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Archives pour la catégorie 5. Campagne des Dardanelles



Lundi 10 janvier 1916

Calendrier1916Les corvées de nuit sont de plus en plus nombreuses. Voilà 5 jours que je marche en ayant presque pas de repos. Un soir j’ai la déveine en plein ! Je porte un pli urgent au capitaine des échelons. En sortant de sa cagna mon cheval avait disparu. Je le cherche en vain dans tous les échelons de Pretoria. Il fait nuit noire. Aussi je suis obligé de m’en retourner à pied à 11 h du soir.

Le dimanche, corvée à Moudros, je ne rentre qu’à 1 h du matin. Les servants de batterie sont tous revenus avec les officiers, le cap Helles étant complétement abandonné. Voilà les détails qu’ils nous donnent là-dessus :

Les alliés ont pris la décision d’abandonner complètement le Cap Helles, ce théâtre du front ne leur offrant aucun avantage sur nos ennemis.

Les troupes françaises partirent peu à peu sous le feu intense des batteries turques ravitaillées en munitions par l’Allemagne. L’infanterie, l’artillerie, bref toutes les troupes embarquent pour Moudros tandis que les anglais se retranchent derrière des fils de fer barbelées pour atténuer l’attaque turque qui viendra infailliblement à la suite de notre retraite. La pagaille était énorme. Plus d’intendance, tout le monde tapait dans les vivres. Les pièces lourdes hors de service ont été « fait sauter », le foin brûlé. Tout s’est bien passé. Les dernières troupes alliées embarquent pendant que la flotte effectue un tir de barrage pour empêcher l’avance des Turcs. Depuis l’arrivée des servants nous sommes menés dur par un commandant. Je réussis à choper 4 jours de prison (un cheval d’un attelage étant trop mouillé). Voici 10 jours que les marabouts ont été retirés, nous couchons sous la toile de tente. C’est très peu confortable.

C’est aujourd’hui à midi que l’on nous annonce la bonne nouvelle que toute la batterie embarque demain matin pour la France quelle joie indescriptible ! On travaille toute la nuit à emballer, bricoler, charger et atteler.

Lette à Jeanne Lutzius, 2 janvier 1916

Carte_de_voeu1916aCamp d’Atsiki, le 2 janvier 1916

Chère Tante

Enfin, je trouve le temps de donner signe de vie. Le travail ne manquait pas pendant ces jours de fêtes qui sont passées presque inaperçues. Hier soir les conducteurs et tous les servants de la batterie sont revenus avec les pièces et le matériel. J’ai dû les chercher avec 4 voitures au débarcadère à 10 km d’ici. Il faisait nuit noire et je vous garantis que ce n’était pas le filon dans des chemins étroits et boueux bordés des deux côtés de fossés. Vous parlez d’un jour de l’an ! Nous avons eu toutes les peines du monde de mettre un chariot en état de marche qui avait versé. Nous sommes rentrés à 3 heures du matin. Le Cap est complétement abandonné aux Anglais. Je me demande ce qu’on va faire de nous. Le moral et la santé sont excellents. Merci pour la longue lettre du 18 écoulé.

Recevez des gros baisers de votre neveu qui vous aime bien.

Jean-Paul

Dimanche 26 décembre 1915

Noel1915Voilà les fêtes de Noël passées et presque inaperçues si un petit gueuleton organisé à notre pièce le veille de Noël n’était pas venu changer l’ordinaire. La boisson a abondé, malheureusement de sorte que nous étions vite transportés dans un autre monde cela nous a pourtant évité d’avoir le cafard. Le 25 se passe normalement. Ce soir, je suis de garde et je suis chargé de maintenir l’ordre dans un patelin. La tâche n’est pas facile en raison du laisser-aller déconcertant des anglais.

Samedi 18 décembre 1915 – Lettre à Jeanne Lutzius

LesAnnalesLettre N°11
Camp d’Atsiki, le 18 décembre 1915

Ma chère tante

Je viens de recevoir ta gentille lettre du 5 courant (N°5) et te remercie de tout cœur.

