Page d'archive 33

Mercredi le 8 septembre 1915

CimetiereMoudrosLe soir on m’envoie porter un pli à différents chefs de corps. Cette note concerne une cérémonie avec 4 membres du Parlement depuis quelques jours ici – en l’honneur des victimes du CEO en présence du général et de députations des corps. Cette cérémonie doit avoir lieu le lendemain au cimetière français de Moudros. Il est 9h et il fait nuit noir quand j’arrive à Parthemontos… Je me couche là-bas dans le marabout de Faure. Il fait un froid de loup la nuit car j’ai l’habitude de mettre mon chandail la nuit.

Lundi 6 septembre 1915

Toujours la même vie monotone. Aujourd’hui temps lourd. Le bruit court que je suis proposé comme brigadier et que je vais aller prochainement au Cap. Attendons les évènements. Les chasseurs d’Afrique ont été envoyés d’Alexandrie en Tripolitaine pour enrayer les troubles et révoltes des Arabes.

Samedi 28 août 1915

TriompheC’est l’époque de l’anniversaire des péripéties qui précédèrent notre engagement. Notre premier contact avec les coutumes du régiment. Quelles heures ! Quelles journées aventureuses ! Je m’en rappellerai toute ma vie. Dire qu’il y a un an que nous avons quitté nos chers parents. Quelle situation pénible.

Mais ne nous laissons pas décourager par ces idées ! Ce n’est pas le moment. Il faut d’abord en finir avec cette guerre, et ce sera avec une joie d’autant plus vive que nous tomberons dans les bras de nos chers parents, que nous rentrerons en vainqueurs dans notre pays enfin délivré de cette race barbare.

Depuis quelques jours je lis attentivement les journaux de France et j’ai le pressentiment que la Roumanie et la Bulgarie vont entrer en scène à nos côtés d’ici peu.

Mon moral est bien monté et j’estime que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Seulement il faut avant tout de la patience. C’est une usure que nous faisons.

Mardi, 24 août 1915

Moltke

Le croiseur de bataille Moltke endommagé par une torpille le 19 août 1915 dans le golfe de Riga.

Temps orageux. Vent et poussière détestables. Petites averses.

Bonnes nouvelles :

1°) Venizélos accepte d’être premier ministre à la chambre grecque.

2°) Les Russes ont empêché le débarquement allemand dans le golfe de Riga et coulé le « Moltke », 3 croiseurs et 7 torpilleurs.

3°) L’Italie a déclaré la guerre à la Turquie (officiel)

Nouvelles palpitantes qui relèvent le moral.

Depuis quelques jours la nourriture laisse à désirer. C’est dû à la négligence des cuisiniers…

Dire que les officiers tolèrent ce laisser-aller. Les hommes qui n’ont pas de quoi se payer de temps en temps un petit surplus (tel que fromage ou confiture) sont vraiment à plaindre.

Le 18 août, Lettre à tante Jeanne

004

Ordonnance d’un médecin-oculiste de Mulhouse pour un pince-nez pour Jean-Paul

Moudros, le 18 Août 1915

Chère Tante,

Ton paquet contenant la poudre de menthe, le pudding, la boite de sardine etc.. m’est parvenu avant-hier et m’a fait bien plaisir. J’ai également reçu le colis de Madame Binder, il y a quelques jours. Il était parti de Meudon le 4 juillet.

Charles m’a envoyé la carte de Maman que je te retourne dans cette lettre.

Depuis quelques jours j’ai surtout à faire du service de nuit. Ce qui n’est pas toujours amusant. Ainsi dernièrement on m’a appelé à 9 heures du soir à l’Etat-Major pour porter un pli urgent au capitaine d l’échelon d’artillerie à 13 km d’ici. Il fait nuit noire et on y voyait que dalle. Au surplus le chemin n’est guère praticable déjà le jour, donc raison de plus la nuit. De grosses pierres jonchent le sentier qui monte tantôt en lacets tantôt à pic. Le ciel est tout étoilé, mais la lune reste cachée derrière les montagnes de sorte qu’on devine plutôt le chemin qu’on ne le voit. J’arrive enfin au camp et suis obligé de traverser les champs avec mon cheval pour gagner la tente du capitaine. C’est là que subitement je tombe sur un fil téléphonique mal suspendu. J’ai la présence d’esprit de retenir d’une main mon cheval et de lever de l’autre le fil qui me fait tomber mon lorgnon. J’en suis quitte pour une égratignure au nez et un verre de lorgnon cassé. Je termine ma mission réveille le capitaine qui roupille à poings fermés et rapporte la réponse à Moudros. Quand je me couche il est minuit passé. Vous voyez qu’il y a aussi le revers de la médaille dans mon service. Ce qui m’ennui le plus c’est que j’ai cassé mon pince nez.

Tu serais bien gentille, chère tante, de m’envoyer dans ton prochain paquet un verre périscopique – 3 Dioptrie. Je t’envoie ci-inclus les débris de l’ancien verre gauche.

J’ai reçu la lettre de Tante Emma ainsi que les numéros des Annales du 1er et 8 Août aux quelles elle m’a abonné. C’est bien gentil de sa part et cela m’a fait bien plaisir.

