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Jeudi, le 26 septembre 1918 – En Belgique

Lettre19180926

Carte envoyée par JPH le 26/09/18

Chère Tante

Toujours en bonne santé malgré les dernières fatigues et la besogne pénible qui nous incombe actuellement. Nous faisons la guerre dans l’eau ! Terrain très marécageux*.

Merci pour la gentille carte du 18 cr. Affectueux baisers à vous tous. Votre dévoué neveu qui vous aime bien.

Jean-Paul

* ce jour là la 20ème batterie est en position à Luyghem (ouest forêt de d’Houthulst)Lettre260918

Mardi, le 24 septembre 1918 – Destination Calais -

CalaisOffekerque (près Calais)

Bien chère Tante,

Contrairement à ce que nous supposions, nous débarquions ce matin de bonne heure à Calais après 26 heures de voyage. La première étape de ces pérégrinations nous mena à Pantin, ce qui naturellement fit place à toutes les hypothèses. De là nous aurions pu être dirigé sur l’Italie, sur Salonique, en Palestine ou en Egypte d’une part ou bien en Alsace, en Lorraine ou dans la Meuse. D’autre part on parlait d’aller à Brest pour Arkhangelsc. Fort heureusement, mais à notre grande déception, on nous donna Amiens comme seconde destination. Nous quittâmes Paris hier midi et durant le trajet, je pensais sans regret à la triste existence que j’avais mené il y a 2 ans dans ce pays de la Somme. Je revis la boue, la guerre de tranchée etc. en pensées et je songeais avec amertume que j’allais à nouveau parcourir cette région où j’avais passé les plus durs mois depuis le début de la guerre. A notre arrivée à Amiens, ma surprise fut grande, quand le commissaire militaire me transmit l’ordre de mener ma batterie jusqu’à Calais. Je passais une excellente nuit dans un sleeping-car, épatant, avec le seul regret de ne pas faire le trajet Abbeville, Boulogne, Calais de jour. Nous débarquions à 5h1/2 du matin sans incident et après une petite étape nous voilà cantonné dans une de ces belles régions du Pas-de-Calais, parsemées de grandes fermes ! Je loge précisément dans une de ces fermes et y ai été très bien accueilli par les habitants qui sont de braves gens !

Aujourd’hui, 24 cr, vous devez certes être fort occupés par votre déménagement et j’espère, chère Tante, que tout s’est bien passé.

Avez-vous de bonnes nouvelles de Jean et de Charles ? Moi je suis sans courrier depuis cinq jours.

Je termine chère Tante en te chargeant de gros baisers pour toute la famille et sois toi-même affectueusement embrassé de la part de ton dévoué neveu qui t’aime bien.

Jean-Paul

Suis ici pour quelques jours en manœuvre !

Lundi, le 23 septembre 1918 – Destination inconnue.

Train2Pantin,

Ma chère Emma,

 Même dans le train je ne t’oublie pas. Nous voyageons sans connaître notre destination finale. Je suis confortablement installé dans un compartiment de 1ère avec mes deux camarades. Le compartiment comporte trois fauteuils pouvant être disposés en lits par un dispositifs ingénieux. Système américain bien plus pratique que les wagons-lits. Ainsi nous avons « écrasé » cette nuit à en rendre Morphée jalouse ! Un cabinet de toilette spécial agrémente notre confort !

Tu m’excuseras ma chère Emma de t’écrire si mal – on dirait des pattes de mouche – mais le train est en marche !

Merci pour ta dernière lettre si gentille, dans laquelle tu me dis te promener toute seule en bicyclette. Moi aussi je regrette ces petites promenades. Affectueux baisers à vous tous.

Jean-Paul

Vendredi, le 20 septembre 1918

Canon155C3Aux Armées *

Bien chère Tante,

J’ai reçu ta gentille et longue lettre de dimanche ce matin et je t’en remercie de tout cœur. En déplacement nous sommes sur le point de prendre un mode de locomotion plus rapide pour une destinations inconnue. Aussitôt arrivé je vous donnerai des nouvelles. Peut-être aurais-je l’occasion de voir Charles. Je m’excuse de t’écrire si brièvement mais je suis très occupé. Je t’embrasse bien tendrement ma chère Tante ainsi que toute la famille. Votre dévoué neveu.

Jean-Paul

*En déplacement entre Rocourt et Villiers sur Marne

Mercredi, le 18 septembre 1918 – Retour de permission

GothaAux Armées *

Bien chers Oncle et Tante,

 Je trouve enfin un moment pour vous écrire. Vous devez certes vous demander avec impatience ce que je suis devenu depuis le soir où j’ai franchi le seuil de la porte cochère de la propriété d’Oullins où j’avais goûté un si charmant repos en votre agréable compagnie et dont je vous serais toujours bien reconnaissant ! Après avoir donc quitté Paul, je m’installai confortablement dans un coin d’un compartiment de première. Le train ne tarda pas à se mettre en branle et les trépidations du wagon m’aidèrent à achever la digestion du bon dîner que nous offrit oncle Bull.