Charles a une veine de pendu d’avoir pu vous voir en allant à St Michel et je pense qu’il aura pu s’arrêter à Lyon en revenant. Je lui souhaite ainsi qu’à Georges de pouvoir passer les fêtes de Noël avec vous. Quant à moi j’ai fait mon deuil des permissions ! Il ne faut plus y compter. Voilà deux fois qu’on nous les supprime et même si elles devaient de nouveau être autorisées, je serais le dernier à partir étant le plus jeune de la batterie. N’y pensons donc pas !

Je continue ma lettre, je m’étais interrompu pour boire un bon quart de chocolat au lait. Je m’entends très bien avec mes hommes et nous nous faisons tous les soirs une boisson chaude, telle que café, thé ou chocolat.

Mes poilus sont très gentils. Ils sont de tous les départements possibles. J’ai plusieurs bretons, un Lyonnais, un Parisien, un Nîmois, un Stéphanois et un des environs d’Orléans. Leurs parlés diffèrent beaucoup ce qui ne s’empêche pas de s’entendre à merveille.

On prétend qu’on va nous compléter et on commence déjà à nous équiper à neuf, de mettre tout notre matériel, harnachement etc… en état de partir. Tout cela fait prévoir le départ. Pour où ? voilà la grande question.

Je ne sais pas ce que signifie ce changement de régiment. Attendons les évènements. Il ne faut pas s’en faire. Si on peut se débiner de cette sacrée île, tant mieux ! Je doute que l’on réveillonne ici !?

Nous commençons à nous habituer à cette vie des champs. Faure et moi nous nous sommes débrouillés pour faire des lits à ressorts brevetés sans garantie du gouvernement. Quand le vent du nord souffle parfois et qu’il fait trop froid on se calfeutre dans nos pageots, tout en fumant une bonne bouffarde. Je lis le soir un journal à la clarté de ma lampe à pétrole dont j’ai fait l’acquisition dernièrement. Ma table de nuit est à côté sur laquelle je peux me faire mon thé au chocolat au moyen de ma lampe à alcool. Je n’ai pas encore fait usage de la chaufferette que tu m’as envoyée. Par contre j’ai déjà dégusté la choucroute qui était épatante. Faure va de nouveau bien et te fait remercier de l’attention que tu as pour lui. Il regrette bien de ne pouvoir profiter du lit que tu lui propose de mettre à sa disposition au cas où il viendrait en permission.

Je termine chère Tante en t’embrassant mille et mille fois et en te chargeant de mes gros baisers pour Oncle Georges, Emma, Jean et Paul. Je vous souhaite en même temps une bonne année et pense qu’elle amènera avec elle la délivrance de mes chers parents et avant tout la grande victoire.

Votre tout dévoué neveu

Jean-Paul Malherbe

Jeudi 16 décembre 1915 Lettre à tante Jeanne Lutzius

Lettre161215Lettre N°10  Camp d’Atsiki, le 16 décembre 1915
 
Chère tante,
 
On vient de nous annoncer que nous avons été versés à la 25ème batterie de 155 court du 104ème régiment d’artillerie lourde. Voilà l’adresse de nouveau changée ce qui occasionnera un retard dans notre courrier pendant plus d’un mois (Oh bêtise militaire !).
Me porte toujours bien. Le temps n’est pas trop froid. Pas de courrier depuis plus de 12 jours. Recevez, vous tous de bons baisers.
 
Ton dévoué neveu.
 
Jean-Paul

Lundi 13 décembre 1915

CarteLemnosNous voilà installé à Atsiki, patelin à 4 km de Varos et à 2 ou 3 km de notre ancien camp de Prétoria. Nos guitounes sont montées sur la pente douce de la colline qui domine le patelin. Nos chevaux sont à proximité. Je me monte un lit « holpète » dans lequel je suis à merveille.

