Page d'archive 35

Dimanche, le 30 mai 1915

Chaland

Chalands de débarquement des chevaux

Réveil à 4 h. Nous continuons le débarquement des chevaux. Vers 7 h nous allons à terre sur le chaland des chevaux pour les mener au camp. Nous passons par le village en emmenant chacun 3 chevaux. Le débarquement n’est pas mal improvisé. Des prisonniers turcs déchargent des sacs de farine. Plus loin sur la gauche se trouve le camp français et à droite l’anglais. Nous trouvons également des buvettes ainsi que des boutiques, le tout ressemble beaucoup à des baraques de foire. Au passage nous ne voyons que très peu de Moudros que nous laissons à gauche avec son église grecque orthodoxe. Nous arrivons enfin après ½ h de marche à l’endroit où nous allons établir notre camp. Les chemins sont très poussiéreux et pleins de gros cailloux. Nous attachons nos chevaux aux cordes préparées à cet effet et retournons au port. La campagne grecque est bien comme je me le figurais. Par-ci par-là un groupe d’oliviers, ou de figuiers avec une source. A part ça des champs de blé ou des près parsemés d’herbe ou de petits bosquets. Partout un terrain très rocailleux. Nous entrons dans la rue principale du port ou règne une animation particulière. On voit des soldats de toutes les races. De nombreux officiers de marine anglais ou français relèvent le cachet de ce camp tout à fait pittoresque. Des voitures et des autos circulent. Les marchands grecs font l’article. Les costumes des habitants est très curieux : des pantalons courts bouffants des petits souliers au bout desquels se trouve un pompon noir. Ils sont aussi des guêtres en peau de chameau. Nous voyons de nombreux grecs en costume européen, sans doute les autorités de Moudros. Nous avons bien soif et buvons du vin du pays qui a un drôle de goût de madère. Nous retournons ensuite à bord du Dumbéa.

Samedi, le 29 mai 1915

Mauretania

Paquebot Mauretania

Le matin le grand paquebot anglais (4 cheminées) Mauretania, le frère du paquebot transatlantique Lusitania, entre en rade ayant des troupes à bord. Je passe le temps à faire la lessive. Après la soupe du soir, nous levons l’ancre pour mouiller dans le port même, plus près du rivage, c’est un superbe port naturel.

Nous passons d’abord à côté du Mauretania, puis des cuirassés anglais. Les marins anglais nous accueillent au passage avec des « hourrah » effrénés. C’est la première fois que je vois un cuirassé de tout prés et j’en admire toute la grandeur, d’autant plus que je pense qu’une pareille merveille s’est engloutie l’avant-veille en un rien de temps en emprisonnant presque tout l’équipage sous les filets pare-torpille.

Nous commençons le débarquement le soir et travaillons jusqu’à 10 h à débarquer les chevaux sur les chalands. La mer étant bien plus calme, ça va presque tout seul, non comme à Seddul-Bahr où la mer était démontée faisant continuellement tanguer les chalands de sorte que nous avions de la peine à s’y tenir.

Vendredi 28 mai 1915

Fanfare

28 Mai 1915 : le torpilleur FANFARE ramène à Moudros les marins survivants du cuirassé anglais MAJESTIC torpillé la veille

Nous n’avons toujours pas eu d’ordre pour débarquer et continuons donc à mener notre petite vie sur le Dumbea. Le port de Moudros est plein de cuirassés et de paquebots anglais et français qui entrent et sortent du port.

Jeudi, le 27 mai 1915 – Torpillage du Majestic

Majestic3A 6 h je suis réveillé au sursaut par des cris et des pas dans le corridor. Je saute aussitôt de ma couchette et monte sur le pont en toute hâte. Je vois tout le monde avec des ceintures de sauvetage qui courent vers les embarcations, en même temps les officiers crient « aux embarcations ! ».

Je me dis « ça y est ! On a dû être torpillé ! » et entre dans une cabine prendre une ceinture de sauvetage et me dirige vers une embarcation. A ce moment je pense qu’il est quand même curieux que le bateau ne penche pas et je me dis « au fond, ce n’est pas nous ». Je regarde donc autour de moi et ne voyant rien à tribord je cours à bâbord. Je vois un cuirassé à 100 m devant nous qui vacille sur l’eau. Les marins sont tous sur le pont et il y en a qui sautent à l’eau pour se sauver. Je cours ensuite à une embarcation et prête la main pour la main pour la mettre à la mer. Charles saute au dernier instant dedans pour pouvoir aider au sauvetage.

