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Jeudi, le 7 janvier 1915

Grenoble

Grenoble Caserne du 2ème d’artillerie

Réveil à 3h1/2. Nous nous mettons en tenue de sortie. Rassemblement vers 5h. Auparavant nous avons touché chacun une musette, une boite de thon, pain et fromage. Nous partons au nombre de 100 à 5h sous la conduite d’un aspirant. Le voyage est assez gai. Nous arrivons à Grenoble à midi. Nous traversons toute la ville jusqu’au quartier du 2ème d’artillerie. Là-bas on nous dit que les examens dureront 2 jours et ne commenceront que le lendemain matin à 8h par une composition de français. En attendant on nous donne une piaule à notre disposition. Le quartier est mieux que celui du 54. 3 grands bâtiments en angle droit au milieu desquels il y a une grande cour. N’empêche qu’il parait qu’en matière d’exercice on est bien plus strict. A 1h nous sortons en ville. Nous nous promenons pendant 2h. Grenoble est une gentille petite ville. Malheureusement il n’y a que 500m de boulevard animé à faire de la place Victor Hugo à la place Grenette. Nous trouvons un joli point de vue sur l’Isère ; un pont derrière lequel s’étendent les Alpes dauphinoises. L’effet est merveilleux. Après 5h nous allons dans une petite brasserie dans la grande rue où nous nous amusons bien. Nous rigolons ainsi pendant 1 heure après quoi nous allons souper à la « Boulangère » 17h45. Nous y dînons très bien. A 9h nous rentrons au quartier. Nous couchons tout habillé sur la paille. Malgré ça il fait très froid la nuit.

Du 2 au 6 janvier 1915

Samedi, le 2 janvier 1915.

Revue de détail. Le commandant Oduy m’interroge si je me plais au régiment sur quoi je lui réponds oui. Le soir Charles à toujours de la fièvre. Le major est venu le voir et lui a donné 4 jours de convalescence.

 

Dimanche le 3 janvier 1915

Présentation de chevaux au colonel. Ce soir je fais une visite à Mr le Pr Boechel à l’hôtel terminus. Nous causons jusqu’à 5h. Après ça nous nous promenons un peu avec Richer de Mulhouse qui va-être pilote. Le soir je dîne de nouveau chez tante Jeanne.

 

Du lundi 4 au Mercredi 6 janvier 1915

Le programme est toujours le même. Le lundi matin j’ai un très bon cheval avec lequel je pique un super galop de charge. Pendant la même sortie je manque de me tuer. Je suivais au galop un autre cheval. Tout à coup il fait un écart à gauche et moi je me trouve devant un arbre. En pleine vitesse je suis obligé de passer entre l’autre cheval et l’arbre. Moi tout en restant en selle je pare du bras sans quoi je me serai fracasser la tête contre l’arbre. Mais je m’en tire bien et continue mon galop. Le soir nous recevons des friandises de Nini. Pierre Geney m’écrie aussi de Bâle. Lundi soir je travaille un peu mon histoire en vue de mon examen d’EOR. Mardi soir souper au Tomassin. Après un bon dîner on nous sert le champagne, nous rentrons très gais. Auparavant nous avions fait une visite à Mr Keller-Dorian. Le lendemain soir nous soupons chez tante Jeanne. A 10h1/2 le chef me prévient que nous partirons le lendemain matin à 9h1/2 pour passer notre examen à Grenoble. Quel amusement §§§ Nous qui pensions partir seulement à midi.

Vendredi, le 1er janvier 1915

Au matin on se serre mutuellement la pince. Nous ne sommes relevés qu’à 10h1/2 après avoir fait les écuries.  Nous sortons vers midi et dînons chez tante Jeanne où nous trouvons toute la famille. L’après-midi Charles se couche étant refroidi pendant la revue du colonel Moriseau la veille. Edouard et moi allons en ville et faisons envoyer une belle corbeille de bégonia à Mme Flante, qui est si gentille pour nous quatre alsaciens. Le soir je retourne chez les Lutzus. Charles à 39,7° de fièvre et est obligé de rester là-bas. Oncle Paul obtient une permission pour lui. Je soupe là-bas et trouve en rentrant une lettre de Ginette qui me fait bien plaisir.

Décembre 1914

 

Vitriolerie3

La Vitriolerie. Quartier du 54ème d’artillerie

Mardi , le 1er décembre 1914

Voilà trois mois que nous sommes à la caserne. Treize semaines exactement. Le matin nous servons de pelotons de pièces pour l’examen des chefs de sections que font passer un commandant, des capitaines (entre autres le capitaine Loiseau) à 4 à 5 maréchaux des logis. Le soir nous apprenons l’alphabet Morse et faisons du 90. Cours du capitaine. Je rentre au quartier et cherche des frites.

Mercredi, le 2 décembre 1914

Voilà exactement 4 moi que la guerre dure. Le matin batterie attelée. Nous réservons de vives félicitations de l’adjudant Buix car nous sommes les meilleurs cavaliers de la batterie dit-il. Le soir nous sommes de piquet.

 

Jeudi, le 3 décembre 1914

Le matin nous montons les chevaux canadiens, 25 mn de trot assis. Le soir après le cours nous sommes invités chez tante Emma, Charles et moi. J’y apporte ma collection de journaux. Après un bon dîner nous rentrons au quartier.

 

Vendredi 4 décembre

C’est le jour de la Sainte Barbe, la fête des artilleurs. Le matin nous faisons la première sortie avec les canadiens qu’on a ferré. Nous faisons deux fois le tout du fort au trot. Ceux sont de très bons chevaux. A l’occasion de la Sainte Barbe nous recevons un dîner extraordinaire. Des macaronis au fromage, deux beaux morceaux de bidoche, du jambon, du fromage et deux quarts de vin. Un vrai festin. Le soir outre les patates une barre de chocolat et de la confiture. Après le cours de topographie du capitaine, je vais chez le cordonnier faire coudre des boucles à mes trousseaux. Ensuite nous sommes invités chez tante Jeanne. Les nouvelles sont bonnes. L’aile droite avance vers Altkirch.

 

Samedi 5 décembre 1914

Tout se passe normalement. Le soir j’écris le cours d’artillerie.

