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Archives pour la catégorie 5. Campagne des Dardanelles



Dimanche, le 21 novembre 1915

SerbieVoilà bientôt 3 semaines que je jugeais inutile de faire mon journal, les journées se suivant avec la même monotonie. Ronot est passé « Rabo » d’ordinaire en remplacement de Château qui est parti au Cap avec les galons de maréchal des logis. Quant à Bau, il va tous les jours à la viande à Moudros. Les premiers jours d’août, il faisait un temps très doux. Le vent glacial du Nord s’est pourtant mis de la partie. Aujourd’hui il souffle avec une intensité exceptionnelle. Le marabout de la troisième pièce n’y résiste pas de sorte que les pauvres poilus sont obligés de coucher à la belle étoile. Nous sommes tous transis par le froid. Le contraste avec les chaleurs torrides de l’été est frappant. Bonnes nouvelles de Charles qui a rejoint son dépôt à Grenoble. La marche en avant de l’armée austro-allemande en Serbie progresse lentement. La jonction avec les Bulgares est établie. Les Serbes et les Alliés résistent vaillamment, ils ne doutent pas de la victoire finale.

Lettre à Jean Lutzius, 15 novembre 1915

Lettre19151115Varos le 15 novembre 1915

Mon cher Jean

C’est avec plaisir que j’apprends par la lettre de tante Jeanne du 1er courant que Charles est des vôtres et surtout que vous lui trouvez une mine superbe. Pendant les 10 jours heureux qu’il a passé à Lyon, il vous aura donné des détails sur notre vie ici en Orient et vous aurez pû mieux vous rendre compte à quel point les habitants de l’île de Lemnos sont arriérés à tous les points de vues, bien que Charles n’est passé que 2 mois ici tandis que nous y sommes bientôt 3 fois aussi longtemps. Les anciens du début ne sont d’ailleurs plus nombreux. Une vingtaine sur plus de 100 que nous étions à l’échelon. Pour ma part je me porte heureusement pas plus mal et patiente. Le temps n’est pas trop mauvais. Il ne fait plus du tout froid. Faure va mieux et me charge de vous transmettre ses bons souvenirs à vous tous. Reçois, ainsi que toute la famille de bons baisers de ton cousin dévoué .

 Jean-Paul

Lette à Jeanne Lutzius, 8 novembre 1915

Lettre8nov15Varos près Moudros, le 8 novembre 1915

Chère Tante,

J’étais resté une quinzaine de jours sans avoir de vos nouvelles aussi je me demandais si le courrier avait été coulé ou si nos lettres avaient été retenues par les autorités militaires. Hie j’ai reçu ta longue lettre du 19 octobre, chère tante et te remercie de tout cœur. Les craintes et les suppositions de nous voir partir en Serbie ne se sont pas réalisées quoique il en fut vivement question. Il se pourrait cependant que nous allions encore. Les dépôts intermédiaires sont vides et au besoin on puisera les renforts en hommes et en chevaux dans les échelons. Les dernières nouvelles de France sont du 23 octobre de sorte que nous ignorons complètement les évènements en Serbie. C’est avec anxiété que je me demande de quel côté vont tourner les efforts réunis de notre corps en Serbie et des vaillants soldats serbes. L’heure est critique ! Espérons que cela tournera pour le mieux et que les Roumains et le Grecs entreront bientôt en scène à nos côtés. Ici on ne sait rien.  Faure va mieux quant à moi je me porte très bien. Le temps est très doux depuis quelques jours. Je suis toujours très occupé restant le seul brigadier à l’échelon. Charles doit être des vôtres. Embrassez le bien de ma part et recevez chers oncle et tante et toute la famille de gros baisers de votre tout dévoué.

Jean-Paul

Vendredi le 29 octobre 1915

Je suis brigadier de garde au poste de police. Journée peinarde. Voici longtemps que je n’ai plus parlé des événements militaires : Les Austro-Allemands ont en effet attaqué au début octobre. Les Serbes ont pris la pilule. Belgrade qui n’a aucune importance stratégique est en leurs mains. De concert avec eux les bulgares attaquent par le Nord. Les alliés se font un devoir de défendre ce front pour venir en aide à la Serbie. Quant à la Grèce et la Roumanie, elles restent neutres pour l’instant.

Jeudi le 28 octobre 1915

Je suis de jour et trouve enfin un peu de repos. Ces derniers temps je me porte à merveille. Je ne prive de rien. A Moudros on trouve biscuits, beurre, confiture. J’ai même pu découvrir de la crème de marron, c’est délicieux. Aussi je me régale et mange tout ce qui me dit. A quoi bon s’en priver maintenant qu’on peut trouver quelque chose à acheter dans ce pays désert.

