Mercredi, 19 Août 1914

Reoocupation

Réoccupation de Mulhouse le 19 Août 1914

Nuit calme. Je me lève vers huit heures. A 8h1/4 passent 4 chasseurs à cheval allemands qui vont vers le faubourg de Belfort. 5 minutes après ils s’enfuient au galop par le fossé ; mais à peine deux minutes se passent qu’arrivent une trentaine de chasseurs à cheval français. Ils passent devant chez vous et vont à la mairie. Le Lieutenant entre et peu de temps après Mr Zündel ressort et annonce que l’armée française a donné l’ordre de fermer les fenêtres et d’ouvrir les volets dans toute la ville !

Je rentre le dire à la maison. Au retour à la mairie les chasseurs sont partis et j’apprends qu’ils ont rencontré des allemands au pont de Riedisheim. Un français a été blessé. Je vais ensuite à la place du Nouveau-Quartier et vois arriver plusieurs compagnies d’allemands de Riedisheim qui vont occuper la mairie. Peu de temps après passent environ un régiment d’artillerie et d’infanterie allemande par la rue du Sauvage, le faubourg de Colmar et la rue Franklin. Il y a aussi plusieurs gros canons parmi eux. A 10h1/4 la canonnade commence du côté de Pfastatt. Des troupes allemandes venant du faubourg de Belfort passe par le fossé. Le canon tonne de plus en plus fort. Tout à coup à 11h1/2 les allemands se retirent au grand galop. Les soldats ont l’air effarés. Il en vient toujours plus. Nous voyons un général à pied. Ils ramènent toutes leurs munitions. Un officier tape son cheval avec son sabre cassé. A midi passent les canons. Aux tournants les allemands passent avec les canons sur le trottoir dans leur hâte de fuir. Tous s’enfuient : Un spectacle unique !!! Le canon se rapproche de plus en plus. On tire continuellement. Les mitrailleurs s’en mêlent aussi. Nous faisons quelques photos de cette fuite.

Des chevaux passent tout effarés sans cavalier. Pendant cette déroute nous dînons en toute hâte.  Après le repas, Charles et moi allons chez Mr Bourquin. De son toit nous voyons bien le champ de bataille. On tire maintenant de tous côtés. Nous voyons éclater des obus au-dessus de Brunstatt et du Hasenrain. A Illberg on voit également de la fumée. Peu de temps après il y a un incendie qui éclate près de la colonie Haller. On entend aussi le canon à Burzwiller. Nous ignorons la position des allemands. A 1 heure nous allons avec Papa rue de Habsheim. En route nous voyons environ 2 compagnies allemandes se diriger par le faubourg de Colmar vers Burzwiller. Plus loin nous voyons un cheval allemand tué dans une mare de sang. Rue Habsheim nous soignons plusieurs blessés. La canonnade continue encore et toujours. A 3 heures mon ami Kueny vient me chercher pour nous promener en ville car le canon s’est un peu calmé. Nous allons jusque chez Georges, rue Henri IV. Les rues sont toutes désertes ; de temps à autre on entend de nouveau canon. Les obus sifflent en l’air. Chez Georges nous sommes obligés de sonner plusieurs fois car toute la famille est allée se réfugier à la cave. Je parle à Georges quelques minutes mais me sauve vite car la canonnade recommence de plus belle. A 4h1/2 cependant  tout est fini. En passant rue de la synagogue, nous voyons un attroupement au coin de la rue Neuve et de la rue Sainte Claire. Nous y courrons et quel évènement, voilà les français qui entrent en ville. Nous voyons passer ainsi deux régiments environ le 60ème d’infanterie et le 47ème d’artillerie. Les soldats n’ont pas l’air fatigués plutôt réjouis.

EntreeFrancais

Entrée des troupes françaises dans Mulhouse

 

Les français occupent toute la ville. Pour mieux nous orienter nous cherchons nos bicyclettes. La poste, la gare, la place de la Réunion, la Reichsbank et la caisse d’Epargne sont occupés militairement. Le reste des troupes se dirigent aussitôt vers l’Île Napoléon. Plusieurs soldats ont achetés de l’étoffe pour confectionner un drapeau et le hisser sur l’église protestante. De temps à autre on entend le canon d’Istein. Les soldats français prétendent que Neubrisach a été pris aujourd’hui par eux ! Charles était l’après-midi au jardin, chez nous. Il dit que tout est dans un état pitoyable. Des obus sont entrés dans la maison. Presque tous les volets et les fenêtres sont cassés. Il rapporte un obus que Haby lui a donné. Après le souper je vais développer les photos de la déroute de ce matin. Elles ne sont pas mal. J’écris ensuite mon journal et vais me coucher à 10 heures.

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Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

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