Page d'archive 34

Dimanche, le 20 juin 1915

baindemerLe matin après l’abreuvoir, bon bain de mer. En fait de soupe on a de nouveau du singe et du riz. Une corvée va chercher les bourreliers, cordonniers et tailleurs qui reviennent du front. Ils nous racontent que notre batterie est placée entre 2 feux, d’un côté ils sont à 1600 m des Turcs et d’autres batteries tirent depuis la côte d’Asie. L’ordonnance du capitaine, père de 4 enfants, est morte à la suite de ses blessures. Le sous-lieutenant blessé au bras est évacué en France. Il y a en outre une quinzaine de blessés et plusieurs chevaux tués.

Samedi, le 19 juin 1915

Nous menons toujours la même vie. Les nouvelles de France sont bonnes. A Arras on a avancé de 80 km. Lille, Tourcoing, St Quentin sont repris. C’est curieux comme de telles nouvelles relèvent le moral. L’après-midi je vais avec Charles voir Edouard qui va mieux. Pour y aller nous passons à cheval devant le camp des volontaires grecs chargés de la surveillance des prisonniers turcs.

Vendredi, la 18 juin 1915

Lever à 4h1/2. Pansage. Abreuvoir à 7 km du camp dans un village rouge… Sieste… A 2h bain de mer. Abreuvoir, soupe et repos du soir. La nuit garde au fourrage.

Jeudi, le 17 juin 1915

venizelos

Le 13 juin 1915, Elefthérios Venizélos remporte les élections législatives en Grèce.

De bonne nouvelle de Lyon. Nous recevons aussi un paquet de tante Emma. La journée se passe toujours de même. Je passe mon temps libre à prendre des bains à écrire, à discuter sur les évènements passés et ceux à prévoir. C’est à présent qu’on se rend compte de tous les dangers que nous avons courus pendant notre traversée. De nombreux sous-marins ennemis croisent, parait-il, dans la mer Egée. Presque tous les copains révèlent la peur terrible qu’ils avaient pendant la traversée. Les crochets mystérieux que nous faisions dans ma mer Ionienne pour éviter les sous-marins les inquiétaient… Notre traversée de Lemnos au cap Helles en remorqueur ne fit qu’augmenter leur crainte de perdre leur peau. Là-bas le bombardement de la rade par les batteries turques, les obus qui tombèrent à quelques dizaines de mètres de notre bateau et surtout le torpillage du Majestic acheva leur sainte frousse et pour le retour à Lemnos ils n’étaient guère rassurés. Beaucoup d’entre eux ne quittèrent pas leur ceinture de sauvetage, d’autres avaient repéré des planches, des bouées de sauvetage. Ils racontent qu’ils n’étaient pas à leur aise qu’une fois dans la rade de Moudros. Ils auraient préférés rester au Cap Helles et ne pas refaire la traversée dangereuse.
Quels esprits curieux et craintifs !
Moi, pour mon compte je n’ai jamais eu crainte de couler pendant la traversée et je suis parti avec la ferme conviction de revenir de cette campagne. Il me semble que c’est bien préférable que d’avoir peur d’y laisser sa peau. Espérons que cette guerre se termine bientôt. L’Italie marche bien, parait-il. Les boches relâchent sur tous les fronts. Le ministre grec francophile Venizélos est passé aux dernières élections… Il se pourrait que la Grèce marche avec nous. Ce qui serait un appoint pour nous ici aux Dardanelles. Le matin vaccination contre le choléra (3ème piqure).

Mercredi le 16 juin 1915

Pendant ma faction de 2h à 4h, il fait froid de loup. La pluie s’en mêle… Vers midi le temps se remet au beau. Depuis 2 jours la nourriture est un peu meilleure, mais j’ai toujours la dysenterie. Le soir après mon bain et la soupe, je vais un peu au village qui se trouve à 5 mn derrière notre camp…

Mardi 15 juin 1915

La nuit se passe bien. Le matin il y a pourtant une forte rosée. Nos toiles de tentes sont toutes mouillées. Nous nettoyons le cantonnement en vue d’une inspection du général. A part notre détachement du 7ème, il y a encore le 17ème, le 47ème, le 48ème et le 8ème d’artillerie qui sont campés à proximité. Le soir je prends un bon bain de mer, les vagues nous soulèvent, c’est très amusant. A 5h après la soupe, je prends la garde d’écurie. Je ne ferme presque pas l’œil. Un vent froid souffle.

Lundi 14 juin 1915

Le vent a changé et souffle âprement venant de la mer. Il nous arrive un tas d’épaves telles que des planches, des caisses. Un de mes camarades trouve même une caisse pleine de pommes de terre. Le soir ont fait des frites. On ne peut malheureusement pas se baigner, la mer est trop sale. Nous recevons une lettre de tante Jeanne, elle nous dit qu’ils ont reçu la nouvelle de notre arrivée à destination. Elle nous annonce des paquets ce qui nous fait bien plaisir car malgré la viande fraîche qu’on nous sert en ce moment le reste laisse toujours fort à désirer. Depuis trois jours je me nourris que de pain, de noix, de figues de thé et surtout de fumée. J’apprécie la pipe aussi je ne quitte mon brûle-gueule que pendant la plus forte chaleur.

Dimanche 13 juin 1915

Charles est toujours assez malade et va à la visite. Le matin abreuvoir. Le matin un aéroplane passe au-dessus de nos têtes et se dirige vers le camp du 175ème de ligne sur les hauteurs. Il est accueilli par une vive fusillade. Il veut repartir vers le port mais les pièces de marine l’obligent à faire demi-tour sans l’atteindre. L’après-midi nous allons à cheval dans un village à 8 km du camp et faisons quelques emplettes. En revenant nous prenons de vieux poteaux télégraphiques au bord de la route pour faire du feu pour notre thé le soir. Après l’abreuvoir je prends un bon bain de mer. La plage est superbe et descend régulièrement de sorte qu’après 100 m on perd pied. Nous passons ensuite une charmante soirée autour de nos feux sur lesquels nous faisons du café et du thé. La vue de la rade est splendide, le soir. C’est surtout les lumières vertes du bateau-hôpital qui font un bel effet.

Samedi 12 juin 1915

La nuit se passe bien malgré le froid intense et nous fermons bien notre tente des 2 côtés avec des couvertures et nous nous couvrons bien. Abreuvoir fait au galop de charge, très amusant. Le soir je vais à Moudros pour accompagner le courrier qui retourne au front. On y va en voiture. Notre ami Edouard est parait-il blessé à la cuisse et se trouve ici à Lemnos.

Vendredi, 11 juin 1915

A 2h quand je me lève pour prendre ma faction, la bise froide me glace les membres. Le sable nous aveugle et les chevaux affamés déracinent les piquets auxquels ils sont attachés. Quelle pagaille ! Nous avons l’obscurité la plus complète. Il fait aussi froid que cet hiver à Lyon. La santé va un peu mieux. Nous mangeons un peu. Aujourd’hui on a de la viande, je ne sais trop de quoi (Buffle ?).

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CARNETS DE GUERRE

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Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

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