Ici il n’y a rien de neuf. Le torpillage d’un transport anglais coulé près d’Alexandrie n’est pas confirmé. Un bruit court ce matin que l’Annam*, paquebot venant de France a été coulé dans la Méditerranée ! Espérons que c’est un faux bruit sans quoi adieu au courrier etc…

Aux Dardanelles on est toujours au même point et ici on fait des préparatifs en vue de l’hiver. La perspective n’est guère réjouissante et je crois qu’on y passera tous si on doit rester l’hiver ici. Maintenant qu’il n’y a plus qu’un mois à supporter ce climat et cette chaleur insupportable. On nous fait prévoir la saison des pluies qui est parait-il terrible ici. On va nager dans la boue. Et dire que depuis trois mois que je suis ici je n’ai pas vu la pluie. Enfin il ne faut pas se faire de bile acceptons les évènements tels qu’ils viendront et espérons malgré tout qu’on en viendra à bout ici avant l’hiver. On est las de rester ici dans l’inaction ! D’autant plus qu’on y perd ces forces qu’on s’affaiblit journellement.

Je termine, chère tante, en vous embrassant tous de tout cœur ainsi qu’oncle Bull qui est bien aimable de m’envoyer son « Journal »

Votre neveu dévoué.

Jean-Paul

* L’Annam était un paquebot mixte des Messageries Maritimes réquisitionné en 1915 pour participer aux opérations des Dardanelles. Il a été torpillé le 10 juin 1917 au large du Péloponnèse. Tout l’équipage a pu être sauvé.

Annam

Le torpillage de l’Annam, le 10 juin 1917
(aquarelle de Sandy Hook)

Semaine du 16 au 23 août 1915

Rien de particulier sauf que le temps s’est rafraîchi. On est dévoré par les puces.

Dimanche, le 15 août 1915

LesAnnales

Revue hebdomadaire les Annales

1°) Commandeur et Chaize sont toujours au Nord d’Arras. Mort est également sur le front ainsi que les autres copains de la triolerie.

2°) Mlle Tournier d’Alger me propose d’être ma tante, tant que la guerre durera. Je suis flatté de cette attention.

3°) Tante Emma m’a abonné aux Annales et oncle Bull m’enverra tous les jours son « Matin » de sorte que j’aurai toujours de quoi lire.

4°) Charles se trouve toujours à Toulon mais ne va guère mieux.

Pendant la journée rien.

C’est à nouveau le soir à 9h que le général me fait appeler pour porter un pli à Parthemontos.

Nuit noire. Chemin sinueux et rocailleux. Obligé de marcher à travers champs, de sauter des fossés pour trouver le dépôt de la remonte mobile. Continue ma mission aventureuse. Aux échelons d’artillerie obscurité complète. Tout le monde roupille. Et pourtant il faut que je fasse prendre connaissance du pli au capitaine qui a établi sa tente, je ne sais où. Au début je vais à l’endroit où je suppose qu’elle est. Suis un sentier où mon cheval trébuche, mais il faut que j’y arrive. Je manque me tuer en restant accroché à un fils de téléphone détendu. Grâce à ma présence d’esprit de la saisir immédiatement et de le faire passer au-dessus de ma tête, je ne fais que m’écorcher le nez.

Au corps de garde on me dit de m’embusquer dans un groupe d’arbres situé en contre-bas. J’attache mon cheval et réveille le capitaine qui est couché. Il me fait entrer dans sa « cagna » et signe la note après l’avoir lue. Il est 11h et je suis obligé de passer par les mêmes péripéties pour revenir. Il est minuit quand je me couche.

Samedi, le 14 août 1915

Conseil de guerre

Un conseil de guerre

Dans l’après-midi j’assiste à la traduction devant un conseil de guerre d’un légionnaire inculpé de vol et de désertion. Les dépositions du commissaire du gouvernement, des témoins et du défenseur sont très intéressantes. Finalement l’inculpé est condamné à 5 ans de réclusion et de dégradation militaire. Le soir à 8h1/2 j’allais me coucher quand on m’appelle pour aller immédiatement à la Base à cheval. Là-bas on me donne une note que je dois me porter à Romanos au bataillon grec d’orient. La nuit est noire. Heureusement que je connais un peu les lieux, sans quoi je me perdais vite. Je rentre le soir à 10h.

Vendredi, le 13 août 1915

Une vague de chaleur s’est abattue sur l’île. On transpire à grosses gouttes sans rien faire, c’est intolérable.

Jeudi, le 12 août 1915

HopitalN1

Moudros – Hôpital N°1

Un réserviste de ma pièce : Desmurs meurt de la fièvre typhoïde. Je vais porter, le soir après la soupe, l’avis de décès à l’échelon et couche là-bas pour revenir le lendemain matin. (il s’agit du soldat Vincent Desmurs né le 5/6/1881 à Chalon-sur-Saône Tombé malade  et mort le 12/8/1915 à l’hôpital de Moudros – Ile de Lemnos (Grèce))

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CARNETS DE GUERRE

Carnet

Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

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Page consacrée à Jean-Paul Hédrich sur le site européen des archives de la guerre de 14-18
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JPHM200814

Jean-Paul à Mulhouse en août 14

JPHsept14

Jean-Paul à Lyon en septembre 1914

JPH_Grenoble

Jean-Paul à Grenoble mars 1915

JPH118

Jean-Paul à la Rochelle février 1916

JP_mars18a

Jean-Paul en permission Lyon décembre 1917


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