Archives pour la catégorie 8. Offensive de la Somme



Dimanche, le 11 juin 1916

RouteSuzanneJe ne me réveille qu’à 9 heures. Cette nuit blanche m’a creusé l’estomac, aussi je saute vite sur un bout de pain en attendant l’heure de la soupe. Mon cheval est gris de boue. L’après-midi je me change et fais ma lessive, sur ce pansage, abreuvoir et distribution. A nouveau je suis commandé pour aller au ravitaillement, j’y vais en voiture. Nous partons à 6 heures. Jusqu’à Cappy, tout va bien mais sur la route de Suzanne la même cohue que la nuit dernière recommence. Des camions sont en train de décharger des madriers et des rondins de sorte que tout est encombré. Après plusieurs attentes prolongées nous arrivons malgré tout à nous frayer un passage à 9 heures environ. Le temps est clair et tout va bien. Nous arrivons à 10heures à la batterie. Au retour nous prenons un chemin qui va directement de Suzanne à Bray. La route de Cappy est toujours encombrée. Le chemin est trop vallonné, mais nous gagnons du temps. Il est minuit quand nous rentrons.

Le samedi 10 juin 1916

AbreuvoirSommeRien de particulier pendant la journée, sauf que les servants partent à la pointe du jour pour aller faire les abris de notre position de batterie. Le soir je suis chargé du ravitaillement. Le temps ne nous favorise pas. Les averses sont nombreuses. A 6 heures je fais atteler un chariot dans lequel nous avons mis les vivres des servants qui étaient partis dans la matinée. La position de la batterie est à 7 km environ de notre camp. Nous prenons la route de Suzanne. Pourtant l’encombrement est tel que nous n’avançons guère. Au lieu de faire une colonne sur la droite de la route, les Anglais essaient de doubler, les autres les suivent de sorte que toute la route est encombrée. On ne peut ni avancer ni reculer. En sus de cela une batterie de 155 longs encombre la route ne pouvant prendre un tournant avec leurs longues pièces. Cela nous retarde considérablement. La pluie tombe et nous attendons toujours de pouvoir avancer. Finalement à 11 heures nous nous faufilons à travers le dédale de véhicules. Après mille difficultés nous arrivons malgré tout à passer. Vers minuit nous arrivons à destination en passant par des chemins boueux qui ressemblent à des marais. Nous traversons heureusement un pont étroit. Les vivres sont vite déchargées. Les servants couchent dans un bois sous la tente. Le terrain est très humide. La position de la batterie se trouve devant le bois à la lisière. Nous rentrons ensuite et rencontrons les mêmes difficultés et même pire. Nous sommes obligés d’attendre près de trois heures à Suzanne que les voitures aient dégagé le pavé. Quel encombrement ! Plus de 600 véhicules de tout genre qui attendent. La pluie tombe et tombe toujours. Heureusement que j’ai mon manteau en caoutchouc. Enfin à la pointe du jour nous commençons à avancer 5, 10 mètres même 15 quelque fois. Après Cappy nous trouvons enfin la route libre. Il fait complètement jour quand nous arrivons. Je tombe de sommeil et vais me coucher. Il est 4 heures.

Vendredi, le 9 juin 1916

RavitaillementObus2Nous recevons l’ordre de partir. Dès la pointe du jour on s’apprête et à 9 heures nous quittons Vaire s/s Corbie pour continuer notre route. La pluie comme d’habitude est de la partie. Nous passons par Hamel et nous nous dirigeons vers l’Est, Morcourt et Méricourt. Nous nous arrêtons pour manger et faire l’abreuvoir des chevaux. La boue liquide forme une couche de 5 cm environ sur la route. Quelle mouscaille ! Nous avons de la boue jusque par-dessus les oreilles. Les chevaux sont tout gris. Dans l’après-midi nous continuons notre route et arrivons à Bray. Nous formons notre parc dans une prairie et y étendons également nos cordes à chevaux. Nous avons fait une étape de 20 km. Nous sommes à Bray à 10 km d’Albert et à 12 km de Péronne, occupées par les Boches. La Somme s’étend à peu de distance de notre camp. Le pays est très vallonné et nous nous trouvons dans un genre de cul de sac, ayant les boches sur trois côtés. Comme il était à prévoir nous sommes contraints de monter nos guitounes, le village étant occupé par de nombreuses troupes. J’allais omettre de dire que la circulation qui règne sur les routes de la région est inconcevable. C’est un va-et-vient continuel des voitures de prolonges, de cavaliers, de fantassins, de cyclistes, d’autos, de camions que jamais esprit humain ne peut se figurer avant de l’avoir vu de ses propres yeux. Tout fait prévoir un grand coup de ce côté-ci. L’artillerie lourde qui se trouve par ici est inimaginable. Je sors le soir avec mes copains dans la localité. Impossible de trouver quoi que ce soit, toute la population civile a été évacuée. Les anglais sont assez nombreux par ici.

Aujourd’hui 8 juin 1916, j’ai dix-neuf ans !

19ansJ’entre dans ma vingtième année. Quel anniversaire ! Toujours la pluie !

Le mercredi 7 juin 1916 – Arrivée dans la Somme

SommeRouteA 7 heures nous débarquons 4 km après Amiens. Nous faisons une étape de 15 km sur la route d’Amiens à Péronne. Une pluie fine nous arrose tout le long. A Vaire s/s Corbie, nous arrêtons pour y cantonner. Le village est plein de troupes aussi tout est archi-occupé. Nous formons le parc et tendons nos cordes dans un verger. Notre logement consistant en une écurie pleine de fumier, je dresse la guitoune avec deux copains dans une forêt. Le ravitaillement se fait mal. Pendant trois jour rien que du singe. Le soir je vais aller voir Edouard qui est arrivé entre temps. Le Major le fait entrer à l’infirmerie et il est évacué le soir même. Quelle guigne il a ! Malgré la pluie nous dormons bien sous notre guitoune et ne sentons pas le froid.

1...89101112

CARNETS DE GUERRE

Carnet

Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

Mois après mois

PAGE FACEBOOK

ARCHIVES EUROPEENNES

Europeana

Page consacrée à Jean-Paul Hédrich sur le site européen des archives de la guerre de 14-18
http://europeana1914-1918.eu/fr/contributions/14458

JPHM200814

Jean-Paul à Mulhouse en août 14

JPHsept14

Jean-Paul à Lyon en septembre 1914

JPH_Grenoble

Jean-Paul à Grenoble mars 1915

JPH118

Jean-Paul à la Rochelle février 1916


Tradern mum |
Quideroulelefil |
Geneamoi |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Happylife59
| Comparatif orthodontistes à...
| Tribulationsdunemamanquidec...