 

Dimanche 6 décembre 1914

C’est le jour de naissance de France , la St Nicolas. A midi nous dînons chez tante Jeanne. Après l’abreuvoir nous allons à la conférence de Mr Blumenthal , maire de Colmar. C’est très intéressant. Il défend les alsaciens et calomnie les Boches de toutes les façons. Il est très applaudi. Mr Herriot, Maire de Lyon, offre à la fin de la conférence un banquet au colonel belge Marsin, défenseur de Liège qui a assisté à la conférence. Ce dernier est très ovationné. A 6h1/2 je prends l’apéro avec les copains à la paix. Nous allons souper ensuite au Royal. On revient très guais. J’oubliai de dire que j’ai reçu une lettre de Roby Pfenninger de Zurich qui me donne l’adresse de Tournier à Lausanne. A la conférence je fais la connaissance d’un chimiste qui a été un an à Mulhouse. Il m’invite pour jeudi.

 

Lundi le 7 décembre 1914,

Le matin cheval. Le soir nous allons à Tomassin.

 

Mardi le 8 décembre 1914

Toujours même programme. Le soir j’écris une lettre à Roby Pfenninger à Zurich et une à Georges Tournier à Lausanne.

 

Mercredi le 9 décembre 1914

Nous faisons de l’équitation sur la piste. Après dîner à 2 h ½ Mr Stern de Mulhouse, l’adjudant major vient me chercher. Nous allons ensemble en ville. Elle nous offre l’apéro au café Royal. Après ça je rencontre Mr Hartmann de Mulhouse qui me raconte que les 3 médecins de cette dernière ville ont été emmenés à Rastatt. Un infirmier les avait dénoncés. Entre autres Mr le Dr Schlumberger. Le même jour son fils aurait été décoré de la croix de fer. Le soir nous sommes invités chez tante Jeanne. Mr Scholl et cousin Gérard sont également invités. A 9 heures nous rentrons en fumant un bon cigare.

 

Jeudi, le 10 décembre 1914

 Il pleut. Batterie attelée. Le soir cheval. Après le cours du capitaine nous sommes invités chez Mr et Mme Nicolier, les parents du jeune chimiste, cours de la Liberté. Ils nous font un accueil charmant. Un adjudant du 7ème cuirassier est également invité. Le repas est délicieux. Nous passons une très agréable soirée. Pour finir nous buvons le champagne en l’honneur de l’Alsace ? Nous revenons au quartier et sommes très très gais. Après l’appel je vais dire bonsoir à mon cher ami Menard.

 

Vendredi , le 11 décembre 1914

Le matin cheval, le soir nous allons faire une visite à Mme Favier, la mère du blessé de Mulhouse. Elle nous invite pour le lendemain avec Edouard. En rentrant nous passons chez tante Emma.

 

Samedi, le 12 décembre 1914

Rien d’important. L’après-dîner il ne reste plus que 7 chevaux à monter. Notre maréchal des logis Barbequot choisit les meilleurs cavaliers. J’ai la veine d’être parmi eux. Nous faisons du galop pendant plus d’une heure. Après le cours du capitaine nous allons en ville. Nous prenons un café crème au restaurant Royal où nous voyons le frère de Tourtellier qui est fantassin à St Etienne. Nous dînons ensuite chez Mme Favier.

 

Dimanche, le 13 décembre 1914

Le matin nous sortons à 10h. Nous dînons chez tante Jeanne. L’après-midi nous allons au cinéma Majestic, on joue « Ferdinand le noceur », très rigolo. Après nous soupons au Palais Royal.

 

Lundi, le 14 décembre 1914

Il pleut à torrent, J’écris à Pierre Fiesen en Angleterre, à mon parrain M. Richert et à Nini. Le soir nous sommes de piquet.

 

Mardi, le 15 décembre

Le soir nous dinons à Tomassin. En Alsace on progresse. Combat à Steinbach.

 

Mercredi, le 16 décembre 1914

Je mets le cours du capitaine au propre.

 

Jeudi le 17 au Lundi le 21 décembre 1914

Le travail au quartier devient monotone. C’est toujours la même chose. Et c’est drôle c’est la première fois que je le remarque. Heureusement qu’il y a des distractions le soir. Ainsi le mercredi nous soupons chez tante Jeanne, samedi nous sommes invités cher Mr et Mme Binder et la veille pour changer nous étions de garde-écuries…  le jeudi nous étions chez oncle Paul et toujours nous apprenons d’autres nouvelles : il parait qu’à Mulhouse certains Mrs ont un journal français qu’on arrive à faire passer les lignes.

Les derniers temps je pense souvent à mes chers parents. Si seulement ils pouvaient savoir que nous nous portons bien et que nous nous ne faisons pas de bile ! Pourvu qu’ils n’aient pas d’ennui à Mulhouse. Ils vont passer un bien triste Noël. C’est curieux comme les cœurs se rapprochent quand on est sans nouvelles de ceux qu’on aime bien. Je forme des vœux que Mulhouse soit bientôt de nouveau français afin que nous puissions correspondre librement. Je reçois une lettre de Georges Tournier. Il me dit que son grand-père est mort à Mulhouse. Il aimerait bien aussi s’engager et il envie mon sort, ce cher Georges ! Son père est parait-il accusé de haute trahison par les Allemands !

Lundi matin tante Emma nous envoie une lettre de Maman au quartier. Nous nous empressons de la lire. Voilà 4 semaines que nous n’avions plus de nouvelles. Elle est datée du 16 décembre. Maman nous dit qu’elle a pu nous faire parvenir cette lettre par l’entremise d’un voyageur. Elle nous dit qu’il y a un régime très strict en ville. La moindre chose peut vous compromettre de sorte qu’on peut attraper de la prison très facilement. Rudi Schmercher écrit souvent il est formé pour se battre contre les Russes. Gustave Schlagden-Haufen est prisonnier les Japonais. Il y a une concentration de troupes à Mulhouse, paraît-il. Aussi ai-je une idée qu’il va y avoir une grande bataille prochainement en Haute Alsace. Les Allemands veulent parait-il défendre Mulhouse à tout prix. Notre pauvre ville en verra encore de drôle ! Pourvu que notre quartier soit épargné et qu’il n’arrive rien à nos chers parents. Ils vont passer un triste Noël. Les choses marchent bien pour la Triple Entente. Les Serbes ont remportés une grande victoire sur les Autrichiens près de Belgrade. Les alliés progressent toujours par petit bons. Tous les jours ils prennent quelques tranchées. Du côté des Russes par contre ça ne marche pas merveilleusement. Ils sont toujours au même point. Les Allemands ont poussé jusqu’à la côte anglaise avec quelques croiseurs et ont fait environ 500 victimes parmi la population de 3 ports. Samedi soir en rentrant au quartier, je change de domicile pour la nuit. Je couche à côté de mon bon copain Menard. Je suis heureux d’avoir un ami au régiment auquel on peut franchement de tout.