Mercredi le 27 octobre 1915

De corvée à Parthénontos pour déménager plusieurs marabouts, tels que ceux du major, des secrétaires, du poste de police etc… La journée se passe très bien.

Mardi le 26 octobre 1915

J’accompagne la corvée de fourrage à Moudros. C’est bien plus simple qu’avec des bâts maintenant que nous avons nos voitures et notre fourragère. La visite se fait à Varos, en attendant. De nouveau plusieurs évacués et beaucoup de malades.

Lundi, le 25 octobre 1915

Lemnos_maraboutLe sol est bien dur et il me tarde de faire un lit. De plus les coloniaux qui ont habité là nous ont laissé leurs puces. Heureusement que j’étais fatigué sans quoi je n’aurai pas fermé l’œil.

Le matin je fais partir la corvée de vivres et de fourrage à Moudros. Je descends aux écuries qui ont l’inconvénient d’être très éloignées des guitounes. Mais quelle pagaille !

Plus de 30 chevaux qui se sont cavalés ! Les piquets arrachés, les cordes cassées, les colliers et les chaînes trainent un peu partout. J’envoie en vitesse des patrouilles pour rechercher les chevaux pendant que le reste des hommes tendent les cordes, une par pièces. Le soir nous avons notre compte de chevaux. La plus part était retourné à Parthémontos. Les bêtes ont pourtant de l’instinct !

Les cuisines se trouvent en dessous des chevaux qui sont également bien éloignés des tentes. Nous nous faisons bien à notre camp. Il y a au moins des arbres avec un beau réservoir. La nature est moins sauvage. Je crois qu’on sera bien ici. Parthénonthos n’avait que l’avantage de l’abreuvoir tandis qu’ici, il faut tirer l’eau des puits pour faire boire les chevaux.

Le soir je trouve le temps de faire mon « pays » avec quelques piquets et du fil de fer. Je me débrouille également pour bourrer mon sac à viande de foin. Je passe enfin une bonne nuit.

Dimanche, le 24 octobre 1915

Souvenir_madrosDès le réveil à 5h nous nous apprêtons à déménager. Le temps est abominable mais le jour est fixé, il faut partir. On démolit les guitounes, on garnit les chevaux et les charge des paquetages. Nous sommes sur le point de partir quand une pluie torrentielle s’abat sur nous. Mon imperméable n’est pas d’une grande utilité. Jamais il n’avait plu aussi fort depuis que nous sommes ici et dire qu’il fallait juste choisir ce jour pour déménager.

Je pars enfin vers 8h pour accompagner les 3 voitures… je suis bientôt suivi par toute la colonne et même dépassé car nos voitures sont bien chargées, le chemin n’est guère carrossable. A Moudros nous transbordons notre chargement dans nos chariots de parc que nous avions laissés…

Je suis obligé de retourner avec la voiture pour emmener le reste de notre ménage. La pluie a heureusement cessé. Il est midi. Je mange mon repas à cheval. Pour revenir nous prenons notre temps. Les Grecs se sont déjà jetés sur tout ce que nous avions laissé. Ils ramassent tout : les piquets, les sacs vides etc…

Le soir nous arrivons enfin vers 4h. Mon cheval à 50 km dans les pattes avec toutes ces allées et venues. Hier il en déjà fait 40. Aussitôt arrivé, je fais monter le marabout de ma pièce. Il commence déjà à faire nuit. Les sous-off arrivent seulement maintenant de Moudros. Ils sont plus que gais…

Après une soupe bien méritée, je me couche en prévision d’une journée bien chargée.

Samedi 23 octobre 1915

Camp_VarosAprès la soupe de midi nous menons une partie de nos chevaux au nouveau camp de Varos. Quelle bonne trotte ! (20km environ). L’emplacement n’est à mon avis guère mieux que celui de Parthémontos. Nous tendons nos cordes au bas d’une colline qui s’étend en pente douce vers le nord…

L’infanterie coloniale avait auparavant établi ses marabouts sur ces coteaux. Ils ont érigé des murs circulaires en pierre d’une hauteur d’un mètre environ d’une épaisseur de 30 à 40 cm. Ces murs sont badigeonnés à la chaux à l’intérieur. Ils agrandissent la place dans le marabout et empêche partiellement l’humidité et la poussière d’y pénétrer et donne une marque de propreté et augmente le « confortable ».

Le brigadier Meillon reste avec quelques hommes pour surveiller les chevaux et nous retournons à cheval à la tombée de la nuit, tantôt au pas, tantôt au trot. Il fait un froid de canard et je suis bien content d’avoir pris mon manteau. Je me couche immédiatement après la soupe et passe une bonne et dernière nuit à Parthémontos.

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CARNETS DE GUERRE

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Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

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