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Le 23 octobre 1918

Interrogatoire

Interrogatoire de prisonniers allemands

Aux Armées*

Ma chère Emma,

Voilà déjà plusieurs jours que je trouve ta dernière gentille lettre dans mes paperasses en me promettant toujours d’y répondre sans pouvoir y arriver. Enfin aujourd’hui je prends la plume à la main en espérant ne pas être dérangé. Cela continue à barder ici. Ce matin j’ai interrogé un prisonnier qui était épicier à Mulhouse avant la guerre. Il déclare que le moral des Boches est bien bas. Je lui ai demandé s’il connaissait le Dr Hédrich et il m’a donné son adresse. Par plusieurs questions de ce genre posées en alsacien j’ai pu rendre compte au général qu’il était bien alsacien ! Je termine en t’embrassant bien affectueusement. Ton dévoué frangin.

Jean-Paul

*à Oostrosebeke au PC du 7ème groupe du 107ème RAL, le même jour traversée de la Lys

Le vendredi, 18 octobre 1918

RevignyAux Armées*

Bien chère Tante,

Je viens de recevoir ta gentille carte-lettre et m’empresse d’y répondre ayant un instant de liberté. Merci également pour toutes les copies des lettres de Maman et de France. D’après elles en effet le Boche à l’air bien bas et je crois qu’on peut entrevoir si non la paix, la délivrance prochaine des chers nôtres. Quand donc pourrons être tous réunis. Si seulement cela pouvait être pour Noël. Mais quel désespoir aussi de ne plus avoir notre brave Georges(1) dans nos réunions de famille ! J’apprends par ton mot du 14, reçu à l’instant, que tu as l’intention d’aller à Paris et d’aller en même temps à Revigny sur la tombe de ton cher fils. Quelle petite consolation et quel triste voyage ma pauvre Tante !

Actuellement je suis dans une maison dont le propriétaire nous a offert l’hospitalité. Depuis le début de notre offensive dans nos étapes successives les habitants nous ont tous reçus à bras ouverts et savent comment nous manifester leur joie d’être enfin délivrés de la détermination boche. Mais j’ai de la peine à nous décrire combien ils ont souffert sous la férule allemande. Je comprends vaguement leur patois flamand grâce à ma connaissance de l’allemand : les Boches les forçaient de livrer une grande partie de leur récolte ainsi que du lait, des œufs etc. Presque tous, hommes et femmes, sont pieds nus dans de vieux sabots usés. Ils font pitié à voir dans leurs guenilles ! Les Boches les condamnaient à des peines sévères pour des fautes insignifiantes. Aussi la joie des pauvres gens est indescriptible quoique beaucoup d’entre eux soient ruinés et que leur maison soit détruite par notre artillerie ou par les obus boches ! En tous cas, l’opinion que je me suis faite après avoir interrogé quantité de civils et de prisonniers est que les Boches sont à bout de souffle. Ils sont unanimes à dire que ces derniers sont complètement démoralisés et que beaucoup d’entre eux jettent leurs fusils en se sauvant. Tout cela est de bon augure !

Je termine en vous embrassant tous bien affectueusement. Je vais voir le colonel qui doit nous donner des ordres pour continuer la poursuite. Gros baisers.

Jean-Paul

* Au PC du 7ème groupe du 107ème R.A.L. à Bergmolen (Belgique).

(1) Georges Lutzius est le cousin de Jean-Paul, pilote tué en combat aérien le 16 juillet 1918

Le 16 octobre 1918

Oct1918

Front belge Octobre 1918

Bien chers Oncle et Tante,

Malgré le mauvais temps cela gaze ! Nous repoussons les Boches d’heure en heure et libérons une quantité de villages et de civils de cette noble Belgique. C’est la guerre de mouvement en plein. C’est pénible par ce temps et dans ces régions marécageuses. Mais on accepte tout avec joie quand c’est pour avancer.

Bien affectueux baisers.

Jean-Paul

*Au PC du 7ème groupe du 107ème R.A.L. à la ferme Schierveld 2 km ouest de Roulers (Belgique).

Le 14 octobre 1918

Roulers

Libération de Roulers le 14 octobre 1918

Aux armées*

Chère Oncle et Tante,

Cela barde de nouveau dans mon coin depuis ce matin et si la carte vous tombe sous les yeux vous constaterez qu’on a définitivement « roulé » les Boches ! Les prisonniers sont très démoralisés !

J’ai reçu le paquet et vous remercie de tout cœur. Le saucisson et le pain d’épice tombe à point car on ne trouve rien a acheter aux malheureux civils que les Boches laissent dans leur retraite.

Affectueux baisers.

Jean-Paul

*A l’Etat-Major du 7ème groupe du 107ème R.A.L. à Langemarck (Belgique)

Le 14 octobre 1918, les troupes franco-belges sont passées à un violent assaut sur la ligne de défense aux environs de Roulers. Les soldats alliés ont pu avancer environ 5 kilomètres sur toute la ligne.

Ce jour, Beitem et Oekene ont été libérés. Les alliés ont pu progresser pas mal de kilomètres mais tout près d’Izegem et Rumbeke, ils ont été bloqués. Les Allemands avaient dynamité le clocher de Rumbeke mais finalement, les alliés ont pu s’emparer de Rumbeke après de violents combats. Vers le soir, Beveren et Roulers ont aussi entièrement été pris avec beaucoup de violence par les Français. Hooglede est aussi tombé aux mains des alliés.