Le dimanche après-midi je vais au cinéma Majestic. On y joue un drame qui a comme sujet une escroquerie de mines en Goldlandia. Le soir je soupe au « Palis Royal ». La veille nous avions une revue de détails. Le lundi soir nous rencontrons Mr Lehauff en ville. Nous lui parlons et il nous invite à prendre un boc à Tomassin. Il nous raconte qu’il a été pris par les français comme otage. A présent il circule librement en France. C’est un homme très gentil. Après ça nous soupons avec nos copains.

 

Le mardi, 22 décembre 1914

Attelage

Artillerie attelée

 

Il nous est arrivé un accident sur l’esplanade. Nous étions en train de faire de la batterie attelée que quatre chevaux s’emballent et tombent. Le canonnier du milieu est pris sous les chevaux et grâce à son habilité il arrive à se dépêtrer de sa position périlleuse. On met 5 minutes à les débricoler par terre. Ils sont complètement enchevêtrer dans les traits et le timon. Enfin tout fini bien heureusement. Le soir j’écris une longue lettre à Ginette Tournier.

 

Le mercredi, 23 décembre 1914

A partir de 7h, batterie attelée. Dressage des chevaux canadiens. Très amusant. Le soir nous fêtons Noël chez oncle Paul et tante Emma. Nous passons une très agréable soirée en famille. Les Lutzus y sont aussi. Oncle Paul nous fait un cadeau de 10fr et d’une blague à tabac à chacun. Ça me fait bien plaisir. Au champagne oncle Paul fait un toast et boit à la santé de Papa et Maman, l’oncle Bull et de la France avant tout. Nous accompagnons à 10h la famille Lutzus à la maison et retournons ensuite en ville ayant une permission de minuit. En ville nous assistons à un accident de tram rue de la République. Nous rentrons vers minuit.

 

Jeudi le 24 décembre 1914

Le froid recommence. Batterie attelée, encore un incident 2 chevaux s’emballent, ils tournent en rond. Tourtelier qui est encore sur l’avant train à la présence d’esprit de descendre. Le type sur le cheval saute également et se fourre dans la boue. Les deux chevaux foncent sur un arbre. L’un passe à gauche et le sous verge à droite. Par la force il casse les traits et se sauve. Le porteur tourne autour de l’arbre. La voiture est renversée, le timon et les roues cassées. Une distraction de plus. Le soir nous soupons à la chinoise. Nous fêtons Noël. Seulement c’est bien triste. Les copains sont presque tous le cafard. Je pense à mes chers parents et regrette beaucoup de ne fêter Noël avec eux. C’est en ces circonstances qu’on remarque le bien que vous font ces soirées traditionnelles en famille. Noël doit être bien triste cette année à Mulhouse. Nos chers parents et France doivent aussi penser à nous.

 

Vendredi, le 25 décembre 1914

Jour de Noël, voilà exactement 4 mois que nous avons quitté Mulhouse. Le matin nous partons après 11h après avoir pris la délicieuse gamelle en l’occasion de Noël. Nous allons prendre le café à la Paix et allons ensuite au cinéma Cursal, où on y joue le « Spectre blanc ». A 7 h nous sommes invités chez les Lutzus pour fêter Noël. Ils ont fait un petit arbre de Noël. Après le souper nous causons et fumons. (Je prends goût à ma pipe). Nous nous amusons bien. Emma nous résiste quelques poésies à propos.

 

Samedi, le 26 décembre 1914

Sommes de piquet.

 

Dimanche, 27 décembre 1914

Le matin lavage des bricoles, à midi nous dînons chez tante Jeanne. L’après-midi nous allons au cinéma.

 

Lundi, le 28 décembre 1914

Le matin j’écris une lettre de 16 pages à Georges, ainsi qu’une lettre à Pierre Walter qui est sous-lieutenant. Au Markstein dans les chasseurs à pied.

 

Mardi, le 29 décembre 1914

Nous passons un examen de commandement devant l’adjudant ayant posé notre candidature comme élève-officier de réserve.

 

Mercredi, le 30 décembre

Mercredi soir nous sommes invités chez oncle Paul et tante Emma. Oncle Paul nous raconte qu’il a eu l’ordre d’organiser les batteries et des postes d’observations autour de la ville pour parer aux attaques de Zeppelin à Lyon le cas échéant. La veille on aurait vu un Zeppelin au-dessus de Chaumont se dirigeant vers Lyon ! L’ordre est donné d’éteindre toutes les lumières des ponts et des quais du Rhône et de la Saône jusqu’à nouvel ordre.

 

Jeudi, le 31 décembre 1914

Nous fêtons la St Sylvestre aux écuries. Je me rappellerai toujours de ce nouvel an. Ah oui, ça n’était pas amusant. Aussi pendant mes heures de garde je pensais à mes chers parents, à France, à mes amis et à toutes mes connaissances de Mulhouse qui actuellement sont dispersés dans les quatre coins du monde. Oui j’étais bien bas, en pensant que les autres années on était tout tranquillement au coin du feu à blaguer en famille.

Novembre 1914

Dimanche le 1er novembre 1914,

Vitriolerie

Fort de la Vitriolerie – La caserne

Charles et moi obtenons une permission d’une ½ journée du lieutenant Daval ; Nous sortons à 10h et nous nous promenons dans la ville. A midi nous dînons chez tante Jeanne. Vers 4 heures nous allons au Parc avec Edouard. Ensuite nous allons voir la mère d’un blesse (L. Favier) que Papa a soigné à Mulhouse. Elle est très contente de nous voir et nous invite pour vendredi soir. Son fils est reparti sur le front (Danemarie). A 7h1/2 nous soupons chez tante Jeanne. Nous écrivons aussi à oncle Jean (Bull) qui est caporal dans les environs de Châlons. Conflit Turco-russe.

