Page d'archive 34

Lundi, le 9 août 1915

Lettre19150809 (1)Je reçois une lettre de Georges Mermier qui s’est engagé à Chartres dans le 2ème Régiment d’artillerie. Charles est toujours à Toulon et ne va guère mieux. Mon nouveau travail n’est pas dur et je m’y plais. Les ressources sont meilleures qu’auparavant. De temps en temps je me paye un café ou un thé. On trouve aussi des melons et même des raisins (4 sous le kg). Je fais connaissance avec M. Huri…

Lettre19150809 (2)

Dimanche, le 8 août 1915

Baumann

Le Général Baumann

Date qui me rappelle de beaux souvenirs. Mais passons outre, les heures de bonheur de se sentir français reviendront. A 6h1/2 je vais à la Place, à mon travail qui consiste à attendre. Le général Baumann a son cabinet de travail là et on le voit continuellement donner des ordres. Il se trouve en manche de chemise la plupart du temps.

Samedi 7 août 1915

Lemnos_chevalOn me commande d’aller à Moudros comme estafette du Commandant d’artillerie, de laisser mon cheval au 17ème train et de me tenir aux abords de la Base à la disposition du bureau de la place. Là-bas au 17ème j’apprends par le capitaine que je passe en subsistance au 17ème train avec mon cheval.

Content d’avoir trouvé ce filon ! n’ayant de la sorte ni gardes d’écurie  ni corvées à faire, je m’installe dans un marabout et vais à la place avec l’estafette de la remonte mobile… pour nous présenter au bureau de la place, au bureau du courrier et au bureau des secrétaires pour qu’on nous connaisse pour qu’on puisse le cas échéant nous remettre les ordres et plis à porter. Dans l’attente de ces derniers nous nous tenons à proximité des bureaux. A 10h1/2 nous allons à la soupe au 17ème train. Les plats ne sont pas mal apprêtés et c’est mangeable. A 1h je me mets en route à cheval pour Parthémontos pour porter un pli au lieutenant Henriot…

En même temps j’en profite pour ranger mes affaires et faire le nécessaire pour qu’on me les apporte le lendemain en allant aux vivres. Après avoir mangé je sors un peu en ville prendre un thé à l’ombre d’un figuier du jardinet du bistro grec. Voilà bien longtemps que cela ne m’était pas arrivé. Le marabout dans lequel je suis est occupé par 12 poilus, la plupart des algériens. Ils sont gentils, parmi eux un jeune logis du 3ème chasseur d’Afrique et un brigadier.

Varsovie est, parait-il, aux mains des Allemands. Les Russes ont incendié la ville avant de la quitter. Les Anglais auraient fait un simulacre de débarquement à Smyrne pendant que les Turcs concentraient leurs forces de ce côté, ils effectuaient pendant ce temps un débarquement de 50 000 hommes dans le golf de Saros à Rabalépé et coupe de cette façon le ravitaillement des Turcs. « Si non e vero e bene trovarto !!! ».

Mercredi 4 août 1915

PlanGuitouneOn nous oblige malheureusement à démolir notre guitoune pour élire domicile dans un marabout. Nous y étions si bien c’est vraiment dommage.

Lundi 2 août 1915

J’ai tout le temps de faire mes lettres n’ayant comme travail qu’à surveiller qu’on tienne propres les alentours de la source.

Dimanche 1er août 1915

Lemnos_chevalLe matin je vais à cheval à Moudros pour porter un pli important à la poste. Le soir je suis de garde à la source de 5h au lendemain soir à 5h. A 9h je vais me coucher au poste de police.

Vendredi, 30 juillet 1915

CimetiereAllemand

Cimetière allemand de Werwik

Au soir il y a un courrier. Je reçois les premières nouvelles de Charles qui est dans un hôpital à Toulon.

Par cousin Henri j’apprends la triste nouvelle de la mort de Charles Irion tué dans les rangs allemands près de Lille et enterré au cimetière de Werwick en Belgique. Cela me fait beaucoup de peine et je pense au chagrin de ses parents auxquels il rendait tant de services.

Mes cousins Jean et Pierre ont réussi leur baccalauréat.

Georges Lutzius s’est engagé au 2ème groupe d’aviation de Bron.

Jeudi, le 29 juillet 1915

PlanGuitouneSans nous presser, Edouard et moi, faisons peu à peu notre petite maison. Voilà en quelques traits la forme et le style de cette guitoune.

