Page d'archive 34

Lundi le 12 juillet 1915

Remorqueur2A la pointe du jour, on met la machine en marche et on rentre dans le port pour arriver à 7h à Moudros. Avant de retourner au camp nous absorbons ¼ de lait. Le chemin est pénible par un soleil de plomb. Au camp on nous donne la journée pour nous reposer.

Nous recevons des paquets de Lyon et une lettre de Maman du 20 juin qu’elle a pu faire parvenir à tante Jeanne par l’intermédiaire de cousin Henri en Suisse. Ils vont heureusement tous bien chez nous et ils ont appris que nous étions ici aux Dardanelles, je ne sais pas par qui.

Le soir je vais voir Charles à l’hôpital, il est toujours faible et a un peu de fièvre.

 

 

Dimanche, le 11 juillet 1915

radeauJe vais en corvée. Nous sommes 6 plus un brigadier qui nous levons à 3h du matin. Nous nous rendons à pied à Moudros à 6 km du camp. Là-bas nous nous embarquons avec plusieurs poilus d’autres détachements sur un radeau chargé de bottes de foin. Un remorqueur nous emmène, ainsi qu’un autre chaland tout aussi chargé, à 5 km de l’entrée du port.

Nous passons devant tous les vaisseaux de guerre, en rade. De près nous voyons le Kléber et plus loin le paquebot Mauretania. Après 1h1/2 de marche à une lenteur désespérante, nous arrivons à destination, ce doit être le lieu de notre futur emplacement. C’est à dire à gauche en sortant du port, à l’extrême pointe que forme la baie de Moudros. Nous choisissons un endroit propice au débarquement. Le remorqueur approche aussi près que possible du rivage en sondant continuellement. Il jette l’ancre à une soixantaine de mètres du bord. Plusieurs poilus gagnent le rivage avec un petit canot et tirent le radeau à eux avec des cordes. Nous arrivons à mettre les deux radeaux côte à côte à 3 mètres du bord. Nous établissons un pont avec des madriers et nous commençons à décharger nos bottes qui sont environ au nombre de mille. Ce qui représente à une vingtaine de poilus que nous sommes 50 bottes de 60 kg en moyenne. En tout 3000 kg par tête et 60 000 au total. Travail fou surtout par cette chaleur torride n’ayant comme boisson que de l’eau et comme boustifaille pas grand-chose. Vers 4h c’est intenable. Nous sommes tous exténués. Les gouttes de transpiration nous inondent. On a du foin dans le cou et les cheveux. Nous en venons pourtant à bout après un dernier coup de collier. A la tombée de la nuit les remorqueurs viennent nous chercher. Avant d’embarquer je prends un bain qui me remet de nouveau d’aplomb.

L’aventure n’est cependant pas finie. Nous naviguons en toute sérénité par mer calme sous un ciel étoilé d’orient. Subitement un torpilleur garde-côte anglais nous surprend et nous somme de stopper. Nous arrêtons mais n’ayant pas compris ce qu’on nous criait en anglais, nous continuons et passons le premier barrage du port quand le torpilleur nous rejoint en vitesse et nous somme d’arrêter. Les barrages –filets du port étant fermés nous sommes donc contraints à mouiller hors de la rade et de dormir sur le radeau en pleine mer. Avant de nous coucher les marins nous offrent du pain. Nous dormons bien malgré le dur sommier car nous tombons de fatigue.

Vendredi, le 9 juillet 1915

Hopital_Lemnos

Hôpital à Lemnos

Charles entre à l’hôpital pour la dysenterie qu’il a depuis le jour du débarquement. Il est complètement à la diète.

Lundi, le 5 juillet 1915

HopitalN1

Hôpital N°1 à Moudros

Journellement, il y a de nombreux malades beaucoup sont restés à l’hôpital et plusieurs ont déjà été évacués pour fièvre typhoïde. En tout il y a déjà une vingtaine de conducteurs hors de service. Cette nuit et toute la matinée, forte canonnade !

