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Archives pour la catégorie 5. Campagne des Dardanelles



Samedi, le 22 mai 1915

route

Route du Dumbea en Méditerranée

La nuit se passe bien. Au matin la mer est toujours calme. Vers 9 h nous voyons à notre gauche une grande et longue île rocailleuse qui est l’île de Malte. Nous nous dirigeons en ce moment vers le sud-est. Notre dîner se compose de bœuf avec lentilles, d’un quart de vin et d’un quart de boule de pain. Après le dîner je fais une bonne sieste sur le pont. De nombreux marsouins suivent notre bateau. Le soir on se dirige en plein vers l’est. Nous restons sur le pont jusqu’après le coucher du soleil à 7h1/2. Nous sommes installés sur l’avant-pont par terre sur nos couvertures et jouissons du bon air et d’une légère brise tout en causant du passé et de l’avenir. Il ne me semble pas que nous allons nous battre. Le voyage me fait tout à fait l’effet d’un voyage d’agrément. On vit continuellement le présent et de cette façon le voyage est des plus agréable car les jours sont riches en impression. Tout en goûtant ainsi les agréments du voyage en mer par un temps idéal, nous entendons les matelots qui racontent leurs aventures. Poursuivre la lecture ‘Samedi, le 22 mai 1915′

Vendredi, 21 mai 1915

Cabine_dumbea

Cabine de 3ème classe du Dumbea

La nuit se passe très bien. Edouard a eu un peu le mal de mer. A 3h1/4 nous passons en vue de la Sardaigne. La nourriture à bord n’est pas trop mauvaise. La mer est très calme. Dans la soirée nous passons en vue du cap Bon. Nous longeons la côte tunisienne pendant plusieurs heures. Pendant la journée plusieurs paquebots passent au large. Notre bateau a deux cheminées et marche à 13 nœuds à l’heure (le nœud équivaut à 1850 m). Cela fait donc environ 24 km à l’heure. A 7 h1/2 nous voyons un phare sur la côte africaine. A 8 h je vais me coucher. Nous sommes dans une cabine de 3ème classe pour 9 poilus. C’est guère confortable.

Jeudi 20 mai 1915 – L’appareillage

Dumbea2

Le Dumbea

Nous levons l’ancre à 2 h du matin dans la nuit noire. Comme garde d’écurie, je m’étais endormi et me réveille qu’à 3 h. Je monte sur le pont et la mer qui nous entoure me fait une profonde impression. A l’horizon, derrière nous, on voit encore vaguement la côte dans la brume matinale. C’est à ce moment que je me dis ma nouvelle patrie pour ne peut-être ne plus jamais la revoir. Quoique je sois heureux au possible d’aller vers la gloire et de me donner tout entier à la France. Une ombre se fait dans mon bonheur indescriptible. Oui en quittant la Patrie je quitte en même temps mes bien chers parents pour une destination encore inconnue. Mais certainement pour faire un voyage qui sera long et dont nous ne reviendrons pas de sitôt ou peut-être jamais ! Ces chers parents que nous avons quittés il y a bientôt neuf mois en pensant les revoir quelques jours après. Si nous avions pu savoir à notre départ précipité de la maison que la séparation durerait des mois et des mois et qu’elle serait encore plus longue par cette campagne en pays étranger, oui si nous avions pu prévoir nous aurions certainement quitté nos parents et notre sœur dans une longue étreinte qui aurait plus dit que beaucoup de paroles et de larmes. Lorsqu’ils apprendront que nous sommes allés combattre les alliés de ces traitres de boches qui les ont fait souffrir depuis le 25 août 1914. Oui en apprenant notre départ pour les Dardanelles ils seront fiers de leurs fils et mettront le devoir de la Patrie au-dessus de l’amour filiale. La nuit se passe très bien. Au réveil nous sommes déjà en haute mer. Nous avons un temps superbe. A 8 h nous faisons l’abreuvoir. Nous passons le reste de la journée sur le pont en plein air.

Mercredi, le 19 mai 1915 – L’embarquement

DumbeaRéveil à 3 h1/2 ; On harnache nos chevaux en vitesse. Et on va à la guerre. L’embarquement à bord du « Dumbea » dure toute la journée. Tout s’effectue au moyen de grandes grues. Les chevaux sont embarqués un par un avec de grandes ceintures qu’on leur passe sous le vente. Les canons sont à fond de cale, tandis que les voitures à munition sont sur le pont. Pour le premier soir nous sommes de garde d‘écurie  à bord.

Embarquement_chevaux

Du 17 au 18 mai 1915

Lundi, le 17 mai 1915

Nous faisons de la batterie attelée. Nos chevaux marchent très bien.

 

Mardi, le 18 mai 1915

Préparatifs de départ pour le lendemain. Le soir nous faisons notre correspondance.

Dimanche, le 16 mai 1915

Notre_dameNous allons à Notre Dame de la Garde à cheval. Le soir nous allons voir le port de la Joliette et ensuite nous allons prendre un bon bain de mer. Après l’abreuvoir nous allons souper et passer une agréable soirée en ville. Comme par hasard nous rencontrons Mme Kraft de la Saulx qui est à Marseille avec sa famille depuis le début de la guerre. Elle nous invite à souper le lendemain.

Vendredi 14 et samedi 15 mai 1915

PteRouge

Pointe Rouge

Nous faisons une belle promenade à cheval à la Pointe Rouge et voyons bien pour la première fois la mer qui est d’un bleu foncé.

 

Samedi, le 15 mai 1915

Rien de spécial

Jeudi, le 13 mai 1915 – à Marseille

Vieuxport

Le vieux Port en 1915

Abreuvoir à 6 h1/2, soupe à 7 h1/4. A midi nous allons harnacher nos chevaux. Nous sommes tous, heureux au possible. Le temps est radieux, nous fleurissons nos chevaux et leur mettons des drapeaux. Nous partons à 2 h1/2 et allons à l’arsenal pour atteler et amener les pièces à la gare. Charles, Faure et moi sommes passés à la 7ème pièce ayant un charriot de ravitaillement. L’embarquement se passe très bien. Nous partons enfin à 6h1/2 en direction de Marseille pour aller ensuite aux Dardanelles. Nous voyageons en 2ème et sommes très bien. A notre départ tout le monde nous acclame et il me semble que les gens qui nous voient partir sont plus inquiets que nous. Je trouve qu’il est tout naturel que nous partions ! C’est dommage que nous fassions le voyage de nuit. Nous dormons fort peu et passons par Valence, Montélimar, Avignon et Arles. Nous arrivons à Marseille à 8 h. Nous débarquons et nous menons nos pièces à l’emplacement de l’ancienne exposition de mars 1911 où nous formons le parc car il parait que nous restons à Marseille quelques jours avant d’embarquer. Le soir nous allons en ville. Nous allons voir le vieux Port et la Cannebière. La ville nous plait beaucoup et est très animée. La nuit nous couchons sous la tente.

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CARNETS DE GUERRE

Carnet

Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

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