Page d'archive 33

Vendredi, 30 juillet 1915

CimetiereAllemand

Cimetière allemand de Werwik

Au soir il y a un courrier. Je reçois les premières nouvelles de Charles qui est dans un hôpital à Toulon.

Par cousin Henri j’apprends la triste nouvelle de la mort de Charles Irion tué dans les rangs allemands près de Lille et enterré au cimetière de Werwick en Belgique. Cela me fait beaucoup de peine et je pense au chagrin de ses parents auxquels il rendait tant de services.

Mes cousins Jean et Pierre ont réussi leur baccalauréat.

Georges Lutzius s’est engagé au 2ème groupe d’aviation de Bron.

Jeudi, le 29 juillet 1915

PlanGuitouneSans nous presser, Edouard et moi, faisons peu à peu notre petite maison. Voilà en quelques traits la forme et le style de cette guitoune.

Mercredi, le 28 juillet 1915

Avion_nuitLa nuit se passe bien. Le matin avant qu’il fasse jour je me réveille et vois passer au clair de lune un aéroplane, au-dessus de nous se dirigeant vers Moudros. Au bout d’un quart d’heure on entend une forte explosion, peu après l’aéro revient et pique droit vers le détroit. La bombe lancée n’a, parait-il, fait aucun dégât. La journée est occupée à monter nos guitounes et nous installer confortablement.

Mardi, le 27 juillet 1915

Moudros_debarquementNous déménageons enfin aujourd’hui.

Dès la pointe du jour nous plions nos tentes et faisons nos sacs sans se presser. On garnit les chevaux. A 8h j’attelle à la forge comme conducteur du milieu et quelques temps après nous nous mettons tous en route, les uns ont attelé aux charriots de parc, les autres transportent leurs bagages sur leurs chevaux. A Moudros nous laissons nos voitures et la forge au parc d’artillerie, les chemins étant trop impraticables pour les mener à notre nouveau cantonnement. Pendant le petit entracte, je trouve moyen de m’éloigner en ville pour me procurer du Samos. La chaleur est telle que je suis heureux de pouvoir me désaltérer avec cette boisson forte et douce mais qui saoule aussi très facilement. Il est midi et le soleil est de plomb quand nous nous mettons en route après avoir pris notre repas froid distribué le matin. Les marabouts, les tables improvisées et tout le bazar du bureau sont transportés sur des arabuts ou des voitures à deux roues. L’emplacement de notre nouveau camp se trouve à 15 km environ. Pour y accéder nous sommes obligés de traverser deux chaînes de montagne. Le chemin construit par le génie monte tantôt à pic, tantôt en lacets au col. Il est couvert de pierres surtout au début…

Nous arrivons enfin en haut de la deuxième chaîne d’où nous apercevons le nouveau camp de tous les échelons d’artillerie. C’est-à-dire 7 régiments avec 1500 chevaux environ. Du haut du col, le coup d’œil est aussi pittoresque que sauvage. De hautes montagnes entourent au sud et à notre gauche le terrain, tel un entonnoir… où sont déjà alignés les chevaux et où les artilleurs ont leurs marabouts. Comme régiment il y a le 48ème, 47ème, 8ème, 25ème, 1er, 17ème et le nôtre le 10ème. Nous sommes à quelques centaines de mètres de la mer qui forme une petite baie à cet endroit. A droite se trouve l’entrée au port qui est caché par la montagne et se termine en une petite falaise. Il y a sur la gauche une langue de terre que les bateaux venant des Dardanelles sont obligés de contourner pour aller à Moudros. En face de nous nous avons la pleine mer, avec le phare sur la gauche de l’entrée du port. De cette façon nous avons le privilège de voir tous les bateaux d’où qu’ils viennent qui entrent en rade ou qui en sortent.

Couverts de poussière et de sueur, nous ne sommes pas fâchés d’être arrivés. Nous nous installons au bord d’un ravin creusé par les pluies… bientôt les piquets sont placés, les cordes tendues, les chevaux de chacune des 6 pièces comme auparavant à leurs cordes respectives. Les marabouts des sous-officiers et les bureaux sont dressés au-dessus par rapport à la mer. Et nos tentes sont peu à peu installées. Je décide de faire ma tente avec Edouard Faure, nous avons 4 toiles de tente à notre disposition. Charles et Carrel étant évacués. Nous ne la montons cependant pas le soir. Nous nous réservons ce travail pour le lendemain. Vers 4h nous allons à l’abreuvoir qui a été installé par le génie. Il y a environ 30 mètres de longueur d’abreuvoir de sorte que c’est bien plus agréable et plus vite fait de faire boire nos chevaux que de puiser de l’eau dans des puits comme auparavant. La source se trouve dans un groupe d’arbres un peu plus haut, elle alimente deux grands bassins qui sont vidés dans l’abreuvoir au fur et à mesure qu’on en a besoin. Avant la soupe, je vais prendre un bon bain de mer. La plage est à 200 m environ du camp. L’eau est plus claire qu’à Lichna dans le port. Le soir nous nous couchons dans le ravin avec plusieurs copains dont j’ai parlé précédemment.

Le 22 juillet 1915 – Lettre à Jean Lutzius

Lettre19150722Moudros, le 22 juillet

Mon cher cousin

Je suis en possession de ta lettre du 10 et t’en remercie bien. Dis à tante Jeanne que j’ai aussi reçu le paquet contenant le chocolat, la teinture d’opium, la pâte dentifrice, la confiture, le sucre etc… Tout m’a fait bien plaisir et je la remercie de tout cœur. Ici rien de neuf ! Faure et moi nous nous portons bien. J’espère que vous avez des nouvelles de Charles. Samedi nous changeons de cantonnement. As-tu lu l’article concernant les Dardanelles dans le journal du 10 juillet ? Très intéressant. Ici toujours chaleur excessive. Le jour c’est les mouches et la nuit les fourmis qui nous tracassent.

Bons baisers à tous et bonnes poignées pour toi.

Envoyez-moi quelques timbres pour écrire en Suisse.

Jean-Paul

Dimanche, le 18 juillet 1915

Promenade à cheval à Quantapoulos.

Samedi, le 17 juillet 1915

NatalC’est non à bord du Lutetia mais à bord du Natal que Charles embarque. J’assiste au départ du chaland qui l’emmène. Nous recevons des paquets de M. Keller.

Jeudi, le 15 juillet 1915

LutetiaCharles apprend qu’il part le lendemain matin à bord du Lutetia.

Mercredi, le 14 juillet 1915

Hopital_moudros

Hôpital de Moudros

Le major conseille vivement à Charles de retourner en France. Sa dysenterie étant incurable dans les pays chauds. Charles tache d’insister pour rester ici mais finalement le major l’évacue. Je lui apporte aussitôt toutes ses affaires car on ne lui a pas dit l’heure de départ. Le 14 juillet ne diffère guère des autres jours. L’ordinaire est un peu meilleur et le soir on a 2 quarts de vin, des poires et un cigare. Au coucher du soleil, nous allons tous chanter la « Marseillaise » à notre chef de détachement, le maréchal des logis Aldier. En réponse, il nous chante la Traviata et nous dit qu’il est content de nous et qu’il faut continuer chacun à faire son travail. Sur ce nous chantons, quelques-uns nous disent de belles chansons guerrières. Cela nous fait passer le cafard et nous égaie un peu.

Mardi le 13 juillet 1915

Plusieurs fois je vais à cheval voir Charles dans la journée. Il va toujours de même.

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CARNETS DE GUERRE

Carnet

Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

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