Le 9 décembre 1915 Lettre à Georges Lutzius

Lettre19151209Lettre N°9 – Atsiki près Varos le 9 décembre

Mon cher Oncle

Voilà déjà plusieurs jours que je suis en possession de ton mandat, mais je n’ai pas trouvé le temps de t’en accuser réception étant donné qu’on nous a fait déménager encore une fois. Nous avons monté notre guitounes 2 à 3 km plus loin. Cet après-midi j’ai monté mon pageot et ma table de nuit. Me voilà réinstallé et c’est à la lumière de ma petite lampe à pétrole dont j’ai fait l’acquisition il y a deux semaines, que je m’empresse de te répondre à tes quelques mots et te remercier de ton attention. J’ai également reçu la lettre N°4 de tante Jeanne et la nouvelle de la promotion de Charles. C’est avec anxiété que je me demande s’il a rejoint sa fameuse batterie de 75. Ici le temps est bien plus doux depuis 10 jours. Plusieurs poilus de la batterie ont dû être évacués pour avoir les pieds gelés. Reçois ainsi que toute la famille de bons baisers de ton neveu dévoué. Merci pour le paquet.

Jean-Paul

Dimanche 5 décembre 1915 Lettre à Jean Lutzius

Lettre19151205Varos près Moudros

Dimanche 5 décembre 1915

Mon cher Jean

Me voilà encore une fois sur le point de déménager. Quel embêtement ! Chaque fois qu’on s’est organisé confortablement on nous fait plier bagages. Cette fois ci c’est pour aller à 3 kilomètres d’ici. Aucune raison valable, simple histoire de nous embêter (Oh bêtise militaire !) ? C’est la nième fois qu’on change d’emplacement depuis que nous sommes dans ce pays de sauvage. Je vais être obligé de me fabriquer un lit pliant ! C’est une vraie vie de nomades qu’on mène ici dans l’inaction. Je crois qu’ils vont nous y faire moisir. Enfin pourvu que la santé aille, c’est le principal. Mon tour de prendre une part active à cette guerre arrivera bien un jour. Bon baiser à vous tous.

Jean-Paul

Georges se plait-il à Dijon ?

 

Jeudi 2 décembre 1915 Lettre à Tante Jeanne.

EleskaLettre n°8  Varos le 2 décembre

Chère Tante

Merci de tout cœur pour tes lettres N°2 et 3 reçues aujourd’hui. Tu ne recevras sans doute jamais ma lettre N°2 car je crois bien que le bateau a été coulé les premiers jours de novembre. C’est avec plaisir que j’apprends que Georges est parti pour Dijon, tant mieux pour lui. Le veinard de Charles a également dû plier bagages pour aller rejoindre sa batterie de 75. Il me tarde d’avoir de ses nouvelles. Faites-lui suivre mes lettres s.v.p. Cela lui parviendra plus vite que par Grenoble. Ici rien de neuf, toujours un froid terrible au point que l’eau gèle dans nos bidons. Envoi moi à l’occasion de l’alcool modifié et de l’Eleska. Une bonne soupe ou un bon chocolat ne font pas de mal par ce froid. Edouard va mieux et vous présente ses salutations distinguées. Bons baisers.

Jean-Paul

Dimanche, le 28 novembre 1915

MaraboutLe froid est tellement intense que je suis obligé de faire mon journal au lit pour ne pas avoir froid aux pieds. La tempête est terrible. Il a plu toute la nuit. Ce matin un vent du Nord se met de la partie. La boue aux écuries nous vient jusqu’aux chevilles. Les chevaux gèlent de froid et refusent de boire. Nous autres sommes transits de froid.

Les marabouts, notre seul abri, ne résistent qu’avec peine aux rafales terribles du vent. Malgré nos bonnes couvertures nous n’arrivons pas à nous réchauffer. Le courant d’air qui règne dans le marabout nous saisit. J’ai heureusement fait l’acquisition d’une lampe à pétrole sans quoi nos bougies ne resteraient pas allumées. J’ai de bonnes nouvelles de Charles qui est retourné à Grenoble après avoir passé 10 jours de convalescence à Lyon. Il me dit qu’il ne va pas tarder à partir dans une batterie de 75 en Alsace. Le veinard !

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CARNETS DE GUERRE

Carnet

Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

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Jean-Paul à Lyon en septembre 1914

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Jean-Paul à Grenoble mars 1915

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Jean-Paul à la Rochelle février 1916


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