Archives pour la catégorie 7. Campagne de Belgique

Mardi le 6 juin 1916

Train_toulonDès le matin nous avons la pluie ce qui ne nous arrange guère pour notre embarquement. Espérons qu’elle cessera dans l’après-midi. Nous partons à deux heures et gagnons la gare. En quelques heures l’embarquement est terminé. La pluie nous menace continuellement. La 10ème batterie arrive également pour embarquer. Je vois Edouard qui est bien malade, son entérite l’a repris. Nous quittons Dunkerque à 8 heures du soir. Il pleut pendant toute la nuit.

Lundi, le 5 juin 1916

DunkerqueBombardement

Dunkerque – Eglise St Eloi bombardée

Après l’abreuvoir nous allons à la soupe et nous nous acheminons vers Dunkerque en longeant la belle route qui longe le canal. Nous y arrivons après une demi-heure de marche et visitons la ville.

Dès le premier abord on voir d’après les maisons couvertes de suie qu’on se trouve dans une grande ville industrielle et commerciale. Dans les faubourgs de grandes usines et des magasins en brique plus au centre les magasins avec leurs belles vitrines et de beaux édifices rappellent la grande ville. Les dégâts causés par les bombes des Zeppelins et d’avions boches ne sont pas sans importance. Plusieurs maisons sont complètement éboulées ainsi qu’une église. Les édifices de valeur, tel que l’hôtel de ville sont protégés par des sacs de terre placés dans les vitrines. Nous rentrons à la nuit et passons une nuit sans pouvoir dormir. Le vent s’engouffre dans notre baraque et le froid nous saisit.

Samedi, le 3 juin 1916

BerguesDans l’après-midi nous faisons une longue promenade à cheval du côté de Bergues. Le soir nous allons à Quaëdypre.

Vendredi 2 juin 1916

CrombekeLe déménagement prévu s’effectue. Nous nous levons de bonne heure et quittons à 5 heures le lieu, où nous avons passé presque deux mois d’agréable quiétude. Nous passons par le même chemin par lequel nous étions venus, Krombeke, Roesbrügge, Oost-Cappel, Rexpoëde et arrivons vers 11 heures aux Cinq-chemins près de Quaëdypre. Nous trouvons le cantonnement dans lequel nous étions descendus à l’aller, inoccupé. Nous en prenons aussitôt possession après avoir demandé l’autorisation au propriétaire, un brasseur. Nous y sommes vite installés. Le soir je fais faire une promenade aux environs de West-Cappel.

Dimanche, 28 mai 1916

voituregeneralAu soir je vais à Roesbrügge où un ami de mon oncle Mr Pitiot automobiliste de notre général, m’a invité à souper. Nous allons sans doute changer sous peu de secteur.

Samedi le 27 mai 1916

Eglise Woestren

Eglise de Woestern détruite par l’artillerie allemande.

Je vais voir mon copain Million à l’échelon des avants trains de la 10ème batterie qui se trouve à 2km1/2 du grand échelon. Je déjeune là-bas et me décide de faire un tour aux pièces pour aller féliciter Edouard des galons de brigadier qu’il venait de gagner la veille. J’arbore donc un casque et m’achemine, muni d’un masque contre les gaz asphyxiants et d’une canne de poilu, vers la batterie de tir par la piste. Après une demi-heure de marche en coupant la grande route d’Ypres à Fumes, j’arrive aux pièces en ayant soin de prendre le boyau de communication qui y mène pour ne pas faire repérer la batterie. Pendant ce temps une batterie de 75 tire continuellement sur ma gauche. A proximité une pièce lourde de 306 anglaise tire à intervalles réguliers des coups assourdissants. Les Boches ripostent de plus bel et le fracas et les sifflements d’obus sont effrayants. C’est la première fois que j’assiste à une canonnade de si près. Sur la droite de gros obus boches accomplissent leur œuvre de destruction sur l’église de Woestern. Les obus ne tombent pourtant jusqu’à 200 mètres au maximum de notre position mais nous ne risquons rien. Edouard me fait visiter les pièces qui sont très bien abritées sous un bois. Leurs cagnas souterraines me rappellent beaucoup les cabines de bateau avec les petites lucarnes en guise de hublot et des lits superposés. Ils se sont installés aussi confortablement que possible. Au-dessus de chaque « pageot » on voit une étagère. A côté de la chambre à coucher se trouve le réfectoire, une grande table avec des bancs. Je ne m’arrête pas trop longtemps n’ayant pas prévenu ma batterie de mon départ. Je reprends mon cheval à l’échelon et rentre satisfait de ma petite promenade.

