Dimanche, le 16 Août 1914

Deimling

Général Deimling

La nuit était très calme. Je me lève seulement à 8 heures. Après le déjeuner je vais avec Papa rue Magenta. Nous soignons les blessés. Le nouveau malade à une phlébite. La sœur nous offre un apéritif. Un Feldwebel nous annonce ensuite qu’on avait vu une patrouille française de 10 hommes en ville et qu’un commandant avait donné l’ordre à tous les blessés allemands capables de marcher de se sauver Müllheim. Nous allons ensuite faire une course à Dornach et rencontrons sur le pont de Galfingen une patrouille de 4 dragons allemands. Ils nous arrêtent et nous demandent des renseignements pour se sauver le plus vite possible vers Müllheim. Ils disent avoir perdu leur régiment. On voit bien qu’ils ont une sale peur des Français. ! En ville il n’y a plus de soldat. Les sentinelles ont quitté leur poste à la mairie. Un officier allemand a déclaré à Mr Brazis « Wir haben bei Willern eine blutige Niederlage erlitten » (Nous avons subi une défaite sanglante à Willern (Romagny)). D’autre part un Lazarctinspector raconte à Papa qu’un seul obus français a détruit tout un bataillon allemand ! Le bruit court en ville qu’une balle a traversée de part en part la bouche du général Deinling ! On dit aussi que les allemands n’ont pris que deux petits forts de Liège et non Liège tout entier. Ils ont perdus 20 000 hommes ! Je doute beaucoup que les allemands puissent avoir des succès autre part. Les journaux l’annonceraient sûrement. Surtout puisqu’ils ont fait une telle histoire du « Sieg bei Mülhausen » qui n’était en réalité qu’une retraite des Français faite avec intention. D’ailleurs on prétend que les deux forts de Liège auraient été repris par les Français ! A 10 heures ½ je vais me promener avec Kueny à Burzwiller. Une quarantaine de maisons sont complètement incendiées. L’intérieur des maisons est complètement écroulé et calciné. Il ne reste plus que les murs intérieurs défoncés. On se dirait, je ne sais où. Et tout ça à cause de quelques voyous qui ont tirés. On prétend même que le tout avait été occasionné par une patrouille française qui avait tirée sur les allemands. Par rage les allemands auraient donc incendié tout un village. La fabrique Kungel est complètement brûlée ainsi que la fabrique Bernheim !

En passant nous voyons deux chevaux morts sur le chemin. Près de l’église se trouve la tombe des français tombés dimanche dernier. Nous allons jusqu’à la Strueth où le jeune fils Bertrand nous dit qu’on a fait sortir hier les gens des maisons, leur a défendu de prendre quoique ce soit et qu’on a incendié ensuite leur maison. Quel barbarisme !!!

Nous rentrons ensuite à 11h1/2 je vais avec Kueny au Rebberg mais à pied car la pluie ne cesse de tomber. Là-haut au jardin, le jardinier nous montre la place dans un jardin à côté où un shrapnell a éclaté. L’obus a démoli toute une palissade en planches, a coupé net des arbres. On voit des débris de planches et de poutres projetés à 10 mètres. Un beau sapin et un tilleul sont juste coupés au milieu. Les éclats de shrapnell ont été projetés à travers une maisonnette en bois se trouvant derrière la maison Salzer. On voit distinctement des trous dans la porte et ensuite dans le toit et encore dans la toiture de la vraie maison. De nombreuses tuiles manquent. Dans notre jardin les arbres sont aussi plus ou moins décapités et plusieurs tuiles sont cassées sur le toit. Nous regardons au moyen de jumelle du côté de Schön, Teinbach et Lutterbach où les troupes françaises doivent se trouver mais nous ne voyons rien d’important. A 4 heures et demi nous rentrons. A la maison je trouve Monsieur et Madame Bazis installés avec Papa, Maman et France sur la terrasse. Tout en goûtant nous causons beaucoup. Les « on dits » pleuvent. On prétend aussi que Mr Cossmann, le maire, et Mr Théodore Schlumberger ont envoyé une lettre à l’empereur pour qu’il interdise toutes les brutalités dont font preuve les militaires. Après on nous raconte que l’empereur aurait répondu que Mulhouse serait épargné du bombardement avec incendie étant une grande ville industrielle et ayant en ce moment beaucoup de lazarets. Nous sortons toutefois à 6 heures après que les Brazis soient partis et apprenons par Mr Wolff, adjoint, que l’histoire de la lettre à l’empereur était inventée de toutes pièces. A Part cela il n’y a rien de neuf en ville. Les journaux ne disent rien de vrai et les gens ne savent rien. Nous aimerions tous savoir ce qui se passe ailleurs dans le Nord ! Après le souper nous causons un peu politique et allons-nous coucher à neuf heures déjà.

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Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

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