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Le 22 juillet 1915 – Lettre à Jean Lutzius

Lettre19150722Moudros, le 22 juillet

Mon cher cousin

Je suis en possession de ta lettre du 10 et t’en remercie bien. Dis à tante Jeanne que j’ai aussi reçu le paquet contenant le chocolat, la teinture d’opium, la pâte dentifrice, la confiture, le sucre etc… Tout m’a fait bien plaisir et je la remercie de tout cœur. Ici rien de neuf ! Faure et moi nous nous portons bien. J’espère que vous avez des nouvelles de Charles. Samedi nous changeons de cantonnement. As-tu lu l’article concernant les Dardanelles dans le journal du 10 juillet ? Très intéressant. Ici toujours chaleur excessive. Le jour c’est les mouches et la nuit les fourmis qui nous tracassent.

Bons baisers à tous et bonnes poignées pour toi.

Envoyez-moi quelques timbres pour écrire en Suisse.

Jean-Paul

Dimanche, le 18 juillet 1915

Promenade à cheval à Quantapoulos.

Samedi, le 17 juillet 1915

NatalC’est non à bord du Lutetia mais à bord du Natal que Charles embarque. J’assiste au départ du chaland qui l’emmène. Nous recevons des paquets de M. Keller.

Jeudi, le 15 juillet 1915

LutetiaCharles apprend qu’il part le lendemain matin à bord du Lutetia.

Mercredi, le 14 juillet 1915

Hopital_moudros

Hôpital de Moudros

Le major conseille vivement à Charles de retourner en France. Sa dysenterie étant incurable dans les pays chauds. Charles tache d’insister pour rester ici mais finalement le major l’évacue. Je lui apporte aussitôt toutes ses affaires car on ne lui a pas dit l’heure de départ. Le 14 juillet ne diffère guère des autres jours. L’ordinaire est un peu meilleur et le soir on a 2 quarts de vin, des poires et un cigare. Au coucher du soleil, nous allons tous chanter la « Marseillaise » à notre chef de détachement, le maréchal des logis Aldier. En réponse, il nous chante la Traviata et nous dit qu’il est content de nous et qu’il faut continuer chacun à faire son travail. Sur ce nous chantons, quelques-uns nous disent de belles chansons guerrières. Cela nous fait passer le cafard et nous égaie un peu.

Mardi le 13 juillet 1915

Plusieurs fois je vais à cheval voir Charles dans la journée. Il va toujours de même.

Lundi le 12 juillet 1915

Remorqueur2A la pointe du jour, on met la machine en marche et on rentre dans le port pour arriver à 7h à Moudros. Avant de retourner au camp nous absorbons ¼ de lait. Le chemin est pénible par un soleil de plomb. Au camp on nous donne la journée pour nous reposer.

Nous recevons des paquets de Lyon et une lettre de Maman du 20 juin qu’elle a pu faire parvenir à tante Jeanne par l’intermédiaire de cousin Henri en Suisse. Ils vont heureusement tous bien chez nous et ils ont appris que nous étions ici aux Dardanelles, je ne sais pas par qui.

Le soir je vais voir Charles à l’hôpital, il est toujours faible et a un peu de fièvre.

 

 

Dimanche, le 11 juillet 1915

radeauJe vais en corvée. Nous sommes 6 plus un brigadier qui nous levons à 3h du matin. Nous nous rendons à pied à Moudros à 6 km du camp. Là-bas nous nous embarquons avec plusieurs poilus d’autres détachements sur un radeau chargé de bottes de foin. Un remorqueur nous emmène, ainsi qu’un autre chaland tout aussi chargé, à 5 km de l’entrée du port.

Nous passons devant tous les vaisseaux de guerre, en rade. De près nous voyons le Kléber et plus loin le paquebot Mauretania. Après 1h1/2 de marche à une lenteur désespérante, nous arrivons à destination, ce doit être le lieu de notre futur emplacement. C’est à dire à gauche en sortant du port, à l’extrême pointe que forme la baie de Moudros. Nous choisissons un endroit propice au débarquement. Le remorqueur approche aussi près que possible du rivage en sondant continuellement. Il jette l’ancre à une soixantaine de mètres du bord. Plusieurs poilus gagnent le rivage avec un petit canot et tirent le radeau à eux avec des cordes. Nous arrivons à mettre les deux radeaux côte à côte à 3 mètres du bord. Nous établissons un pont avec des madriers et nous commençons à décharger nos bottes qui sont environ au nombre de mille. Ce qui représente à une vingtaine de poilus que nous sommes 50 bottes de 60 kg en moyenne. En tout 3000 kg par tête et 60 000 au total. Travail fou surtout par cette chaleur torride n’ayant comme boisson que de l’eau et comme boustifaille pas grand-chose. Vers 4h c’est intenable. Nous sommes tous exténués. Les gouttes de transpiration nous inondent. On a du foin dans le cou et les cheveux. Nous en venons pourtant à bout après un dernier coup de collier. A la tombée de la nuit les remorqueurs viennent nous chercher. Avant d’embarquer je prends un bain qui me remet de nouveau d’aplomb.

L’aventure n’est cependant pas finie. Nous naviguons en toute sérénité par mer calme sous un ciel étoilé d’orient. Subitement un torpilleur garde-côte anglais nous surprend et nous somme de stopper. Nous arrêtons mais n’ayant pas compris ce qu’on nous criait en anglais, nous continuons et passons le premier barrage du port quand le torpilleur nous rejoint en vitesse et nous somme d’arrêter. Les barrages –filets du port étant fermés nous sommes donc contraints à mouiller hors de la rade et de dormir sur le radeau en pleine mer. Avant de nous coucher les marins nous offrent du pain. Nous dormons bien malgré le dur sommier car nous tombons de fatigue.

Vendredi, le 9 juillet 1915

Hopital_Lemnos

Hôpital à Lemnos

Charles entre à l’hôpital pour la dysenterie qu’il a depuis le jour du débarquement. Il est complètement à la diète.

Lundi, le 5 juillet 1915

HopitalN1

Hôpital N°1 à Moudros

Journellement, il y a de nombreux malades beaucoup sont restés à l’hôpital et plusieurs ont déjà été évacués pour fièvre typhoïde. En tout il y a déjà une vingtaine de conducteurs hors de service. Cette nuit et toute la matinée, forte canonnade !

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CARNETS DE GUERRE

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Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

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