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Archives pour la catégorie 5. Campagne des Dardanelles



Lundi 13 septembre 1915

Corvée de foin, avoine et bois consistant à toucher les rations de 5 jours. La distribution se fait sur la plage.

Dimanche 12 septembre 1915

MaraboutDépart des 18 poilus avec paquetage. Organisation et nettoyage de notre marabout. J’ai hérité d’une paillasse et d’un lit construit de la façon suivante : quelques piquets plantés en terre auxquels sont fixés et tendus un réseau de fils de fer en guise de ressorts à boudin : couchette bien confortable. Le nettoyage  à fond du marabout n’est vraiment pas un luxe vu la quantité innombrable d’insectes qui y avaient élu domicile. Enfin passons !

Samedi 11 septembre 1915

Enterrementchevaux

Enterrement de chevaux

Déménagement à Parthénos, le maréchal des logis Aldier m’affecte à la 5ème pièce. 1ère corvée : obsèques de 2 chevaux. Le soir, arrivent 18 poilus du dépôt de Lichna pour remplacer les 18 nôtres désignés pour partir sur le front. Les derniers sont tous de jeunes volontaires. Je brûle d’envie de partir également. Mais il ne faut pas de brigadier. Les nouveaux venus viennent tout fraîchement de France et sont réservistes pour la plupart….

Jeudi, le 9 septembre 1915 – Brigadier !

Galon_brigadierLe matin je vais faire un bon café au lait avec Edouard, à la cuisine où le brigadier Château m’annonce que je suis brigadier depuis le 5.

Je vais au bureau où le maréchal des logis Aldier me donne confirmation de cette nouvelle qui me surprend sur le coup car j’avoue que je ne m’attendais pas à ma nomination si tôt. C’est le Maréchal des logis Lefranc qui m’a rapporté mon livret matricule du front. Sauvigné le secrétaire du bureau est aussi passé brigadier, quant à Ronot, le malheureux on la oublié.

Après avoir été félicité de toutes parts je retourne à la Place de Moudros où je vais rester encore quelques jours en attendant d’être relevé de mes fonctions d’agent de liaison.

Je me fais peu à peu à l’idée que je suis brigadier. Je préférerais au fond partir immédiatement pour le Cap que de rester à l’échelon.

Je reçois des nouvelles :

1°) de Paul Dicartet 6ème chasseur d’Afrique à Blidah.

2°) de Charles qui ne va toujours pas mieux et qui est toujours à Toulon.

3°) rien de neuf à Lyon. Nini m’envoie un petit paquet. Cela fait plaisir de voir qu’on pense à moi.

L’après-midi je fais ma correspondance. Le soir après la soupe qui est immangeable j’arrose mes galons selon la coutume du régiment.

Mercredi le 8 septembre 1915

CimetiereMoudrosLe soir on m’envoie porter un pli à différents chefs de corps. Cette note concerne une cérémonie avec 4 membres du Parlement depuis quelques jours ici – en l’honneur des victimes du CEO en présence du général et de députations des corps. Cette cérémonie doit avoir lieu le lendemain au cimetière français de Moudros. Il est 9h et il fait nuit noir quand j’arrive à Parthemontos… Je me couche là-bas dans le marabout de Faure. Il fait un froid de loup la nuit car j’ai l’habitude de mettre mon chandail la nuit.

Lundi 6 septembre 1915

Toujours la même vie monotone. Aujourd’hui temps lourd. Le bruit court que je suis proposé comme brigadier et que je vais aller prochainement au Cap. Attendons les évènements. Les chasseurs d’Afrique ont été envoyés d’Alexandrie en Tripolitaine pour enrayer les troubles et révoltes des Arabes.

Samedi 28 août 1915

TriompheC’est l’époque de l’anniversaire des péripéties qui précédèrent notre engagement. Notre premier contact avec les coutumes du régiment. Quelles heures ! Quelles journées aventureuses ! Je m’en rappellerai toute ma vie. Dire qu’il y a un an que nous avons quitté nos chers parents. Quelle situation pénible.

Mais ne nous laissons pas décourager par ces idées ! Ce n’est pas le moment. Il faut d’abord en finir avec cette guerre, et ce sera avec une joie d’autant plus vive que nous tomberons dans les bras de nos chers parents, que nous rentrerons en vainqueurs dans notre pays enfin délivré de cette race barbare.

Depuis quelques jours je lis attentivement les journaux de France et j’ai le pressentiment que la Roumanie et la Bulgarie vont entrer en scène à nos côtés d’ici peu.

Mon moral est bien monté et j’estime que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Seulement il faut avant tout de la patience. C’est une usure que nous faisons.

Mardi, 24 août 1915

Moltke

Le croiseur de bataille Moltke endommagé par une torpille le 19 août 1915 dans le golfe de Riga.

Temps orageux. Vent et poussière détestables. Petites averses.