Le voyage s’effectua très bien. J’arrivais à Paris avec une heure de retard en ayant somnolé plutôt que dormi une bonne partie de la nuit ! Une bonne promenade sur les boulevards et un succulent déjeuner chez Brébant finirent par me mettre complètement d’aplomb. L’après-midi je fis de nombreux achats pour la popotte que mon camarade Boscage me signala particulièrement pauvre en victuailles. Aussi je fus le bienvenu en arrivant à ma batterie ! Je passai, le restant de ma journée avec mon lieutenant en essayant de le consoler d’aller en Orient. ! Bref le samedi passa très vite et le dimanche était fort bien avancé quand je me réveillai. J’avais juste le temps de gagner le boulevard Poissonnière où je trouvai ce brave Tata avec une excellente mine. Je n’insiste pas sur le plein emploi de notre journée car Jean a certainement déjà dû vous donner des détails (entrevue de Beauvais, déjeuner chez Brébant, représentation au Gymnase).

Le soir je le raccompagnai à la gare et j’allai m’informer du départ de mon train pour retourner au front lorsque je rencontrai par un hasard providentiel mon ami Georges Tournier. En permission de 24 heures il reprenait le train pour rejoindre son unité au repos ; aussi notre entrevue ne fut que de courte durée. Je passai ensuite la soirée à nouveau avec mon lieutenant et allai me coucher de bonne heure dans l’espoir de prendre un bon acompte de sommeil avant de rejoindre le front. Mes prévisions ne se réalisèrent malheureusement pas car je fus tiré à plusieurs reprises et assez brutalement, je l’avoue, des bras de Morphée par des sirènes faisant un boucan terrible pour prévenir la population parisienne d’une attaque de Gothas. Les hurlements effrayants et répétés des sirènes augmenté du feu de barrage nourri de notre D.C.A. n’eurent pas raison de mon état d’âme. Je ne voulus pas descendre à la cave car je m’étais promis de passer une bonne nuit. Mais en dépit de mes dignes intentions se fut en vain que j’essayai de me rendormir ! Les sirènes ne cessèrent de beugler toute la nuit et je me vis persécuté par elles, contrairement à Ulysse qu’attira un jour le chant harmonieux des fameuses sirènes au cours de ses aventures !

C’est avec un sentiment de joie que j’ai pris place à 8 heures du matin lundi dans le train qui devait me mener au front, où je pourrai avoir un repos relatif sans être troublé par le bruit de sauvage indien que font les Parisiens quand ils se voient attaqués par les avions boches !!! Enfin passons ; mon arrivée à destination fut considérablement retardée par la défectuosité des communications. Je fis les 10 derniers kilomètres à pied à minuit par un superbe clair de lune à travers un terrain dévasté que je connaissais comme ma poche pour y avoir réglé des tirs de l’observatoire juste avant mon départ en permission. A 2 heures du matin je trouvai mes camarades dormant du sommeil du juste à la nouvelle position de batterie ! Ma stupéfaction fut grande quand ils m’apprirent que le lendemain nous irions vaquer à nos occupations dans une autre région !

Je pris néanmoins le temps d’aller à cheval à l’endroit où se trouve la tombe du pauvre mari de Nini. Je ne tardai pas à la trouver et l’arrangeai un peu aidé de mon ordonnance. Les mauvaises herbes débarrassées, je pris quelques photos que j’enverrai à Nini sous peu. Nous voilà actuellement en route pour le repos (peu de jours seulement). Après nous devons paraît-il nous porter dans la région où se trouve Charles !?! En attendant je me porte très bien et n’ai pas trop le cafard ; quoiqu’il ne fasse pas si beau qu’à Lyon !

Je termine ma lettre pour aujourd’hui en vous chargeant de nos baisers pour Emma et Paul et soyez vous-mêmes tendrement embrassé de votre dévoué neveu qui vous remercie encore beaucoup, beaucoup pour les bonnes journées passées chez vous.

Mon souvenirs à Madame Barth.

Jean-Paul

*La batterie est désarmée après avoir été 12 jours en position au nord de la Vesle / Ravin de Vauxtin.

Le 6 Septembre 1918 – Télégramme

19180906Arrive demain matin ai vu Jean affectueux baisers Malherbe

Le 30 Août 1918 : Commandant de batterie

155c5Aux Armées*,

 Ma chère Emma,

 Merci de tout cœur pour toutes tes lettres successives reçus ces jours-ci. Je suis heureux de vous savoir tous en excellente santé. D’autre part j’ai été bien content d’apprendre que vous aviez reçu des nouvelles de Maman chérie et j’attends sa lettre avec impatience. J’espère que Charles ne tardera pas à me l’expédier. J’ai des nouvelles récentes de lui et il me dit qu’il ne va pas tarder à remonter au front mais qu’il s’éloignera sans doute de ma région. J’ai été heureux d’apprendre que Jean se plaisait à Bleau et je tacherai d’aller le voir.

