Mardi, le 11 Août 1914

Rue Magenta

Rue Magenta – Mulhouse

Le grand calme prévu pour la dernière nuit a été troublé avant 10 heures du soir par une décharge sérieuse et ceci dans tous les quartiers. Ici tout près de chez nous, fusillade et les projectiles pleuvaient. Nous descendons vite à la cave. Papa et moi remontons toutefois après un quart d’heure, malgré que la fusillade n’ait pas cessée. Nous nous couchons et dormons mais sommes réveillés à nouveau vers minuit. Des soldats passent par les rues et crient « Alles Auf » et il faut ouvrir fenêtres et volets de toute la maison et faire de la lumière dans les chambres. Les soldats les voisins à tout ouvrir et ceux qui ne s’exécutent pas rapidement sont houspillés. Jusqu’à une heure nous attendons aux fenêtres ouvertes alors seulement on nous autorise à fermer les fenêtres mais en laissant brûler les lumières. Nous nous couchons et dormons assez bien le reste de la nuit.

Aujourd’hui mardi je vais avec Papa rue de Habsheim à 8 heures après le déjeuner. En route nous voyons dans la rue d’Alsace les agents de police très nombreux et uniforme. Rue d’Habsheim nous refaisons les pansements aux blessés de la veille. Deux allemands sont arrivés. L’un n’a qu’une légère blessure à la jambe gauche, tandis que l’autre à une foulure au pied gauche. De là nous allons voir un autre malade blessé par une balle de revolver à la cuisse. Le jeune homme voulait offrir du pain à un officier français la veille. Celui-ci a probablement par malentendu logé une balle dans la cuisse gauche. Nous allons ensuite rue Magenta où un grand nombre de nouveaux blessés allemands attendent nos soins. Nous bandons d’abord un gros soldat qui a été touché par une balle au bras droit, une à la poitrine du côté gauche et une du côté droit. Ceci fait nous passons à un autre qui a une blessure à la tête, un autre le pied foulé. Un instituteur a une partie du nez enlevée. Un autre soldat a eu une balle dans la main. En tout il y a une quinzaine d’allemands et quatre Français dont deux ont été éliminés pour aller au Hasenrain ayant des fractures compliquées de la cuisse provoquées par des balles et exigeant une meilleure installation. Après avoir fait des pansements à tous, la sœur supérieure nous offre un petit verre de vin rouge selon les anciennes traditions françaises dans les hôpitaux de Paris. Vers 11 heures nous rentrons. Je veux faire des commissions pour Maman mais la plupart des magasins sont fermés. Les allemands sont de plus en plus nombreux en ville. Mulhouse ressemble à un camp et depuis la nuit, défilé incessant de troupes, de canons et ceci toute la journée. Après la vive alerte de la nuit les autorités militaires sont sans merci pour la population. Des messieurs ont dû être arrêtés ? Environ 500 militaires français trouvés chez les habitants. Ont été fait prisonniers d’après les journaux allemands. Après le dîner Charles et moi montons à bicyclette à Rebberg. Nous y prenons des fruits et des légumes. Tout à coup nous entendons des coups de feu très près. Des balles sifflent autour de nous. Vite nous nous réfugions dans la maison. Après quelques minutes ça se calme et nous ressortons sans savoir ce que cette fusillade signifiait. Nous rentrons ensuite ville, parlons un peu à Mme Aichinger à la Birggasse. En ville nous trouvons Paul Geiger avec une grosse motocyclette. Il nous raconte qu’un soldat la lui avait remise pour la réparer. Charles et moi nous nous mettons à la mettre en état. A 10 heures nous recevons la visite de Marguerite Stephan. Elle me demande de l’accompagner pour aller chercher un permis pour aller en Suisse. Avec ma Croix-Rouge les sentinelles me laissent passer partout. Nous courrons d’abord à la mairie d’où Monsieur Wolf nous envoie à la Kreisdirektion. Là on nous dit qu’il faut avoir les actes de naissances et aller au « Generalkommando ». Nous retournons d’abord chez nous, allons ensuite en voiture à la mairie qui est gardé militairement. A 4h1/2 nous nous dirigeons vers les casernes et parvenons enfin à trouver la chambre d’affaire du Generalkommando dans la caserne du 112ème régiment rue d’Illzach. Nous nous trouvons là dans une cohue de soldats, de gens et même de prisonniers français environ 1h1/2 dans l’attente d’une audience. Enfin tante Marguerite obtient son passeport mais sans être grossièrement traitée par des officiers arrogants. Beaucoup de famille veulent quitter Mulhouse même Mr Ochler, le directeur de l’école professionnelle, Mr Gurt Favre, Me de Glehn, Mr Fernand Vogt et d’autres encore sont retenus prisonniers, l’on prétend même qu’ils sont envoyés à Rostock. A notre retour de la rue d’Illzach, nous voyons de nombreux messieurs avec des fusils. Nous apprenons qu’un ordre militaire a été donné, qu’il fallait porter toutes les armes à feu à la Kreisdirektion avant 7 heures du soir. L’ordre interdirait aussi aux habitants de sortir de leurs maisons après 8 heures du soir. Je porte mes armes à la Kreisdirektion qui est littéralement envahie. Les agents arrivent avec beaucoup de peine à maitriser la foule. Aussi je ne rentre qu’après 1 heure d’attente dans une cohue. Après le souper la ville présente un aspect lugubre avec les maisons closes et les rues vides. L’état de siège est proclamé dans la ville. Nous allons nous coucher de bonne heure pour rattraper le sommeil troublé les dernières nuits. A 11 heures Charles descend pour parler à un de ses amis Pierre Gegauff qui est soldat et fait un tour en auto en ville. Le reste de la nuit est tranquille.

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Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

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