 

Lundi, le 2 novembre 1914

Le reste du peloton qui n’a pas défilé le 27, défile aujourd’hui. Le matin nous ne faisons rien de spécial. Après la soupe nous sommes de corvée pour chercher des planches au parc d’artillerie. Là-bas nous voyons plusieurs 220 courts, des 120 longs etc. ainsi que beaucoup de matériel allemand (douilles, caissons, cuisines de campagne). Nous rentrons à 5 heures. Nous allons ensuite porter la soupe à Bellecour. Le soir à 9 heures je suis de patrouille. Nous faisons le tour du fort par une pluie battante. A 10 heures nous sommes dans les bras de Morphée.  – La Turquie a définitivement déclaré la guerre à la triple entente.

 

Mardi, le 3 novembre 1914

Il a plu toute la nuit et il pleut encore ! La journée se passe vite. Le soir Mr Keller nous offre à chacun un couvre nuque et une bonne chemise. Nous sommes très charmés de cette attention. Il nous fait également faire la connaissance d’une pâtisserie alsacienne et nous offre de bons petits gâteaux. Nous allons ensuite les 5 à Tomassin où un bon gueuleton nous attend. Le vin fait bonne figure ! Nous rentrons ensuite.

Mercredi le 4 novembre 1914,

Toujours temps pluvieux ! La bataille des Flandres nous est favorable. Nous menons une vie épatante ! Je suis heureux au possible. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Jeudi 5 novembre 1914

Le matin nous montons des chevaux canadiens. Ceux sont des bêtes très douces et résistantes ! C’est très amusant ! L’après dîner nous continuons à monter à cheval. Papa a écrit. Il dit que Marcel Schmerber et Alfred Schön sont à Cüstrin en Prusse Orientale Charles M. est à Laon et David à Neubrirach. Le soir Mr Dar et son fils viennent nous voir et nous invitent à dîner pour demain.

 

Vendredi, le 6 novembre 1914

Le matin nous faisons de l’équitation ! Plusieurs chevaux sont rétifs. Gardel et Zoll sont nommés brigadiers. Le soir nous allons à l’hôtel Terminus où Mr Dar nous offre un excellent repas. Nous passons une très bonne soirée. Les messieurs nous donnent des nouvelles de beaucoup d’Alsaciens. Après le souper nous causons un professeur de chirurgie Mr Bochel, capitaine qui est très heureux de nous voir connaissant très bien Papa. Nous rentrons ensuite au quartier

 

Samedi le 7 novembre 1914

Les Russes remportent une grande victoire en Galicie ! A 6h ½ nous commençons à atteler pour faire de la batterie en campagne. Je suis sous les ordres d’un adjudant-chef très sévère.  Je monte un cheval de chef, très dur . Comme élève brigadier nous faisons fonction de chef de voiture. Nos attelages ne marchent pas mal. Nous ne revenons qu’après 10h1/2 du matin après avoir fait un demi-tour dans un chemin très étroit près de St Alban. Au repos nous faisons monter les servants. Le Capitaine Loiseau s’est chargé du commandement des 10 attelages. C’était une promenade très intéressante. Le soir Charles et moi soupons chez tante Jeanne. Départ des brigadiers à Valence.

 

Dimanche, le 8 novembre 1914

Le matin nous montons les chevaux canadiens. L’après-midi nous sommes de piquet. Je trouve néanmoins le filon pour sortir. Je vais porter la soupe à l’arsenal avec 3 copains. Après ça nous allons en ville en tram et soupons au bouillon Giraud.

 

Lundi le 9 novembre 1014

Nous montons de nouveau les chevaux canadiens. Ils sont très doux. Le soir nous sommes invités à Tomassin. Nous faisons un repas délicieux.

Menue :               Potage – Hors d’œuvre – Moules – Rôti avec Pommes sautées – Tarte – Fruit – Café

 

Mardi le 10 novembre 1914

Nous faisons de nouveau de l’équitation. Le soir nous allons chez Mr Favier, la mère du blessé de Mulhouse qui nous invite à souper. Nous faisons la connaissance de l’autre fils ainsi que de la fille. Nous passons une soirée très agréable, suivie de champagne. A 8h1/2 nous rentrons en tram.

 

Mercredi ; le 11 novembre 191

Après avoir fait un peu de cheval. On demande 6 hommes du peloton pour prendre la garde aux magasins généraux sous les ordres de notre copain L. Ménard faisant fonction de brigadier. Je suis un des volontaires. Nous nous habillons aussitôt et partons à 10h1/2. C’est une garde très amusante. Je la monte de 11 à 12, de 13 à 15h de 19h à 21h de 1 à 3h et de 7 à 9h. 9 heures de garde en tout. Nous rigolons tous très bien. La nuit se passe très bien. Le soir nous nous faisons photographier par un  photographe ambulant. Je lie amitié avec Ménard ! La nuit il fait très froid.

 

Jeudi, le 12 novembre

Je me lève à 6h1/2, vais prendre un bon café au lait et reprend la garde de 7 à 9h. A 10h le photographe nous rapporte les clichés qui sont très bien réussis. La garde montante vient nous relever qu’à 11h1/2. L’après-midi il y a revue de casernement par le colonel. Le soir nous sommes invités chez tante Jeanne. Oncle Bull écrit qu’il se trouve très bien dans sa tranchée à 500m des Boches

 

Vendredi, le 13 novembre

Nous montons encore à cheval le matin. Le soir je vais au cinéma. On joue « Amour et trahison ». C’est très dramatique. En rentrant je vois tous mes amis au café de la Paix. Paul G…. nous dit que tante Jeanne a reçu une lettre de Maman. Après avoir pris un café crème nous passons chez tante Jeanne. Maman, Papa et ma sœur vont bien. Elle donne de bonnes nouvelles de la maison.

