Mardi 25 août 1914 départ de Mulhouse

Mulhouse_Soppe

En jaune l’itinéraire vers la frontière

Après le déjeuner à 8h mon ami Fritz Kueny vient me chercher il est très agité. Il croit tout perdu. On ne voit plus un soldat français en ville. Pourtant les habitants croient tous que les français n’ont fait que quitter la ville pour prendre de positions en dehors.

Nous allons à bicyclette jusqu’à Modenheim sans voir un soldat. Les Français ont tout délaissé.

Nous inspectons tous les retranchements qu’ils avaient faits. Tous les arbres ont été coupés, toute la voie de chemin de fer de ceinture est employée comme retranchement. Voyant tout cela évacué mon ami croit déjà voir les allemands. Je tâche de le remonter dans son pessimisme. Arrivé à la maison, je trouve toutefois tout le monde en grand désarroi. Charles et deux de ses amis, Edouard Schmerber et Maurice Tourtelier ont pris la décision de quitter Mulhouse car tout le monde craint que les Allemands ne reviennent et fassent marcher les jeunes gens à partir de 17 ans sous leur drapeau. Par conséquent j’ai vite fait de me décider à partir avec eux. Dans la vitesse d’exécution de cette importante décision je vois pendant un instant mon cher ami Georges Tournier auquel j’avais donné un rendez-vous mais je n’arrive pas à lui faire part de mon plan.

Je me change très vite. Charles et moi déjeunons vite quelque chose. Papa nous donne un peu d’argent ainsi que notre extrait de naissance. Nous embrassons ensuite tendrement nos parents que nous quittons pour un temps indéfini. Les larmes nous viennent aux yeux.

Toutefois nous pensons bientôt nous revoir.

Nous prenons tous les deux par mesure de précaution des bouteilles dans le sac où nous avons le moins d’effets possible pour paraître moins suspects. Si on nous avait arrêté, on aurait pu dire que nous cherchions du lait dans les environs. Pour ne pas nous faire remarquer nous partons à cinq minutes d’intervalle et nous nous rendons chez Tourtellier. De là nous allons à 10h, lentement sur la route de Niedermorschwiller avec nos bécanes.

En passant à Dornach nous voyons les tombes françaises et allemandes une à côté de l’autre.

Dans la forêt après Niedermorschwiller nous rencontrons un soldat français qui avait quitté Mulhouse à la pointe du jour. Nous marchons une bonne demie-heure avec lui. Il nous raconte qu’il n’a pas eu l’ordre de partir la veille au soir et qu’il rejoint son régiment.

Au croisement de routes, au pont d’Aspach tout est ravagé. Nous rencontrons une vingtaine de soldats retardataires se dirigeant tous vers Belfort. Nous nous étonnons de plus en plus de ne pas voir plus de français… ils se sont complètement retirés.

A 1h nous arrivons enfin à Niedersulzbach (Soppe-le-bas) le dernier village avant la frontière.

Dans une auberge nous trouvons une vingtaine d’artilleurs qui vont bientôt aller à Belfort.

Il y a aussi des patrouilles de dragons et de chasseurs. Nous nous restaurons avec les quelques provisions emportées. Nous décidons d’attendre les évènements.

Vers 4 h nous recevons des nouvelles rassurantes. Nous avions déjà décidé de rentrer lorsqu’un autre dragon nous le déconseille. Nous restons donc et après un bon café au lait pris chez une charmante famille nous partons avec sacs et bagages vers la frontière… croyant que ce serait plus rassurant d’aller à la Chapelle quoique nous ayons vu passer une vingtaine d’automobiles pleines de soldats du génie se dirigeant vers Mulhouse.

Arrivés en haut de la montée après Soppe nous rencontrons un poste de soldats français. Un jeune lieutenant alsacien nous déconseille d’aller jusqu’à la Chapelle ce soir à cause des ennuis que ça nous causeraient. Nous retournons donc à Soppe où une bonne femme nous refuse après coup l’hospitalité de crainte d’avoir des ennuis avec les Allemands à cause de nous. Finalement une femme nous offre toute sa maison quelle veine ! Après quelques minutes, nous nous couchons tout habillé pour nous sauver en cas de danger. Nous passons une nuit sur le qui-vive. Nous ne sommes réveillés que par les autos des soldats qui ont fait sauter le pont du chemin de fer d’Aspach.

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Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

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