Bonnes nouvelles :

1°) Venizélos accepte d’être premier ministre à la chambre grecque.

2°) Les Russes ont empêché le débarquement allemand dans le golfe de Riga et coulé le « Moltke », 3 croiseurs et 7 torpilleurs.

3°) L’Italie a déclaré la guerre à la Turquie (officiel)

Nouvelles palpitantes qui relèvent le moral.

Depuis quelques jours la nourriture laisse à désirer. C’est dû à la négligence des cuisiniers…

Dire que les officiers tolèrent ce laisser-aller. Les hommes qui n’ont pas de quoi se payer de temps en temps un petit surplus (tel que fromage ou confiture) sont vraiment à plaindre.

Le 18 août, Lettre à tante Jeanne

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Ordonnance d’un médecin-oculiste de Mulhouse pour un pince-nez pour Jean-Paul

Moudros, le 18 Août 1915

Chère Tante,

Ton paquet contenant la poudre de menthe, le pudding, la boite de sardine etc.. m’est parvenu avant-hier et m’a fait bien plaisir. J’ai également reçu le colis de Madame Binder, il y a quelques jours. Il était parti de Meudon le 4 juillet.

Charles m’a envoyé la carte de Maman que je te retourne dans cette lettre.

Depuis quelques jours j’ai surtout à faire du service de nuit. Ce qui n’est pas toujours amusant. Ainsi dernièrement on m’a appelé à 9 heures du soir à l’Etat-Major pour porter un pli urgent au capitaine d l’échelon d’artillerie à 13 km d’ici. Il fait nuit noire et on y voyait que dalle. Au surplus le chemin n’est guère praticable déjà le jour, donc raison de plus la nuit. De grosses pierres jonchent le sentier qui monte tantôt en lacets tantôt à pic. Le ciel est tout étoilé, mais la lune reste cachée derrière les montagnes de sorte qu’on devine plutôt le chemin qu’on ne le voit. J’arrive enfin au camp et suis obligé de traverser les champs avec mon cheval pour gagner la tente du capitaine. C’est là que subitement je tombe sur un fil téléphonique mal suspendu. J’ai la présence d’esprit de retenir d’une main mon cheval et de lever de l’autre le fil qui me fait tomber mon lorgnon. J’en suis quitte pour une égratignure au nez et un verre de lorgnon cassé. Je termine ma mission réveille le capitaine qui roupille à poings fermés et rapporte la réponse à Moudros. Quand je me couche il est minuit passé. Vous voyez qu’il y a aussi le revers de la médaille dans mon service. Ce qui m’ennui le plus c’est que j’ai cassé mon pince nez.

Tu serais bien gentille, chère tante, de m’envoyer dans ton prochain paquet un verre périscopique – 3 Dioptrie. Je t’envoie ci-inclus les débris de l’ancien verre gauche.

J’ai reçu la lettre de Tante Emma ainsi que les numéros des Annales du 1er et 8 Août aux quelles elle m’a abonné. C’est bien gentil de sa part et cela m’a fait bien plaisir.

Ici il n’y a rien de neuf. Le torpillage d’un transport anglais coulé près d’Alexandrie n’est pas confirmé. Un bruit court ce matin que l’Annam*, paquebot venant de France a été coulé dans la Méditerranée ! Espérons que c’est un faux bruit sans quoi adieu au courrier etc…

Aux Dardanelles on est toujours au même point et ici on fait des préparatifs en vue de l’hiver. La perspective n’est guère réjouissante et je crois qu’on y passera tous si on doit rester l’hiver ici. Maintenant qu’il n’y a plus qu’un mois à supporter ce climat et cette chaleur insupportable. On nous fait prévoir la saison des pluies qui est parait-il terrible ici. On va nager dans la boue. Et dire que depuis trois mois que je suis ici je n’ai pas vu la pluie. Enfin il ne faut pas se faire de bile acceptons les évènements tels qu’ils viendront et espérons malgré tout qu’on en viendra à bout ici avant l’hiver. On est las de rester ici dans l’inaction ! D’autant plus qu’on y perd ces forces qu’on s’affaiblit journellement.

Je termine, chère tante, en vous embrassant tous de tout cœur ainsi qu’oncle Bull qui est bien aimable de m’envoyer son « Journal »

Votre neveu dévoué.

Jean-Paul

* L’Annam était un paquebot mixte des Messageries Maritimes réquisitionné en 1915 pour participer aux opérations des Dardanelles. Il a été torpillé le 10 juin 1917 au large du Péloponnèse. Tout l’équipage a pu être sauvé.

Annam

Le torpillage de l’Annam, le 10 juin 1917
(aquarelle de Sandy Hook)

Semaine du 16 au 23 août 1915

Rien de particulier sauf que le temps s’est rafraîchi. On est dévoré par les puces.

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CARNETS DE GUERRE

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Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

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Jean-Paul à Grenoble mars 1915

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Jean-Paul à la Rochelle février 1916


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