Dimanche , le 9 août 1914

Proclamation_Joffre

Proclamation du 9 août

Après une nuit tranquille, nous nous levons et allons faire un tour en ville. Partout on voit des soldats français et l’air semble toute autre. On respire librement ! On se serre les mains les uns les autres comme pour dire tout ce qu’on ressent dans son cœur. A la mairie est affichée une proclamation aux Alsaciens du général Joffre. Une foule immense l’entoure et partout on voit les gens copier avec des larmes de joie dans les yeux ces mots enchanteurs :

Proclamation.

Enfants de l’Alsace, après 44 années d’une douloureuse attente, des soldats français foulent à nouveau le sol de votre noble pays. Ils sont les premiers ouvriers de la grande œuvre de la revanche ! Pour eux quelle émotion et quelle fierté !  Pour parfaire cette œuvre, ils ont fait le sacrifice de leur vie. La Nation française unanimement les pousse et, dans les plis de leur drapeau sont inscrits les noms magiques de droit et liberté.

Vive l’Alsace !

Vive la France !

Le Général en chef aux Armées françaises

J. Joffre

Nous rencontrons ensuite la famille Tournier. Je vais alors avec mes amis Georges Tournier, Roby Pfenninger et Pierre Scheidecker vers le pont de Riedisheim où se trouvent des soldats. Là je rencontre Marius Heber qui retourne avec nous en ville. La gare est gardée militairement. Nous voyons encore une fois le général dans une auto. Nous l’avions déjà vu le matin devant la mairie. A la Sinne je rencontre mon ami Rueny, qui fait un tour avec moi par la rue du sauvage. Au fossé je rencontre Papa et France qui nous emmènent à la rue de Habsheim, où se trouvent deux blessés français. L’un a une balle du côté gauche de l’abdomen, tandis que l’autre se plaint de maux d’estomac. Papa promet aux sœurs de revenir l’après dîner pour opérer le premier. Nous rentrons à midi et demi et nous nous mettons à table. Après le repas je me mets à développer une photo. Kueny me cherche ensuite pour aller au bain. Nous allons chercher mon ami Georges Tournier et prenons un bon bain. Je rentre à cinq heures pour faire la tournée des blessés avec Papa. Il est cependant déjà parti à l’orphelinat à Dornach. Je le rattrape en bicyclette. La tournée est vite faite, les malades ayant déjà été soigné par le Dr Rieber. Nous retournons en ville et allons aussitôt rue d’Habsheim où les sœurs nous font part que le blessé du matin a été cherché pour être transporté au Hasenrain. Nous rentrons alors à la maison. A ce moment passe un aéro français qui jette des proclamations égales à celles du matin en ville.

Pourtant dès 2 heures de l’après-midi le canon tonne et de plus en plus fort. Je vais voir avec Paul Geiger au pont de Riedisheim, mais me rend mieux compte de notre toit. Les français ont leur artillerie à Riediesheim ; Richeim et Habsheim, tandis que les Allemens attaquaient en bien plus grand nombre (70 000 x 15 000) par le Hardt, Banzenheim, Ottmarsheim Hingersheim et même Istein. Le canon se rapproche de plus en plus. A 7 heures cela devient terrible, plus d’interruption, les coups se succèdent et tout près de la ville. C’est terrifiant. Nous nous retirons dans la maison. Charles rentre et nous montre un bout de schrapnelle qui est passé près de lui au pont de Riedisheim. Il était brûlant quand il a voulu le ramasser. On dit en ville que les Français se retirent. Faux bruit heureusement ! La journée a été rude et a qui sera l’avantage ?

Le canon continu toujours à tonner à proximité de la ville, c’est pénible. On entend aussi continuellement les mitrailleuses, sans cesse jusqu’à 9h1/4. Il n’y a plus d’électricité en ville. Les Français ont coupé le courant car las allemands ont fait, paraît-il, passer le courant par des fils de terre tendus dans toute la Hardt. La ville est plongée dans l’obscurité. On entend siffler les balles et tout est sinistre. Des gens isolés passent et apportent des nouvelles terrifiantes. L’île Napoléon et Modensheim sont en feu, disent-ils. Des familles se sauvent en venant des quartiers extérieurs. Nous nous couchons vers minuit.

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Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

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