Illfurt et Tagolsheim. Devant Hallheim nous voyons une sentinelle française qui nous laisse passer. Nous apercevons toutefois à un tournant de route une barricade qu’on nous ouvre pour nous laisser passer. Ici campe le 60ème régiment d’infanterie. Nous arrêtons et un sergent me dit que nous ne pourrions pas ressortir. Aussitôt je fais signe à Papa de ne pas s’engager dans ce piège, sur quoi le sergent me menace de me fusiller si je repétais pn geste. Papa et France n’ayant rien vu passent également la barrière. Nous allons ensuite plus loin dans le village où plusieurs autos de la Croix-Rouge stationnent déjà. Nous voyons Mr le Dr Stephan et Mr le dentiste Hetzel entre autres. Papa parle au capitaine qui nous déclare prisonniers de guerre et nous console en disant que nous le resterions pas plus de 2 fois 24 heures. Peu de temps après arrive Mr Châtel constructeur des aéroplanes « Aviatik » avec Mr Fritz et deux autres hommes de la

Aviatik

Atelier Aviatik de Bourtzwiller proche de Mulhouse

Croix-Rouge. Prenant la chose du bon côté nous nous restaurons avec les provisions apportées pour les blessés. Mr Georges Châtel accepte avec plaisir les provisions que nous lui offrons. Pendant ce repas passe un aéroplane allemand et aussitôt tous les soldats français disparaissent dans les maisons pour se cacher . Après cet évènement le capitaine envoie une estafette en auto à l’état major à Altkirch pour demander l’autorisation de nous laisser partir. Peu de temps elle revient et on nous donne la permission de rentrer, ce que nous nous laissons pas dire deux fois. A midi et demi nous sommes de retour. Après le dîner j’apprends que les six dragons vus à Illfurt par nous étaient venus à Mulhouse salués par des vivats. Peu après un détachement allemand arrivé, croit-on, par un train blindé de Mullheim accapara un tramway à la Porte Jeune. Ils sortent le monde , cassent les vitres pour pouvoir tirer de l’intérieur et se mettent à la poursuite des dragons à une vitesse vertigineuse dans la rue du Sauvage, sans arriver à rattraper les Français, se sauvant par la Bergane. A 2h1/2 je monte au jardin chez nous avec mon frère et mon ami Kueny. Du belvédère nous voyons distinctement la marche des troupes françaises vers Mulhouse dans les environs de Burnhaupt et Niedermorschwiller. Nous descendons vite en ville et escomptons l’entrée des troupes à Mulhouse à 6 heures. Je vais avec mon ami à Dornach où nous voyons passés la tête des troupes au milieu de cris de joie de la foule. De là nous allons au pont de la chaussée de Dornach où les troupes font pendant 2 heures leur entrée triomphale, salués par des cris d’enthousiasme indescriptibles. L’infanterie est devant , tandis que l’artillerie en bien plus grand nombre suit. En même temps les français font leur entrée par le faubourg de Colmar. On évalue leur nombre à 12 à 18 000 hommes. Après le souper nous allons nous promener en ville. Tout le monde parait heureux. On ne voit rien que des figures rayonnantes.

Les Français ont établi leur camp à Riedisheim et environs. Ils sont ravis de l’accueil des Alsaciens. J’ai oublié de dire que pendant le défilé un général a dit « Jetzt sin’er froh, dass die Franzose weder do sin ». En outre la plus part des soldats avaient leur fusil garnis de fleurs reçues dans les villages.

Nous allons à la gare qui n’est pas encore occupée. De là bas nous rentrons lentement. C’est une drôle de sensation de voir des Français là ou hier soir encore se trouvaient des allemands. Les magasins sont tous fermés et la ville est relativement calme. Nous nous couchons de bonne heure. Un détachement de chasseurs à cheval de Vesoul garde la place de la Réunion depuis 6 heures

1 commentaire à “Samedi, le 8 août 1914”


  1. 0 Jacques Châtel 14 fév 2016 à 19 h 57 min

    Bonjour, je suis le fils de Roger Châtel ,fils de Georges Châtel,très ému par cette rencontre avec mon grang père

    Répondre

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Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

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