Majestic1

Le Majestic en train de couler

Heureusement que des remorqueurs étaient là, à proximité pour pouvoir sauver tous ceux qui avaient sauté car nos embarcations arrivèrent plus tard.

Je retourne à bâbord et ne vois ô malheur, plus que la coque submergeante du cuirassé. Les larmes me viennent aux yeux quand je pense à toutes ces vies humaines qui ont dû être englouties en rien de temps.

Voilà maintenant le sinistre tel que des témoins oculaires l’ont vu : ils se trouvaient à l’avant sur le pont vers 6h25 lorsqu’ils entendirent tout à coup deux détonations. Presque au même instant ils voient un sillage d’une torpille et entendent un choc formidable. Quelques secondes après une grosse fumée noire s’échappe des cheminées du croiseur-cuirassé anglais « Majestic » et il tangue fortement. Quelques-uns prétendent avoir vu le sous-marin à proximité mais je ne peux pas y croire. Aussitôt tous les matelots montent sur l’avant du pont et quelques-uns ont la présence d’esprit de sauter à l’eau. Tout à coup le cuirassé tombe sur le côté, les mâts en bas. Un cri de détresse épouvantable s’échappe des bouches de tous ces malheureux. Quelques-uns essaient encore de sauter à l’eau, d’autres tels que les officiers se couchent sur le pont pour couler héroïquement avec leur vaisseau. Tous ces malheureux sont pris sous les filets pour torpilles qui furent projetés par le basculage du cuirassé par-dessus ceux qui essayèrent de se sauver à la nage. On estime les rescapés à une cinquantaine contre 6 à 700 hommes d’équipage. Immédiatement après la catastrophe les vaisseaux de guerre anglais et français font la chasse aux sous-marins sans résultat efficace. Les marins anglais avaient aperçu le sous-marin allemand quelques instants avant d’être torpillés car ils tirèrent 2 coups de canon sur lui.

Le sinistre me bouleverse toute la matinée quand je pense que tant d’hommes peuvent être engloutis en 6 minutes exactement, des hommes qui sont à la force de l’âge et qui ne pensaient certainement pas mourir de la sorte. A bord du Dumbéa on ne parle que de ça toute la journée.

Majestic2L’avant du « Majestic » émerge encore de l’eau, la quille en l’air. Une épaisse couche de pétrole et d’huile recouvre les alentours de l’épave et des effets tels que des vestes et des casquettes sont emmenés à la dérive. Comme souvenir je prends un morceau de couvre casquette d’un officier.

Cette catastrophe, toute imprévue a retardé notre débarquement mais on retourne au travail dès que les embarcations sont de nouveaux en place. Nous finissons d’embarquer le matériel et une quarantaine de chevaux et levons l’ancre à midi pour retourner à Lemnos. Nous quittons donc Seddul-Bahr exactement 24 h après y avoir mouillé, 24h pendant lesquelles nous avons tant fait et tant vu et pendant lesquelles nous avons eu un avant-goût de la guerre. Nous faisons la traversée jusqu’à Lemnos en 3h1/2 par une mer très calme sans avoir vu de sous-marin. Nous mouillons vers 4h dans la baie où nous restons provisoirement en attendant de savoir où nous débarquerons exactement nos chevaux et où nous établirons notre camp. Les hommes d’un canot automobile qui aborde au bateau nous apprennent que le sous-marin avait encore torpillé les deux cuirassés « Dupleix » et « Jaureguiberry » sans toutefois les couler au large de Lemnos. Il faut vraiment admirer la témérité du capitaine boche ! Espérons qu’on arrivera bientôt à anéantir son sous-marin. Il avait bien préparé son coup pour venir par le détroit et contourner Seddul-Bahr la nuit, pendant notre garde et se mettre à l’affut derrière les paquebots et le matin de prendre pour objectif le cuirassé le plus grand dans le port. Le Majestic avait été construit en 1895, avait 14900 tonnes et une vitesse de 18 nœuds. Le soir à 7 h Charles et moi prenons un bon bain de mer en plongeant du bateau. Le lendemain cependant on nous interdit de nous baigner à cause des requins. Nous passons une bonne nuit dans une cabine de 1ère classe.