Mercredi, le 28 juillet 1915

Avion_nuitLa nuit se passe bien. Le matin avant qu’il fasse jour je me réveille et vois passer au clair de lune un aéroplane, au-dessus de nous se dirigeant vers Moudros. Au bout d’un quart d’heure on entend une forte explosion, peu après l’aéro revient et pique droit vers le détroit. La bombe lancée n’a, parait-il, fait aucun dégât. La journée est occupée à monter nos guitounes et nous installer confortablement.

Mardi, le 27 juillet 1915

Moudros_debarquementNous déménageons enfin aujourd’hui.

Dès la pointe du jour nous plions nos tentes et faisons nos sacs sans se presser. On garnit les chevaux. A 8h j’attelle à la forge comme conducteur du milieu et quelques temps après nous nous mettons tous en route, les uns ont attelé aux charriots de parc, les autres transportent leurs bagages sur leurs chevaux. A Moudros nous laissons nos voitures et la forge au parc d’artillerie, les chemins étant trop impraticables pour les mener à notre nouveau cantonnement. Pendant le petit entracte, je trouve moyen de m’éloigner en ville pour me procurer du Samos. La chaleur est telle que je suis heureux de pouvoir me désaltérer avec cette boisson forte et douce mais qui saoule aussi très facilement. Il est midi et le soleil est de plomb quand nous nous mettons en route après avoir pris notre repas froid distribué le matin. Les marabouts, les tables improvisées et tout le bazar du bureau sont transportés sur des arabuts ou des voitures à deux roues. L’emplacement de notre nouveau camp se trouve à 15 km environ. Pour y accéder nous sommes obligés de traverser deux chaînes de montagne. Le chemin construit par le génie monte tantôt à pic, tantôt en lacets au col. Il est couvert de pierres surtout au début…

Nous arrivons enfin en haut de la deuxième chaîne d’où nous apercevons le nouveau camp de tous les échelons d’artillerie. C’est-à-dire 7 régiments avec 1500 chevaux environ. Du haut du col, le coup d’œil est aussi pittoresque que sauvage. De hautes montagnes entourent au sud et à notre gauche le terrain, tel un entonnoir… où sont déjà alignés les chevaux et où les artilleurs ont leurs marabouts. Comme régiment il y a le 48ème, 47ème, 8ème, 25ème, 1er, 17ème et le nôtre le 10ème. Nous sommes à quelques centaines de mètres de la mer qui forme une petite baie à cet endroit. A droite se trouve l’entrée au port qui est caché par la montagne et se termine en une petite falaise. Il y a sur la gauche une langue de terre que les bateaux venant des Dardanelles sont obligés de contourner pour aller à Moudros. En face de nous nous avons la pleine mer, avec le phare sur la gauche de l’entrée du port. De cette façon nous avons le privilège de voir tous les bateaux d’où qu’ils viennent qui entrent en rade ou qui en sortent.

Couverts de poussière et de sueur, nous ne sommes pas fâchés d’être arrivés. Nous nous installons au bord d’un ravin creusé par les pluies… bientôt les piquets sont placés, les cordes tendues, les chevaux de chacune des 6 pièces comme auparavant à leurs cordes respectives. Les marabouts des sous-officiers et les bureaux sont dressés au-dessus par rapport à la mer. Et nos tentes sont peu à peu installées. Je décide de faire ma tente avec Edouard Faure, nous avons 4 toiles de tente à notre disposition. Charles et Carrel étant évacués. Nous ne la montons cependant pas le soir. Nous nous réservons ce travail pour le lendemain. Vers 4h nous allons à l’abreuvoir qui a été installé par le génie. Il y a environ 30 mètres de longueur d’abreuvoir de sorte que c’est bien plus agréable et plus vite fait de faire boire nos chevaux que de puiser de l’eau dans des puits comme auparavant. La source se trouve dans un groupe d’arbres un peu plus haut, elle alimente deux grands bassins qui sont vidés dans l’abreuvoir au fur et à mesure qu’on en a besoin. Avant la soupe, je vais prendre un bon bain de mer. La plage est à 200 m environ du camp. L’eau est plus claire qu’à Lichna dans le port. Le soir nous nous couchons dans le ravin avec plusieurs copains dont j’ai parlé précédemment.

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CARNETS DE GUERRE

Carnet

Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

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Jean-Paul à Grenoble mars 1915

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