Jeudi, le 20 Août 1914

CafeMoll

Le Café Moll à Mulhouse

Je me lève à 7 heures. Après le déjeuner je vais chercher de la viande à la place de la Réunion. Celle-ci est gardée militairement. Grâce à ma Croix-Rouge, j’arrive à faire mes achats. A 8h1/2 je vais avec Papa à l’Orphelinat de Dornach.

Auparavant nous voyons comment les soldats emmènent les allemands : le maire Mr Cossmann, de Kreisarz et beaucoup d’agents de police !

Au pont de Galfingue nous sommes arrêtés par des troupes qui entrent en ville. Des régiments entiers ont déjà défilés toute la nuit parait-il.

Arrivés chez les sœurs, nous rencontrons une quarantaine de « Sanitäter » qui sont là depuis hier à 3 heures et que les sentinelles n’ont pas laissé entrer en ville. Les sœurs ont été obligées de les nourrir ! Ils sont tout heureux de pouvoir rentrés car nous disons que les sentinelles étaient parties !

A l’hôpital il y a environ trente blessés. Charles et Edouard Schmerber nous aident pour les panser. C’est un travail long. 4 sont éliminés pour être transporté au Hasenrain car ils sont grièvement blessés. La plupart sont allemands. L’un a toute la mâchoire fracturée et outre ça encore une grave blessure à l’épaule. Un autre a eu la jambe traversée par un éclat d’obus. Il a perdu beaucoup de sang. Le bras d’un autre est aussi en mauvais état.

Après avoir travaillé ainsi plus d’une heure et avoir vu couler du sang tant et plus nous passons chez nous à la maison. Nous allons ensuite rue de Habsheim où nous soignons quelques nouveaux blessés allemands.

Papa donne la permission aux 4 blessés français blessés de sortir un peu. Quelle joie disent-ils d’aller prendre un apéritif.

Au retour nous passons par la place du Nouveau-Quartier. Plusieurs bataillons de chasseurs et de dragons sont en train de passer. Papa m’offre un « bitter » au café Moll. Mr Bulffer nous raconte que l’Italie aurait déclaré la guerre à l’Autriche. Plusieurs messieurs n’ont pas pu entrer chez eux cette nuit la ville étant cernée de toute part.

Nous rentrons à 11h1/4 à la maison je rencontre Kueny. Nous voulons monter au Rebberg pour voir les dégâts occasionnés par les obus chez nous. Il y a toutefois une barricade au pont du canal et il est défendu de passer.

En ville circulent une quinzaine de grands camions de l’exposition de Lyon. On transporte les prisonniers.

Après le dîner j’écris mon journal. A 2h1/2 Kueny vient me chercher. Nous allons ensuite à bicyclette à Dornach pour voir le champ de bataille.

Déjà au passage à niveau à Dornach plusieurs maisons endommagées et les fils électriques et de tramway trainent par terre. La voie du chemin de fer est encombrée de poteaux téléphoniques. Dans toutes les rues et ruelles de Dornach on voit des monceaux de sacs et de manteaux pour la plupart allemands. De nombreux fusils, plus de 200 tous cassés à la culasse jonchent le col. Des cartouchières et es sabres courbés trainent dans les rigoles.

Il y a un monde fou ; nous essayons de prendre quelques souvenirs. Je trouve la pointe d’un casque allemand et la couverture d’une carte.

Nous voyons également comme on transporte des morts sur une voiture. Plus loin des maisons entières sont démolies où brûlées. Les tombes déjà faites sont chaque fois marquées par un fusil planté en terre. Sur une hauteur nous voyons les fossés creusés par les français.

Sur la route il y a encore deux morts. Vers 4 heures nous allons encore voir plus à la gare de Dornach. Ici la bataille était moins rude. Le vrai champ de bataille était Dornach et les champs derrière la colonie Haller et la propriété Riff.

Nous allons ensuite chez Georges. Mr et Mme Tournier nous offrent un verre de bière.

A cinq heures nous montons avec Georges au Rebberg. On entend maintenant le canon du côté d’Istein. Au jardin les dégâts ne sont pas très grands. Plusieurs vitres sont cassées. Dans notre chambre un éclat d’obus a traversé le volet, la vitre et le rideau.

Nous allons ensuite dans le jardin des Klug. Leur maisonnette est complètement sens dessus-dessous. Un obus est entré de côté par le volet et a cassé et démolie toute un côté de la maison. A l’intérieur les chaises, les livres et tout est renversé. Un désordre incroyable !

Dans le jardin il y a plusieurs trous occasionnés par les obus. La terre a été rejetée à 10 mètres.

A 5h1/2 un aéro allemand passe, il est reçu par une forte fusillade. Nous descendons de nouveau la Weinstrasse et rentons par le chemin de Galfingue car nous craignons que la sentinelle au pont d’Allrien ne nous laisse pas passer.

En ville, Maman nous raconte qu’elle a parlé à des officiers français. Ils disent avoir pris plusieurs canons aux allemands. Tous les officiers allemands tués avaient leurs jumelles en main.

D’autre part j’entends que l’artillerie allemande n’est absolument pas efficace. Peu de temps après passent par le faubourg de Belfort une vingtaine d’énormes auto-omnibus, dans quelques-unes on voit des détenus civils qui vont sans doute être emmenés en France. Après le souper nous allons nous coucher à 9 heures.

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Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

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