 

Samedi 14 novembre

FortFeyzin

Fort de Feyzin

Il a plu toute la nuit et notre bivouac projeté au Fort de Feyzin a l’air de tomber à l’eau. En attendant nous sellons nos chevaux et faisons quelques tours de manège. A 7h on nous prévient qu’on part malgré tout. Le temps à l’air de se faire. Nous sommes vite prêts et partons tout le peloton à pied pour aller à Feyzin situé à 9 km environ de la Vitriolie. La marche est très régulière. L’entrain pour chanter se met cependant dans les rangs seulement après l’avoir pris un petit rafraîchissement. A 10 heures nous arrivons sur le champ d’exercice devant le fort, où toute la batterie avec canons et caissons vient nous rejoindre. Pendant que les conducteurs forment le bivouac en débricolant les chevaux et les attachant à une corde tendue entre les canons ; nous autres comblons des épaulements. D’autres préparent les feux pour faire le café. A midi nous touchons chacun un bout de bœuf froid, du fromage, du pain et du vent. C’est très bon. Malheureusement la pluie se remet de la partie. Nous sommes forcés de s’abriter. Je me couvre d’une couverture de selle. Après avoir goûté le jus (excellent !) nous retournons à pied. Seulement nous marchons à une telle allure sans prendre garde aux nombreuses flaques d’eau que nous sommes rentrés après 1 heure. Ce qui fait du 9 à l’heure. Somme tout cela nous oblige à nous changer et nous avance à rien. Aussi je me couche à 6h1/2 et dors d’une file jusqu’au lendemain matin à 6h ½. C’est délicieux.

 

Dimanche le 15 novembre 1914

Le matin nous astiquons. Nous obtenons pour presque tous la permission d’abreuvoir. A 10h ½ nous sortons en passant avec toupet par deux devant le poste, se voyant, le maréchal des logis de garde croyait que nous étions de corvée. Nous faisons un petit tour en ville et dînons ensuite à midi chez tante Jeanne où est également toute la famille U…

A 3h nous allons au Parc. Nous y trouvons Edouard qui vient de trouver une connaissance de monsieur T… qui est déjà adjudant infirmier. Nous nous promenons un peu avec lui. A 6 h nous retournons en ville. Faisons un souper bon marché en achetant du fromage et du pain. A 8h il pleut de nouveau et rentrons en tram.

 

Lundi, le 16 novembre 1914

Le matin nous faisons de la manœuvre d’artillerie et ensuite du cheval. Après la soupe nous faisons de la signalisation et du 90. A 3h1/2 nous avons un cours du capitaine Loiseau. Le soir à 6h. Nous allons à Tomassin

 

Mardi 17 novembre

Le matin, il fait froid de loup. Nous faisons de la batterie attelée et nous nous faisons réprimander par l’adjudant-chef. L’après-midi nous faisons du çà. Le soir nous sommes tous très gais. Nous buvons du vin chaud ! La nuit il fait très froid deux carreaux étant cassé.

Mercredi 18 novembre 1914

La journée se passe comme d’habitude. Le soir nous sommes invités chez tante Jeanne.

 

Jeudi, le 19 novembre 1914

Je passe une meilleure nuit que la veille grâce au chandail que tante Jeanne nous a acheté. La nuit il a gelé. Le matin nous faisons un peu d’artillerie et ensuite de la batterie attelée près de l’exposition. L’après-midi nous faisons du 90. Après le cours du capitaine nous sortons. Nous sommes invités chez tante Emma le soir.

 

Vendredi 20 novembre 1914

Hopital

Hôpital Desgenettes à Lyon

Le matin nous sommes obligés de nous astiquer pour aller à l’enterrement de Mr le capitaine du 10ème d’artillerie E. Cavalier. Par un froid de 0°, nous attendons pendant près d’une heure devant l’hôpital Desgenettes. A 10 h nous présentons le sabre devant le cercueil du défunt sur le quel est étendu l’uniforme et ses armes. Nous accompagnons le cortège jusqu’au cimetière et rentons à midi. L’après-midi nous ne faisons pas grand-chose. Vers le soir il commence à neiger. Après la soupe nous allons à la cantine avec Pitet. Nous nous amusons bien et nous flanquons des frites plein le porte pipe. Je fume aussi mon premier cigare. En rentrant nous avons un vrai paysage d’hiver. Tout est couvert de neige. Cela fait prévoir un hiver très rigoureux. La neige étant très rare à Lyon avant le mois de janvier.

 

Samedi 21 novembre 1914

Il a neigé une grande partie de la nuit. Il y a une couche de neige d’environ 8 cm. Le matin nous apprenons à bricoler. Après nous montons à cheval au manège. Avant la soupe, il se livre une bataille de boules de neige. L’après-midi signalisation et cheval. Le soir le capitaine interroge Charles en cours. Sur ce nous sommes invités chez tante Jeanne. Auparavant j’achète une pipe. Le soir il dégèle.

 

Dimanche le 22 novembre 1914

Le matin trois reprises de cheval. Après la soupe je me débine sans avoir la permission d’abreuvoir. Je vais prendre une bonne douche en ville. Ensuite je vais au cinéma « Royal ». Il pleut. Le ciné est très chic. On joue le fils de l’aigle, Napoléon II. J’en sors à 5 h et rentre au quartier après avoir acheté de la charcuterie et du pain pour manger là-bas. Le soir je passe le temps à écrire. Je fume aussi ma première pipe et m’y fait bien. Charles et Edouard rentre à 9h et me disent qu’ils me cherchaient en ville car ils étaient invité à souper par Mr Sche_____.

 

Lundi, le 23 novembre 1914

Le matin artillerie et cheval. Le soir nous sommes de piquet.

 

Mardi, le 24 novembre 1914

Le matin 70 après équitation. Je monte le boxeur, un cheval canadien très difficile. Aussi je me ramasse trois pelles sans me faire de mal. L’après-midi au cours je suis interrogé par le capitaine. J’avais heureusement étudié un peu et pu répondre à toutes les questions pendant ¾ d’heure. J’avais entre autre à commander un tir contre tranchées. Sans me vanter le capitaine prétend que je suis un de ceux qui ait le mieux diriger le tir. Après nous allons à Tomassin. Nous faisons un délicieux repas (omelette au rhum et glace). A la fin du dîner un Mr de M. Mr Hart qu’Edouard a reconnu m’offre un bon Moulin à vent.