Dimanche, le 21 mai 1916

CrombekePendant un mois entier j’ai jugé inutile de poursuivre mon journal. Notre vie se déroulait avec la même monotonie de tous les jours. Nous sommes toujours dans le même cantonnement. Journellement nous faisons des promenades à cheval et nous apprenons ainsi à connaître les environs. Le paysage s’embellit de plus en plus. Les bourgeons se sont ouverts et les arbres se revêtent de leur feuillage vert. Le blé pousse. Les gens ensemencent leurs champs. Les nombreuses houblonnières se garnissent et les différents pieds grimpent si vite qu’on dirait qu’ils rivalisent de vitesse. Jamais je n’ai si bien pu admirer toutes les merveilles de la nature. Quand on voit tout en parfait état et les Belges paisiblement cultiver leurs champs on ne se dirait réellement pas en guerre. Cela nous transporte à une époque antérieure où personne ne pensait aux terribles carnages d’aujourd’hui. Une lettre de ma tante me tire de ma rêverie. Elle m’annonce que Charles a été blessé à Verdun le 13 en voulant aller au secours de camarades dans une cagna bombardée. Il a une légère blessure à la tête, un peu plus forte au bras gauche et une autre à la cuisse droite. Ce n’est heureusement pas grave. Son colonel fait le plus grand éloge de Charles. Il a été cité une fois à l’ordre du jour et on le propose pour une deuxième citation. Au courant de la semaine j’apprends que Charles a été évacué sur St Etienne. Tante Jeanne est allé le voir et la trouvé en bonne voie de guérison.

Jeudi, le 4 mai 1916

Lettre19160504Aux armées,

Jeudi, le 4 mai 1916

Chère Tante,

Merci pour ta longue et gentille lettre du 30 écoulé, reçus aujourd’hui. Je suis content que la caisse soit arrivée. Tu as dû être étonnés d’y trouver un tel fourbi ! D’après les proclamations boches lancées hier, ce serait la dernière carte que je t’écrierais ! « Heureux les Français qui vivront le 5 mai » disaient-elles. Je ne vois pas bien de quelles façons ils se débarrassaient si vite de nous. Reçois chère Tante de bons baisers.

Jean-Paul

30 avril 1916 Lettre à Emma Lutzius

Lettre19160430Ma chère cousine

Ta gentille carte-lettre m’a fait bien plaisir et je t’en remercie de tout cœur. J’espère que vos vacances se sont bien passées ! Ici il n’y a rien de neuf. Voilà huit jours que le soleil s’est mis de la partie et nous nous en trouvons bien heureux après cette semaine sainte pendant laquelle il n’a fait que pleuvoir. La canonnade reprend d’intensité ces derniers jours. Faure, se porte toujours très bien. Il en est à son cinquième filon si on peut appeler son emploi actuel ainsi. Après avoir fait successivement, l’instructeur, le vaguemestre, le perruquier, passé au ravitaillement et ensuite chargé du poste de cuisinier, il est arrivé à être observateur.

Reçois de bons baisers de ton cousin dévoué.

Jean-Paul

Merci pour la lettre de tante Jeanne !

Du dimanche 16 avril au vendredi 21 avril 1916

provenMême travail tous les jours. Dans l’après-midi, il y a distribution de vivres. Le temps est très pluvieux et la boue est effrayante. Le vendredi soir je vais voir Edouard et nous allons ensemble à Proven. Là-bas nous faisons connaissance avec de gentils « Tommies » auxquels nous achetons des pèlerines en caoutchouc toutes neuves à 6 Fr pièce. Au surplus ils nous offrent des confitures et nous invitent à venir chez eux dans une maison belge. Tout en nous payant une bière, nous causons et passons une très agréable soirée. Nous apprenons ainsi l’anglais. Edouard le parle déjà très bien. Après nous avoir promis un rendez-vous le lendemain soir, nous leur serrons la main comme à des vieux copains, vraie preuve de cordialité pouvant exister entre soldats alliés ! Charmés par l’amabilité de nos nouveaux amis nous rentrons. La nuit est toute noire et il pleut. A l’horizon on voit les éclairs produits par le tir continu de nos pièces. L’écho de ce formidable tir d’artillerie qui doit être du côté de St Eloi nous parvient jusqu’aux oreilles. Nos pièces crachent toute la nuit et de leur côté les Boches répondent avec non moins d’acharnement. Dans deux jours nous lirons dans le communiqué ces simples lignes : « activités d’artillerie dans la nuit du 21 au 22 avril.

Proven3

12

CARNETS DE GUERRE

Carnet

Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

Mois après mois

PAGE FACEBOOK

ARCHIVES EUROPEENNES

Europeana

Page consacrée à Jean-Paul Hédrich sur le site européen des archives de la guerre de 14-18
http://europeana1914-1918.eu/fr/contributions/14458

JPHM200814

Jean-Paul à Mulhouse en août 14

JPHsept14

Jean-Paul à Lyon en septembre 1914

JPH_Grenoble

Jean-Paul à Grenoble mars 1915

JPH118

Jean-Paul à la Rochelle février 1916


Tradern mum |
Quideroulelefil |
Geneamoi |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Happylife59
| Comparatif orthodontistes à...
| Tribulationsdunemamanquidec...