Le 10 octobre 1918 au soir,

CarteFlandre1Aux Armées*,

Bien chère Tante,

Merci pour ta gentille lettre contenant les copies des lettres de Maman et de France. Elles sont bien gentilles ces missives et nous montrent combien les chers nôtres de là-bas prennent part à votre grand chagrin ! Oui pauvre Tante cette triste nouvelle les a bien affligé et ce pauvre Georges est bien regretté de tout le monde ! Je ne puis t’écrire plus longuement ce soir étant occupé ! Nous sommes toujours assez actifs dans le secteur en vue de nouvelles opérations. Affectueux baisers à vous tous de votre dévoué neveu qui vous aime bien

Jean-Paul

*A l’Etat-Major du 7ème groupe du 107ème R.A.L. à Langemarck (Belgique)

Le 8 octobre 1918 – Officier d’Etat-Major

Langemarck2Aux Armées*, mardi soir.

Chers Oncle et tante,

Toujours en bonne santé. Les opérations marchent bien, malgré le mauvais temps intermittent. J’ai changé d’emploi aujourd’hui et ai quitté ma batterie. Me voilà rattaché à l’Etat-Major du Commandant Michard comme officier de renseignement. Je regrette bien ma batterie mais mes nouvelles fonctions me plairont peut-être mieux !

Adressez-moi mes lettres à :

EM du 7ème groupe du 107ème R.A.L. S.P. 204

Je vous adresse ci-joint une lettre que je vous prie de conserver, chers Oncle et Tante. Je l’ai écrite dans le cas où ma bonne étoile qui m’a protégée depuis plus de quatre ans, venait à m’abandonner. Elle est destinée à mes pauvres Parents et j’espère que vous n’aurez jamais besoin de leur remettre ! On ne sait cependant jamais ce qui peut m’arriver et je préfère laisser en ce cas extrême, une dernière pensée aux chers miens !

Les nouvelles du front sont excellentes ces derniers temps et le moral doit être épatant à l’arrière. Le bruit circule d’autre part qu’il y a des pourparlers de paix d’engagés ! Pourvu que les chers nôtres sortent indemnes de cette bagarre !

Je termine, chers Oncle et Tante, en vous embrassant bien affectueusement ainsi qu’Emma et Paul. Ce dernier a dû passer son conseil de révision ?

Bien à vous.

Jean-Paul.

*A l’Etat-Major du 7ème groupe du 107ème R.A.L. à Langemarck (Belgique)

Le 5 octobre 1918

Langemarck1Aux Armées*

Bien chère Tante,

Merci de tout cœur pour la longue lettre reçue ce matin. Je suis heureux d’apprendre que vous êtes installés à Lyon et que vous allez tous bien. Il me tarde de lire leurs lettres ! Quant aux Boches, ils peuvent toujours attendre « cinq minutes » pour avoir une réponse à l’odieuse lettre qu’ils veulent faire écrire à Papa ! Ils auront de nos nouvelles par obus !

Autrement rien de neuf. Toujours en bonne santé. Affectueux baisers.

Jean-Paul

*Batterie en position au château de Stadenreef à proximité de Langemarck (Belgique)

Le 4 octobre 1918

BulgarieVendredi soir*

Bien chère Tante,

Je profite du départ en perme de l’aspirant de ma batterie pour le charger de ce mot qui vous parviendra ainsi plus tôt. Je suis toujours en parfaite santé malgré les difficultés de ravitaillement. Les avions nous ravitaillent bien mais cette pitance est bien maigre. En dépit de cet état de chose et du mauvais temps le moral est excellent, d’autant plus que les bonnes nouvelles affluent de partout. La Turquie et la Bulgarie ont levé les bras et l’Autriche ne va pas tarder à s’avouer vaincue. Je termine en vous embrassant bien affectueusement

Jean-Paul

PS. Je te serai bien obligé de m’expédier à la prochaine occasion mes cols et manchettes. As-tu trouvé la brosse à habit oubliée à Oullins ?

*Batterie en position au château de Stadenreef à proximité de Langemark (Belgique)

Le 3 octobre 1918 – Ravitaillé par avion -

 RavitaillementAvionJeudi soir*

Bien chère Tante,

Merci de tout cœur pour tes deux gentilles cartes-lettres du 24 et 26 écoulé, reçues seulement ce matin. Je suis heureux d’apprendre qu’Emma allait mieux et espère qu’au reçu de ma lettre elle sera complètement remise !

Ici cela continue à barder sérieusement mais on progresse malgré les difficultés de ravitaillement. Routes impraticables en raison du terrain marécageux et la pluie. Nous sommes restés deux jours sans manger et les chevaux n’ont pas d’avoine depuis trois jours. A présent nous sommes ravitaillés par les avions qui nous lance du pain et des conserves. A part cela moral excellent.

Affectueux baisers à vous tous

Jean-Paul

*Batterie en position au château de Stadenreef à proximité de Langemark (Belgique)

Le 2 octobre 1918

InondationAux Armées*,
 
Toujours en bonne santé.
Cela barde et progresse, mais on en voit de toutes les couleurs !
Affectueux baisers
 
Jean-Paul
 
P.S. La boue et l’inondation empêchent le ravitaillement aussi nous nous mettons la ceinture depuis 2 jours.
Sans nouvelle depuis 5 jours !
 
*Batterie en position au château de Stadernreef à proximité de Langemark (Belgique)Lettre021018
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CARNETS DE GUERRE

Carnet

Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

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Page consacrée à Jean-Paul Hédrich sur le site européen des archives de la guerre de 14-18
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Jean-Paul à Mulhouse en août 14

JPHsept14

Jean-Paul à Lyon en septembre 1914

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Jean-Paul à Grenoble mars 1915

JPH118

Jean-Paul à la Rochelle février 1916

JP_mars18a

Jean-Paul en permission Lyon décembre 1917

JPHsLt

Jean-Paul Sous-Lieutenant en juillet 1918


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