 

Mercredi 25 novembre

La journée se passe comme d’habitude. Le soir nous allons chez tante Jeanne.

 

Jeudi le 26 novembre

Toujours même programme : mouvements d’avant-train. Le soir estimation des effets.

 

Vendredi le 27 novembre

Après un bon travail le soir je me repose. J’écris mon cours d’artillerie.

 

Samedi, le 28 novembre.

La situation de notre côté est toujours la même. Par contre les Austro-Allemands aurait essuyé une grande défaite entre la Vistule et la Warta du côté des Russes ! Le territoire russe serait à présent complètement évacué par las allemands ! Le soir dîné chez tante Jeanne.

 

Dimanche, le 29 novembre

Le matin cheval. L’après-midi nous sommes de piquet. Paul G… vient me voir. A 7h il y a contre-appel. Etant à la cantine nous n’entendons pas la sonnerie. Nous arrivons quelques minutes après. Le maréchal des logis nous donne 2 jours de prison pour de la blague. Nous nous mettons en treillis et nous nous amusons bien de la plaisanterie.

 

Lundi, le 30 novembre 1914

Tout marche normalement sauf que le margis devient de plus en plus sévère. Le peloton ayant augmenté d’élèves (38). Les chevaux canadiens deviennent de plus en plus vifs. Pendant la reprise on prend 5 bûches. Barrequist me consigne pour venir en retard à l’appel. Le soir nous allons malgré tout à Tomassin. Nous y faisons un repas de sardanapal. Nous rentrons déjà à 8 heures. A peine 20 secondes que nous étions rentrés dans la piaule que sonne l’appel des consignés. Quelle veine nous pouvons y répondre.

Du 15 au 31 octobre 1914

exercice

Exercice de manœuvre d’artillerie

Jeudi, le 15 octobre 1914

Il a plu toute la nuit et il pleut encore. Notre maréchal des logis nous annonce que nous allons partir dans 12 jours pour Chambaran. Puisse cette nouvelle être une réalité !!! A 6 heures nous voyons passer tout le 5ème régiment d’artillerie lourde de campagne avec leurs 105 longs. C’est très impressionnant. La journée se passe comme d’habitude. Le soir nous faisons de la batterie attelée. Je me couche à 8h étant de piquet d’incendie.

 

Vendredi, le 16 octobre 1914

Pas de journaux ce matin. Il pleut toujours. Notre brigadier nous fait une instruction intérieure sur le canon. L’après-midi cheval. Le capitaine nous fait faire des sauts. Le soir je me promène un peu en ville.

 

Samedi, le 17 octobre 1914

Il y a revue du colonel au manège le matin. Il pleut encore ce matin. L’après-midi il y a instruction intérieure et ensuite cheval au manège. J’ai une carne qui me fait ramasser une bûche. Je m’en tire bien et m’habille de suite pour sortir à 5 heures. Charles et moi sommes invités chez oncle Georges. Nous passons une bonne soirée.

 

Dimanche, le 18 octobre 1914

Le matin nous montons à cheval. J’ai depuis trois jours le malheur de tomber sur de mauvaises bourriques. Aujourd’hui j’ai une carne qui ne veut pas avancer malgré l’invitation de mes éperons. Je suis par conséquent privé d’une belle promenade. Le temps est toujours et encore à la pluie. Nous sommes de piquet aujourd’hui. Edouard a pu obtenir une permission de 24 heures pour aller voir son oncle à Dijon. L’après-midi se passe à flâner.

 

Lundi, 19 octobre 1914

Le matin instruction intérieure, manœuvre du sabre et d’artillerie. A midi nous faisons une merveilleuse balade à cheval. Nous sommes 9 avec le maréchal des logis et l’adjudant. Les autres se font vacciner contre la fièvre typhoïde. Nous autres prendrons des pilules. En attendant nous alternons le trot et le galop dans les vastes taillis derrière l’exposition. C’est très amusant. Nous nous promenons aussi pendant deux heures. J’ai un très bon cheval. Le soir nous sommes invités à Tomassin avec Paul Geiger. Je fume une cigarette. Je me permets ce luxe après avoir cessé de fumer pendant une dizaine de mois. Cousine Marie nous fait cadeau de passe-montagnes.

 

Mardi, le 20 octobre 1914

Les journaux signalent toujours de légers progrès sur le front. La tournée se passe comme d’habitude. L’après-midi nous faisons de nouveau une promenade à cheval. Nous faisons beaucoup de galop. C’est très chouette. Le soir nous sommes invités chez tante Jeanne.

 

Mercredi, le 21 octobre 1914

Le matin se passe bien. A midi nous faisons une promenade à cheval. Sur ce une capitaine (Loiseau) nous fait ainsi que hier un cours d’artillerie. Le soir nous sommes de piquet.

 

Jeudi, le 22 octobre

Ce matin nous sortons et faisons beaucoup de cheval et surtout du galop. L’après-midi à 2 heures nous commençons à faire une tranchée. C’est assez dur au commencement. Le soir je vais au cinéma. On joue « Le téléphone qui accuse ». C’est pas mal.

 

Vendredi, le 23 octobre 1914

Le 6h1/2 à 11h nous travaillons à notre tranchée. L’après-midi nous finissons et mettons des mottes d’herbe sur le terrassement. Le soir nous sommes invités chez tante Jeanne. Auparavant nous allons chez le cordonnier chercher nos brodequins qui vont très bien.

 

Samedi, le 24 octobre 1914

Nous sommes de garde  au Pétrole. J’ai la garde de 15 à 17h, de 21 à 23h, de 3 à 5h. Il fait très froid. Je dors en tout 2 heures de minuit à 2h sur des dalles. Aussi dimanche je suis fatigué.

 

Dimanche, le 25 octobre 1914

Dîner chez tante Jeanne. Le soir cinéma (Guerre gréco-bulgare). Souper dans un petit restaurant.

 

Lundi, le 26 octobre 1914

Le matin manœuvre d’artillerie, étude du 95. L’après-dîner promenade à cheval. 10 élèves du 1er peloton passent brigadier. Promenade à cheval. (Lettre de Nini Walter).

