Lundi, le 10 août 1914

Mulhouse_battle

Bataille de Mulhouse

La nuit du dimanche au lundi est terrible. Le canon et les mitrailleuses ne cessent de bombarder même la ville ! A 4h on  entend les balles des mitrailleuses et les balles des fusils retomber sur les toits. Une vraie pluie de balles sur la ville pendant une ½ heure. A 4h1/2 ce bruit assourdissant se calme un peu. Les coups de feu ne sont plus qu’isolés. Charles et moi sortons et cherchons des balles dans la rue. J’en trouve une. Des soldats français qui passent me disent que ce sont des balles allemandes. Ils racontent qu’ils se sont battus toute la nuit et que les allemands étaient bien plus nombreux. A 5 heures on cherche Papa pour aller soigner les blessés rue de Habsheim . Charles et moi allons avec lui dans la petite auto. Arrivé là, il y a plusieurs blessés français et quelques civils atteints la nuit. Nous mettons d’abord un pansement à un soldat qui a eu une balle dans le bras gauche qui entrée du côté inférieur était ressortie du côté extérieur. Papa opère ensuite une jeune fille qui a reçu une balle également dans le bras gauche mais qui n’était pas ressortie mais rentrée sous la peau à l’épaule. On est obligé d’amputer le doigt du milieu à un autre soldat. Une autre femme a eu une balle en pleine poitrine et une dans le bras gauche. Papa s’empresse alors de faire tous ces pansements et de partir en auto car la canonnade recommence et de plus belle. Coup par coup on entend et voit éclaté les obus et former des petits nuages de fumée blanche au-dessus de la ville. On entend siffler les obus en l’air. Nous rentrons en vitesse, rencontrons cependant un commandant français et l’emmenons selon son désir à Dornach. L’officier est très calme et nous dit qu’il va rejoindre son régiment et l’état-major. A Dornach devant l’orphelinat nous sommes en plein feu et entendons siffler les balles autour de nos têtes. Nous voyons un soldat français mort tout près de la route. Nous débarquons notre commandant et rentrons en vitesse. Dans les rues il n’y a pas un chat, tout le monde s’est enfuit épouvanté. Au retour nous apprenons par Maman et France, qu’elles se sont réfugiées dans la cave. On nous certifie aussi  que les boulets du fort d’Istein on fait des dégâts au faubourg de Bale et rue Rirheim. De nombreux bourgeois ont été tués et blessés par des éclats d’obus. Entre autres, Mr Châtelet est mort, ce monsieur avec lequel nous avions encore déjeuné la veille. Beaucoup de maisons sont, parait-il, démolies à Burzwiller, Illzach, Modenheim, Île Napoléon etc… Les Français avaient également fait sauter la voie vers Müllheim. Nous apprenons qu’ils se sont vaillamment défendus à Burzwiller, le long du chemin de fer de ceinture et de l’Île Napoléon. Ils avaient mis leurs canons sur le remblai de chemin de fer. Les Allemands voulaient le prendre à l’assaut à la baïonnette sans y parvenir. Les pertes furent environ égales des deux côtés. Vers le matin les Français avaient mis leur artillerie au Rebberg et bombardaient les positions allemandes depuis la tour.

Mulhouse_reprise

La reprise de Mulhouse par les Allemands

A 8h1/4 il y a un peu de calme nous déjeunons et nous nous hasardons à 9h1/2 au jardin. On voit déjà des patrouilles allemandes en ville. Quelle sensation ! Je fais des commissions en ville. A 11 heures le canon recommence à tonner, mais cela paraît être plus éloigné de Mulhouse ? Peut-être à Cernay même à Thann. Hier il y a eu des combats meurtriers de ces côtés. Charles a fort bien vu du Rebberg qu’il y avait là-bas une bataille.