Dimanche, le 4 juillet 1915

MoulinBalade à cheval à Quantapoulos, village situé à une dizaine de kilomètres au Nord-Est de l’île. C’est la première fois que nous allons vers l’intérieur de l’île. Des collines restreignent l’horizon vers le Nord de sorte que nous n’avions pas encore en l’occasion de visiter cette partie de l’île. Nous escaladons les hauteurs sur lesquelles se trouvent des moulins à vent, par un chemin rocailleux nous traversons un bassin tout entouré de montagnes. Par-ci par-là quelques groupes d’arbres avec un puits. Alternativement des champs de blé et des terrains incultes. De la hauteur en face nous apercevons la pleine mer et tout à l’horizon, les montagnes de l’île Imbros. Nous passons par des villages dont les habitants ont l’air plus civilisés. Les rues sont plus propres, l’aspect est meilleur. Les ruelles étroites sont bien entretenues. Devant les maisons à un étage, se trouvent de petits jardinets qui ne sont pas riches mais qui rappellent plus ou moins la ferme française…

Vendredi, le 2 juillet 1915

Bonnes nouvelles de Georges et Ginette Tournier ainsi que de Pierre F. qui s’est engagé à Besançon au 5ème d’artillerie.

Jeudi, le 1er juillet 1915

Jour du fourrage. Au retour les voitures restent embourbées dans la boue à quelques mètres du camp. On attelle 8 chevaux avec un résultat curieux. On ne fait que casser les palonniers. Finalement on est obligé de retourner ses culottes et de décharger par l’eau les sacs d’avoine. Tableau très pittoresque, des poilus s’enfoncent jusqu’aux genoux. On arrive enfin à sortir les voitures.

Mercredi, le 30 juin 1915

baindemerL’eau a contourné notre camp et nous sommes coupés des cuisines de sorte qu’il faut chercher le jus à cheval. A 8h je vais à cheval à la « décision » je prends note des paragraphes qui nous concernent.

Notre aspirant qui va retourner en France, tient du général, que la fameuse crête d’Arti-Baba a été prise, qu’il y a la révolution à Constantinople de sorte que la guerre serait finie, selon lui, d’ici 2 ou 3 mois. Puisse être cette supposition vraie !

Le soir nous prenons un bain malgré la mer toujours démontée. C’est très amusant de se faire soulever par les vagues. Après la soupe, nous faisons depuis quelques jours du thé, ce qui nous désaltère bien.

Mardi, le 29 juin 1915

Camp_tempeteLa vie est toujours la même, peu de changement sauf que notre chef de détachement Mr l’aspirant Rousse a été rappelé en France à l’école de Versailles. Nous le regrettons bien car il était très gentil avec nous. C’est le maréchal des logis Aldier qui le remplace. Le maréchal des logis faisant fonction de fourrier ayant attrapé la fièvre typhoïde va sans doute être évacué. Comme margis il ne reste plus que Latrad et Lançon. Les brigadiers sont Château et Picot auquel nous devons une pièce splendide car il est très débrouillard. Faisant fonction de brigadier, le trompette Maillon, Ronot et Jouin.

Depuis quelques jours la cuisine est meilleure.

Ces derniers jours, j’ai de bonnes nouvelles de Georges. Pierre Fries s’est, parait-il engagé à Besançon. Nous recevons aussi des nouvelles de Lyon. Oncle Paul a été nommé directeur des approvisionnements en munitions au parc d’artillerie de Lyon. Il a énormément à faire. Georges Lutzius veut s’engager dans l’aviation. Jean et Pierre vont passer leur bac. Nous prenons régulièrement nos bains. Ce soir la mer est particulièrement calme. Le vent et la mer se lève peu à peu. C’était hier pleine lune et la marée monte lentement. Au coucher de soleil tout était encore calme quand subitement un ouragan terrible se lève. La mer monte et nous entoure presque complètement notre camp, dans une poussière de sable terrible qui nous aveugle. Nous consolidons et fermons nos guitounes qui manquent d’être arrachées par le vent. Il y a des éclairs de toutes parts. Les sirènes des bateaux sifflent de toute force. L’effet est curieux. Nous prenons toutes nos dispositions pour nous réfugier en terre ferme en cas d’inondation. Mais ça se calme peu à peu et nous arrivons à dormir.