 

Mardi, le 27 octobre 1914

De nouveau de garde au Pétrole, pluie !!!

 

Mercredi, le 28 octobre 1914

Bonnes nouvelles !!! Dans la région de Nancy les Allemands ont été rejetés au-delà de la frontière. Le soir nous allons souper chez tante Jeanne avec Paul Geiger. Le soir je prends les premières pilules antityphoïdes.

Jeudi, le 29 octobre 1914

L’effort allemand brisé ! Le matin cours du capitaine Loiseau. L’après-midi cheval. Le soir nous sommes invités au Tomassin. Délicieux !

 

Vendredi, le 30 octobre 1914

Beaux progrès dans le Nord ! 76000 Allemands tués en 8 jours ! Bataille de l’Yser !! Je suis de chambre aujourd’hui. Il a plu toute la nuit et il pleut encore.  Le soir festin dans la piaule.

 

Samedi, le 31 octobre 1914

Le soir nous passons chez tante Emma. Oncle Georges a reçu un billet de Maman. Un monsieur a pu passer le front en le cachant dans sa montre. Maman est inquiète.

 

 

Du 8 au 13 octobre 1914

Jeudi, le 8 octobre 1914

Doua

Camp de Doua

Il fait de plus en plus froid, d’autant plus que plusieurs carreaux sont cassés dans notre piaule. Comme d’habitude nous faisons le matin de la manœuvre à pieds et d’artillerie. L’après-dîner nous allons faire des exercices de tir au mousqueton au grand camp à Doua situé 8 kilomètres de la Vitriolerie. La marche va très bien. Nous traversons toute la ville car le camp est au-delà du Parc. Après une heure d’attente vient notre tour. Je vais d’abord avec 7 camarades aux cibles pour faire fonction de marqueurs. Les cibles sont à une distance de 200 mètres des tireurs. C’est très amusant dans ces tranchés. Ça vous fait un drôle d’impression d’entendre siffler les balles de près et de recevoir des cailloux et du sable sur soi. Une trompette nous donne le signal de la fin du tir. Nous tirons ensuite 6 cartouches. J’avoue que le recul est fort et que pour commencer mes exploits n’étaient pas brillants. Le bruit vous abasourdi également. A 5 heures nous rentrons par un autre chemin qui est encore plus long. Nous sommes tous très gais et chantons de bon cœur. Nous ne sommes au quartier qu’à 6h1/2 de sorte que peu d’entre nous ne sortent. Moi je reste et me couche de suite après le boulot.

 

Vendredi, le 9 octobre 1914

La bataille de l’Aisne se poursuit toujours. C’est le 2éme jour de cette bataille unique au monde. Les Allemands sont peu à peu chassés vers le Nord. Le matin, il règne un brouillard intense et le froid nous saisit les membres. Pour nous réchauffer nous faisons de la manœuvre à pied au pas de gymnastique. Ensuite nous faisons un peu de topographie et de la manœuvre d’artillerie. Après avoir épluché les patates et pris la soupe nous avons un repos jusqu’à 2h, ensuite un cours de d’hippologie. A « h nous montons à cheval. Nous sommes de piquet le soir

 

Samedi, le 10 octobre 1914

Le matin se passe comme d’habitude. Je demande à passer le BAM, ainsi que le font 25 types de la piaule. L’après-midi nous faisons du cheval sur la piste. Le soir nous sommes invités chez tante Jeanne. Oncle Paul et tante Emma y sont également. Tante Jeanne nous offre de bonnes ceintures de flanelle. Anvers est prise par les Allemands. Les Français sont devant Metz.

 

Dimanche, le 11 octobre 1914

D’après le « Nouvelliste » il y a eu un combat important à Cernay. Le matin nous faisons de la manœuvre de la manœuvre d’artillerie et à pied. Nous jouons aussi au bar pour nous réchauffer. L’après-midi nous devons être de corvée d’abreuvoir, seulement nous nous débinons et allons à l’exposition. Nous voyons des choses très intéressantes telles que le musée des différents moyens de locomotion depuis le 18ème siècle ainsi que les meubles de Napoléon 1er etc… Vers 4 h nous prenons le tram, Edouard et moi, et allons en ville. Près du pont de la Guillotière nous prenons une bonne douche jaune à 3 sous. Nous nous promenons ensuite en ville. A 6h1/2 je vais souper au bouillon Giraud à 2 fr avec Tourtelier et un autre copain. C’est très bon.

 

Lundi, le 12 octobre 1914

Le matin se passe comme d’habitude. L’après-midi nous faisons pendant 2 heures du cheval sur la piste. Le soir nous sommes de piquet.

 

Mardi, le 13 octobre 1914

Jusqu’à 9 heures nous nous astiquons en vue d’un examen que nous allons passer (examen de fin de peloton, croyons non). Nous partons par peloton de 19. Le jury se compose du capitaine Petitcolas et du lieutenant Tisset. Nous faisons tous un peu de trot. Malgré mon mauvais cheval je ne marche pas mal. Après la soupe à 3h vient l’examen de manœuvre à pied. La moitié passe à tour de rôle pour commander. Finalement il ne reste plus que 9 candidats classés. Nous autres continuons le peloton avec notre maréchal des logis Bachecot. Le soir nous sommes invités au Tomassin. Auparavant nous allons faire prendre mesure, Charles et moi pour deux bonnes paires de brodequins à 27 fr chez un petit cordonnier près de chez oncle Paul. Notre souper est délicieux. En rentrant nous passons chez tante Emma. Elle a reçu une lettre de Maman en allemand par Bâle. Mulhouse est toujours allemande. Maman nous appelle par des noms de filles (Charlotte et Pauline) par mesure de précaution. Toute la famille reporte bien. Nous rentrons pour l’appel de 9 heures et nous nous couchons à 10 h.