Après le dîner nous allons Charles, Papa et moi aussitôt rue Magenta extraire une balle de la main gauche d’un jeune allemand. Nous pansons également plusieurs français. L’un est blessé par un éclat d’obus dans le dos ; un autre a des douleurs internes ; un autre a le bras gauche en lambeau ce qui exige l’amputation du bras. Papa fait transporter ce blessé au Hasenrain, n’étant pas installé pour ce genre d’opération. Un autre a une fracture de la jambe provoquée par une balle, un autre a le pied gauche traversé par une balle ainsi qu’une balle dans la cuisse gauche. Après avoir soigné tout cela nous allons à Dornach à l’orphelinat où Mr Rieber avait déjà soigné ses malades. De là nous nous rendons à Dornach même et prenons un boc chez Rehm au passage à niveau. Là un homme de la Croix-Rouge appelle Papa pour soigner un blessé dans une maison proche. Le pneu gauche de devant de l’auto éclate toutefois. Charles le change, tandis que je vais à la recherche d’une pompe ayant oublié la nôtre. Je n’en trouve pas en raison de la réquisition des autos. Je vais voir encore autre part et voit partir 4 prisonniers français qui s’étaient cachés dans le garage du monsieur où j’allais chercher la pompe. Celle-ci ne se trouve pas non plus là et je ne vois contraint de rentrer en course à pied par une chaleur torride pour chercher la nôtre. Je retourne en bicyclettes et monte le pneu en vitesse avec Charles. Nous transpirons tous les deux à grosses gouttes. Nous rentrons et après un petit rafraîchissement nous allons encore une fois avec Mr Fünfrock encore une fois à Habstein voir les blessés. Nous essayons d’endormir un soldat pour examiner trois plaies dans le dos provenant du choc d’un projectile contre ses vêtements, sa capote n’étant pas traversée. Il s’appelle Louis Favier et est fils d’un fabriquant (teintureries) à Lyon. Il est très nerveux et se laisse difficilement endormir. Les plaies ne sont pas graves. Nous allons ensuite vers 5 heures à Burgwiller et nous nous arrêtons à l’auberge Spenlein. A la gare du nord nous voyons l’effet produit par les boulets de canon. On voit de grands trous dans les façades de plusieurs maisons. En allant rue de Habsheim nous avions déjà vu les dégâts considérables au faubourg de Bâle. Il est dans un état lamentable. Des maisons défoncées on voit des morceaux et des débris. Une foule intense circule en ville et revient des champs de bataille. De l’auberge Spenheim Charles conduit avec M. Fünfrock, Mr et Mme Six chez eux à la Struth. Ils disent que leur maison est démolie et qu’ils ont dû se réfugier dans la cave des Bertrands. Entre temps Papa et moi allons voir la maison de Mme Albisser qui a été incendiée par les Allemands. Nous voyons également sur la route et dans les champs de nombreux morts. Nous constatons que les cadavres allemands ont déjà été enlevés tandis que les autres commencent à sentir mauvais. Nous voyons aussi un jeune capitaine près de l’église. Au retour à 5h1/2 on entend de nouveau le canon qui avait cessé à 1 heure. C’est dans la direction de Cernay. Les Français se sont retirés sur Altkirch, leur nombre n’étant pas assez élevé comparé à celui de l’ennemi.

Beaucoup de blessé sont transportés dans les différents hôpitaux, la plupart vilainement blessés. Toute la journée les autos et voitures des paysans font lr transport de ces malheureux.

Le soir à 6h1/2 Charles conduit Maman et France en auto à l’Île Napoléon. Au retour ils nous racontent qu’ils ont vu beaucoup de soldats allemands sur la route ; des hommes et des chevaux morts en grande quantité. Il est à présumer que cette nuit de lundi sera calme on n’entend plus le canon. On constate en ville une dépression prononcée de tout et de tous, presque découragement. Les Allemands gardent la ville depuis ce matin 9 h et viennent de plus en plus nombreux.

L’électricité et le gaz brûlent de nouveau ce soir. Après le souper nous allons nous coucher de bonne heure.

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Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

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