Vendredi, 21 Août 1914

Dornach

Maison mitraillée à Dornach

La nuit est calme. Je me lève à 6h1/2 et tire des photos. A 8h1/4 j’aide Maman à nettoyer les outils de chirurgie. A 9 heures nous allons à l’Orphelinat de Dochnach. Nous soignons les blessés. De là nous allons rue de Habsheim, où on nous dit qu’il n’y a plus que trois allemands. Tous les autres ont été faits prisonniers par les français. Au retour Papa nous offre un apéritif au café Moll. Nous rentrons à 11 heures. A la maison je trouve Georges et Ginette Tournier et Kueny. Pendant que Ginette fait une visite à France, Georges, Kueny et moi inspectons la motocyclette d’Albert Manching. Lui aussi a été emmené comme prisonnier à Belfort. Après le dîner à 2 heures Kueny vient me chercher pour voir les retranchements allemands près de Brunstatt. Le temps se gâte. Un orage formidable éclate. Nous sommes très mouillés. Nous passons par la rue du Manège. Au pont du canal la sentinelle ne nous laisse pas passer et nous sommes obligés de retourner pour passer par le pont d’Altkirch. Nous le faisons et nous nous dirigeons par le faubourg d’Altkirch vers Brunstatt. En passant nous cherchons Georges. Nous sommes très mouillés. A 3 heures nous sommes à la fontaine de Brunstadt. Nous montons à gauche sur la colline. Le village est plein de troupes. Le chemin excessivement glissant et boueux nous mène aux positions allemandes. De loin nous sentons l’odeur de décomposition du champ de bataille. Au sommet de la colline nous voyons les retranchements allemands. Derrière dans un vallon ils avaient caché leurs chevaux pour les canons. L’artillerie française avait tellement bien observé les mouvements qu’elle a tué avec ses obus 480 chevaux cachés là derrière.

C’est un véritable carnage. Nous voyons comme les gens de Brunstatt aménagent des fosses pour enterrer tous ces chevaux. Les malheureux chevaux sont encore accouplés six par six. Ils sont tous gonflés par les gaz provoqués par la décomposition, les entrailles leur sortent du ventre. Quel spectacle affreux.

Nous ne restons pas longtemps à cause de l’odeur pestilentielle. La plus part des chevaux ne sont même dételés des caissons à munition. Ceux-ci sont sens-dessus-dessous. De nombreux paniers d’osier qui contiennent chacun trois obus trainent dans la boue. Nous voyons comment on traine les chevaux morts dans les fosses les attachant aux pattes de derrière par une corde à laquelle un cheval est attelé. La mitraille française a fait des ravages monstrueux. Les artilleurs ont tirés avec une telle précision qu’on voit nettement les trous faits par les obus à quelques mètres devant le retranchement. Les français ont pris ici 18 canons avec de nombreuses munitions. Les artilleurs allemands pas tués au nombre de 3000 ont été obligés de se rendre près de Brunbach hier. A Dornach les français ont pris encore 4 canons. Sur la colline de Brunstatt nous trouvons encore de nombreux débris d’habits, de sacs, de matériel de cuisine etc… Nous tâchons de prendre quelques souvenirs pour agrandir nos musées respectifs. Je trouve des étriers, un fer à cheval neuf et une pièce de canon. D’un autre côté une forêt est complètement rasée derrière un retranchement.

Vers 5 heures nous rentrons. A la descente un fantassin nous raconte que les allemands ont agi d’une façon traitresse à Dornach. Ils ont hissés la Croix-Rouge sur une maison et se sont embusqués dedans pour tirer sur les français qui ne se méfiaient pas. Ceux-ci ont pris les maisons à l’assaut et massacré, malgré la pluie de balles, les allemands.

Nous rentrons ensuite en ville. Nous sommes très sales naturellement. Je me change de suite et ressort avec Georges en ville. Un aéro allemand a été descendu hier par les français à Lutterbach.

On a entendu le canon toute la journée du côté d’Irstein.

 

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Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

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