Lundi, le 7 novembre 1916.

ChevalBoueLe mois de novembre a été très pluvieux en dépit des intempéries les corvées abondaient. Que d’ennemies à vaincre à commencer par la boue, l’odieuse, l’implacable boue. La boue qui à chaque pas tend des pièges. La boue où l’on meurt.  Il faut avoir vu les convois de ravitaillement, caissons et chariots embourbés par-dessus les roues, leurs attelages disparaissant jusqu’au poitrail de même que les vaillants petits bourricots d’Afrique à moitié engloutis par cette glu vorace pour comprendre les tortures des damnés dans certains récits de l’Enfer de Dante ! Au surplus aucun spectacle n’égale en horreur et en émotion cette contrée bouleversée depuis tant de mois par la canonnade. Quelle terre de désolation ! sur des kilomètres carrés pas un arbre n’est resté entier. Tous ont été fauchés à un mètre ou deux de hauteur, ils dressent leurs lamentables squelettes telles qu’une douloureuse protestation. A tout instant des obus éclatent parmi les sinistres rangés de manches à balai, ce n’est plus que terre bouleversée, éclats d’obus, impressionnantes traces de corps à corps, casques défoncés, armes tordues, débris funèbres. Çà et là quelques croix surmontent les tombes des nôtres. Pas de nom, hélas ! Une baïonnette fichée en terre, un culot d’obus, une plaque d’identité fixée sur un bout de bois. Ailleurs le spectacle n’est non moins effarant. On dirait que des milliers de volcans ont depuis peu ouvert leurs cratères. Les cratères se touchent et se prolongent à perte de vue. Le cyclone embrasé s’est abattu sur cette terre qu’il a fouillée, éventrée, retournée, mouillée de mètre en mètre.  Rien n’a pu tenir contre le martèlement. A dire vrai la contrée qu’on a devant les yeux défie toute description. Le moutonnement de cratères qui part de là vers l’horizon c’est l’inexprimable dans la dévastation.

 

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Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

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