Les 6 et 7 octobre 1914

Mardi, le 6 octobre 1914

Petrole

Dépôt de pétrole à Lyon

Jusqu’à 9h1/2 nous nous astiquons et nous nous préparons pour prendre la garde du « Pétrole » au quai Perrache, une réserve de 83 000 litres d’essence. A 10 heures ½ nous partons en manteau quatre par quatre, sabre au clair. Par précaution nous avions pris tous une couverture. La garde se compose du maréchal des logis, d’un brigadier et de 24 hommes qui montent par 6 successivement 2 heures de garde. Une sentinelle a également la mission d’arrêter toutes les autos qui passent pour leur demander leur passeport car il parait qu’il y a des espions allemands qui se promènent en auto en uniforme d’officier français. Je monte la garde de 13h à 15h étant de la seconde escouade de 6 hommes. J’ai la consigne de ne laisser fumer personne. La garde est plutôt monotone. A 15 heures je suis relevé. De 5h à 6h je prends le poste d’arrêter les autos. On nous apporte ensuite la soupe qui se compose d’un bon rata. De 21h à 23h je reprends la garde sabre au clair et revolver chargé. Je n’ai pas souvent l’occasion de crier « Halte-là qui vive ! » « Avancez au ralliement ». Notre mot de ralliement est « Londres ». Vers minuit je me couche sur le quai du Rhône. Toutefois je n’y reste qu’une heure à cause d’une bise très froide. Malgré moi je vais me coucher dans la paille au poste qui est infesté de l’odeur de pétrole. Je dors pas mal. De 5 à 7 h je reprends la garde.

 

Mercredi, le 7 octobre

Malgré une forte bise le temps passe vite. Je suis bien content lorsqu’on vient me relever à 7 heures. Je prends un bon café au lait avec Edouard dans un restaurent à proximité. Nous avons décidément un charmant maréchal des logis, le brigadier Espinouse est également bon pour nous. Nous nous amusons tous bien. Le journal annonce malheureusement la glorieuse mort du fameux coureur athlète Jean Bouin. A 10h1/2 des servants viennent nous relever. Nous nous mettons tous en route et traversons le Rhône en bac pour rentrer au quartier. A midi nous prenons notre soupe et avons repos jusqu’à 3 heures. Nous montons ensuite à cheval et faisons du trot enlevé jusqu’à 5h1/4 sur la piste. J’ai un cheval qui marche très bien. Le soir à 7h nous sommes invités chez Mr Undenstock à la brasserie Georges. Nous dînons également avec son fils qui est maréchal des logis au 13ème régiment du génie. On nous sert du poisson sautés et artichauts. Après le café nous nous absentons et retournons au quartier.

Lundi, le 5 octobre 1914

Front14

Ligne de front 1914

Les Allemands sont peu à peu repoussés vers le nord. C’est le 21ème jour de la bataille de l’Aisne. Le front s’étend sur une ligne formant un angle droit sur 300 kilomètres. Elle va de la Moselle à Arras. Le sommet de l’angle est aux environs de Lassigny.

Vers 7 heures nous montons à cheval sur de vieux chevaux. Notre maréchal des logis nous laisse nous promener à volonté pendant une heure. C’est très amusant. Vers 10 heures nous passons à la manœuvre d’artillerie. Après la soupe le 1er et notre peloton vont faire des exercices de tir au mousqueton au fort de la Motte qui est situé à 20 minutes de la Vitriolerie. Nous tirons chacun 6 cartouches. Le soir nous sellons nos chevaux de remonte et ne montons que 5 minutes. Le premier peloton montant en cheval après nous. A 6h1/2 nous sommes invités au Tomassin où nous faisons un délicieux repas. En rentrant nous passons chez tante Emma.

Du 1er au 4 octobre 1914

Jeudi, le 1er octobre 1914

Le matin nous faisons de la manœuvre à pied et instruction intérieure ainsi que de la manœuvre d’artillerie. Après la soupe nous montons à cheval jusqu’à 4h1/2. Je sors ensuite en ville avec Edouard. Nous passons chez tante Jeanne qui nous invite à souper pour le lendemain. Georges et Emma sont malades. Nous allons ensuite chez le coiffeur pour nous faire tondre. Vers 7 heures nous nous promenons sur les quais du Rhône et rentrons ensuite au quartier.

 

Vendredi, le 2 octobre

Voilà 2 mois que la guerre dure et un mois que nous sommes ici à Lyon. Nous pensions partir dans quelques jours pour aller au feu mais hélas un décret ministériel nous oblige parait-il de rester encore deux mois ici. La bataille de l’Aisne se poursuit toujours à l’avantage des troupes alliées. Le matin nous faisons comme d’habitude de la manœuvre d’artillerie. Après la soupe nous mentons à cheval jusqu’à 4h1/4. Le soir nous sommes invités chez tante Jeanne, les 4 artilleurs et Paul Geiger. Le souper est très bon. A 9 h nous rentrons. Nous dormons la fenêtre ouverte.

 

Samedi, le 3 octobre 1914

Le matin nous faisons de la manœuvre au sabre et ensuite du canon jusqu’à 11 heures. Après le dîner à 1h1/4 nous faisons de la manœuvre à pied. A 2h1/4 jusqu’à 4h1/4 nous montons à cheval d’abord au manège et ensuite sur la piste. C’est très amusant. Le soir nous sommes de piquet. Je me couche déjà à 7h1/2. La nuit est très fraîche.

 

Dimanche, le 4 octobre 1914

Encore toujours pas de nouvelles vaillantes !

Le matin nous faisons presque exclusivement de la manœuvre d’artillerie. L’après-dîner nous sommes de corvée d’abreuvage jusqu’à 4 heures. Nous sortons ensuite en ville après la soupe. Edouard fait la connaissance d’une gentille jeune fille. Je le laisse seul. Pour me distraire je me promène rue Victor Hugo. Quelques marrons me réchauffent. Le Progrès annonce que Pointcarré est parti de Bordeaux pour le front où depuis 3 semaines il présidait le conseil des ministres transféré dans cette ville. Il est parti dans l’intention de féliciter ses armées. Je rentre à 9 heures j’oubliai de dire que nos pelotons vont avoir une instruction intensive pour partir le plus vite possible au feu. Nous nous en réjouissons tous sauf Tourtelier qui a une trouille intense.

 

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CARNETS DE GUERRE

Carnet

Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

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Page consacrée à Jean-Paul Hédrich sur le site européen des archives de la guerre de 14-18
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Jean-Paul à Mulhouse en août 14

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Jean-Paul à Grenoble mars 1915

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Jean-Paul à la Rochelle février 1916


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