Samedi, le 26 juin 1915

Moudros3Chaleur torride depuis quelques jours. C’est l’été qui commence. Après la soupe on ne sait pas où se mettre. C’est encore sous les voitures qu’on est le mieux. Dans les guitounes, il n’y a pas d’air. Heureusement qu’on peut prendre deux bains de mer par jour. Ce matin je vais porter à cheval le rapport au Lieutenant du 8ème d’artillerie. Mes chevaux vont toujours très bien, surtout mon porteur qui rend beaucoup de services comme cheval de trait.

Les communiqués de ces derniers jours sont bons. Le 22, on a pris la fameuse crête occupée par les Turcs. Le maréchal des logis Aldier, revenant du front, nous dit que nous ne sommes plus qu’à 200 m de la crête et qu’on va s’en emparer dans 2 ou 3 jours grâce à un mouvement contournant des Anglais qui occupent la crête sur la gauche. A l’heure de la soupe le soleil s’obscurcit à l’ouest et une légère bise fait présumer un terrible orage. A l’horizon on voit éclair sur éclair et le tonnerre gronde. Enfin, pensons-nous, on va avoir un peu de pluie (après un mois de sécheresse). L‘orage suit pourtant les montagnes… et nous qui nous apprêtions à avoir une bonne rincée… ce n’est qu’un quart d’heure de soulagement que nous apportent quelques gouttes de pluie.

Après les rayons de soleil ne dardent que plus fort et nous transpirons bien à notre corvée de fourrage. L’après-midi j’attelle pour aller à Moudros. La chaleur est telle que les 4 chevaux qui tirent une voiture vide dégouttent de sueur. A Moudros, je fais quelques emplettes, telles que confitures, lait sucre (25 sous le kg)… Le retour se passe bien. Nos 6 chevaux enlèvent la forte montée de l’église moitié au galop moitié au trot. Mon porteur tire, c’est un vrai plaisir. A force d’être continuellement avec des chevaux, on y prend goût et le travail qu’ils nous donnent semble plus facile quand aux moments opportuns, ils nous rendent aussi des services.

A la soupe du soir on a des frites qui ne sont pas mauvaises. Le soir je suis de garde d’écurie. Je prends ma faction de 9h1/2 à 11h et de 2h à 3h1/2. Les dernières nuits sont moins froides… Aussi par un clair de lune comme celui de ce soir, les beaux jours passés chez soi en famille nous reviennent en tête. Le tableau qui se déroule devant mes yeux pendant ma première faction mérite d’être mentionné :

Je prends ma garde assis sur une balle de foin, la lune projette une clarté suffisante pour distinguer le camp et ses alentours. Un calme plat règne sur toute la contrée interrompu de temps en temps par le grondement lointain de nos pièces de marine. Par ce temps idéal et doux on rêve accroupi sur du foin, voilà le coup d’œil qui se trouve devant moi ;

Au premier plan, à mes pieds quelques timons cassés, des manches de faux, puis des harnachements bien alignés. A gauche se trouvent les voiturent et la fourragère dont les contours se dessinent merveilleusement sur le fond bleu du ciel sans nuage. Sur la droite les chevaux sont attachés à leur corde et se reposent, tantôt couchés, tantôt debout. Plus en arrière en face se dressent les tentes et à côté les grands marabouts. La lune éclaire tout et projette de grandes ombres allongées. A l’arrière-plan se trouve la rade. Les paquebots à l’ancre se dessinent magnifiquement avec tous leurs contours sur l’horizon. Le tout est un tableau splendide.

1...3233343536...48

CARNETS DE GUERRE

Carnet

Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

Mois après mois

PAGE FACEBOOK

ARCHIVES EUROPEENNES

Europeana

Page consacrée à Jean-Paul Hédrich sur le site européen des archives de la guerre de 14-18
http://europeana1914-1918.eu/fr/contributions/14458

JPHM200814

Jean-Paul à Mulhouse en août 14

JPHsept14

Jean-Paul à Lyon en septembre 1914

JPH_Grenoble

Jean-Paul à Grenoble mars 1915

JPH118

Jean-Paul à la Rochelle février 1916

JP_mars18a

Jean-Paul en permission Lyon décembre 1917


Tradern mum |
Quideroulelefil |
Geneamoi |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Happylife59
| Comparatif orthodontistes à...
| Tribulationsdunemamanquidec...