Je pense venir en permission vers le 3 septembre. Mon Lieutenant a été demandé d’urgence en Orient aussi me voilà Commandant de batterie. On m’a heureusement adjoint un aspirant aussi je ne suis pas tout seul. J’attends mon collègue pour partir en permission. Je t’embrasse en attendant, bien affectueusement ainsi que Tante Jeanne et Oncle Georges.

Ton tout dévoué cousin.

Jean-Paul

 *Au sud de Bruys (entre Soissons et Reims).

Le 29 Août 1918

RevignyS/Lieutenant Malherbe
7ème groupe 107 R.A.L.
SP 204

Aux Armées*, jeudi soir

Bien chère Tante,

Je reçois à l’instant ta longue et gentille lettre de dimanche et tu ne saurais croire le plaisir que j’ai eu en lisant ta bonne missive. Oui pauvre Tante merci de tout cœur pour tes lignes. Mes pauvres paroles et les renseignements et photographies de Charles ne sauraient être qu’une bien petite consolation dans votre douloureux chagrin !

Néanmoins vous savez à présent où repose ce brave et héroïque Georges et c’est heureux que Charles ait pu aller photographier la tombe et vous donner des renseignements à ce sujet ! (Cimetière de Revigny, Meuse)

Si jamais j’avais l’occasion d’aller dans cette région je ne manquerai pas d’aller faire un pèlerinage à la tombe de votre cher Georges** !

Voilà quelques jours que je suis sans nouvelle de Charles mais le sachant au repos je ne suis pas inquiet à son sujet. Il doit être assez loin d’ici sans quoi je l’aurai vu faire une apparition certainement.

J’ignore totalement l’adresse d’Edouard et suis sans nouvelle de lui depuis le mois de mai. J’ai été heureux d’apprendre que Jean se plaisait à Bleau mais je crois qu’il aura le temps de déchanter en cinq mois ! J’irai y faire un tour soit à l’aller ou sur mon retour de permission ! La nouvelle de l’arrivée d’une lettre de Maman chérie m’a fait bien plaisir et je l’attends avec impatience. Enfin l’essentiel c’est de les savoir en bonne santé, les pauvres. Je termine, chère Tante en t’embrassant bien fort ainsi qu’oncle Georges, Emma et Paul en attendant d’être parmi vous vers le 3 septembre. Ton dévoué neveu qui t’aime bien.

Jean-Paul

*Au sud de Bruys (entre Soissons et Reims).

** Georges Lutzius, cousin de Jean-Paul, a été tué en juillet 1918 voir http://jphedrichmalherbe.unblog.fr/2018/07/16/le-16-juillet-1918-disparition-de-georges-lutzius/

Mercredi, le 21 août 1918

GeorgesLutzius3Aux Armées*

S/Lieut. Malherbe
7e Gr du 107 RAL
SP. 204

Bien chère Tante,

Je viens de recevoir ta si gentille carte-lettre du 16 cr. et m’empresse de venir t’en remercier de tout cœur. Oui, pauvre Tante tu es bien gentille d’avoir le courage de m’écrire dans ton grand chagrin ! Tu m’excuseras de ne pas t’avoir écrit directement ces derniers temps car je ne voulais pas que tu te croies obligée à me répondre chère Tante. Console-toi dans ton grand malheur ! Le brave Georges** est mort plus qu’héroïquement et son souvenir restera éternellement près de nous tous. C’est un dur sacrifice, ma pauvre Tante, mais il faut se faire à l’idée que tu ne reverras plus ton pauvre fils !

J’espère que vous avez eu des nouvelles d’oncle Paul. J’attends son adresse pour le remercier des attributs d’harnachement qu’il a réservé pour moi ! Je suis sans nouvelle de Charles depuis quelques jours. Enfin j’espère qu’il a quand-même retrouvé sa batterie facilement. Voilà donc Jean à Bleau. J’espère qu’il s’y plait bien et qu’il se fait bien à cette vie. Je compte venir en permission d’ici une dizaine de jours aussi je tacherai de m’arrêter à Bleau soit en allant soit en revenant pour aller le voir. J’ai reçu les si gentilles missives d’Emma et te prie de lui dire que je lui répondrai d’ici quelques jours étant très occupé pour le moment.

Je termine chère Tante en te chargeant de gros baisers pour toute la famille et sois toi-même bien affectueusement embrassée de ton neveu et fils qui t’aime de tout son cœur.

Jean-Paul

*En position au sud de Bruys (entre Soissons et Reims).

** Georges Lutzius, cousin de Jean-Paul, a été tué en combat aérien le 16 juillet 1918

11 Août 1918

Aout18a

Photo de Jean-Paul

Aout11a

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CARNETS DE GUERRE

Carnet

Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

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Page consacrée à Jean-Paul Hédrich sur le site européen des archives de la guerre de 14-18
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Jean-Paul à Lyon en septembre 1914

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Jean-Paul à Grenoble mars 1915

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Jean-Paul à la Rochelle février 1916

JP_mars18a

Jean-Paul en permission Lyon décembre 1917

JPHsLt

Jean-Paul Sous-Lieutenant en juillet 1918


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