Mercredi, le 26 mai 1915 – Débarquement à Seddul-Bahr

Infatigable1

Le remorqueur l’Infatigable

A 4h1/2 on sonne la générale. On nous donne l’ordre de faire vitre nos sacs pour nous embarquer dans le remorqueur « L’infatigable » qui doit nous conduire sur le théâtre des opérations. Nous embarquons à 7h et ne laissons à bord que 8 gardes d’écurie par pièce. On fait cela pour qu’il y ait moins de perte au cas où le paquebot soit coulé. Nous quittons Lemnos à 7h1/4 environ. Pendant le trajet nous voyons des cadavres de chevaux. Après Imbros nous recevons l’ordre de nous baisser sur le bateau car nous sommes à la portée des turcs sur les côtes de l’Asie mineur. Nous passons à l’endroit où la veille le cuirassé anglais « Triumph » fut coulé par des sous-marins allemands. Nous voyons quelques épaves. Vers midi nous entendons les premiers coups de canon. De nombreux cuirassés sont au large. Nous voyons également un biplan français à l’arrivée qui est entouré par les éclatements des obus turcs.

Seddul_bahr1Notre batterie ainsi qu’une partie du 175ème de ligne arrivons à Seddul-Bahr vers 1h à bord du remorqueur. A notre droit à l’horizon s’étend la côte de l’Asie Mineure en de laquelle on aperçoit un village. Sur la hauteur se trouve les ruines du fort de Koum-Kaleh où les français firent leur premier débarquement. Ils n’y restèrent toutefois pas et vinrent s’installer plus tard au-delà du détroit qui peut avoir à cet endroit une largeur de 5 à 6 kilomètres à Seddul-Bahr. C’est ici que nous allons débarquer. Nous entrons dans une large baie devant laquelle une vingtaine de paquebots et environ autant de croiseurs ou cuirassés sont à l’ancre. De nombreux chalands et remorqueurs et canots automobiles font le service de débarquement du port. La côte qui monte en amphithéâtre est pleine de troupes. De grands camps s’étendent tout le long parmi lesquels on distingue de loin facilement les anglais et les français à la différence des tentes. La plage pullule d’hommes et de chevaux, de sorte que ça fait un superbe tableau de campement, surtout sur cette terre dénuée

River_clyde2

Le « River Clyde » échoué sur la plage de Seddul-Bahr

 de tout arbre et inondée d’un soleil de plomb. Par-dessus de tout ça sur la droite se dressent les ruines de Seddul-Bahr. Le premier effet est encore complété par les détonations continuelles qu’on entend de toute part. Nous amarrons et gagnons la terre au moyen d’un pont de planches. Nous sommes tous biens contents de nous trouver de nouveau sur le plancher des vaches, après avoir passé 6 jours ½ sur le bateau.
Nous déposons nos sacs sur la plage en attendant que nos officiers nous donnent des ordres… pour installer notre campement. Le camp est très animé malgré la chaleur torride sur la côte. Des soldats et des officiers de toute arme circulent. Ils sont presque tous en uniforme kaki, avec un casque colonial. Nous leur causons et ils nous racontent que le front turc est à 6 ou 7 km de là. Ils reçoivent de temps à autre des obus à proximité du camp mais leurs pointeurs ne valent rien. La partie droite du front est occupée par les Français, le milieu par les Anglais et la gauche vers le golfe de Saros par les Australiens.
J’admire surtout le grand courage des Anglais, en considérant la façon dont ils ont occupé ce bout de terrain…je ne vois pas un peuple qui aurait fait preuve de tant de sang-froid. Le 25 avril, ils lancèrent à toute vitesse le paquebot à une cheminée avec 3000 fantassins à bord, munis de mitrailleuses installées à bord dans des créneaux pour faire l’assaut du fort. Les Turcs y étaient installés dans des tranchées qui allaient jusqu’à la mer et qui étaient entourées de fils de fer barbelés. Ils lancèrent donc à toute vitesse le paquebot contre la plage et le mirent ainsi à sec. Aussitôt les anglais sautèrent à l’eau sous le feu des turcs et gagnèrent le rivage à la nage et prirent ensuite d’assaut les tranchées et le fort et arrivèrent à avoir le dessus après 6 heures de combat acharné, pendant lesquelles 900 hommes furent tués.
Nous montons ensuite sur la crête pour y installer une batterie de 155. De la haut on voit la plaine au bout de laquelle se trouve une montagne où sont les 1ères lignes tuques.
Seddul_bahrA nos pieds nous voyons de nombreuses batteries de 75 et des troupes dans des tranchées de toutes parts. A ce moment des obus tombent à quelques centaines de mètres de nous. Nous continuons et visitons le village derrière le fort, complètement en ruines.
Le « Dumbea », entre temps, a jeté l’ancre à environ 600 m du rivage. Il est 4 h du soir et il commence à débarquer. A ce moment, nous autres sommes sur le rivage en attendant qu’on nous donne des ordres. Nos 155 tirent toujours. De nombreux aéroplanes passent au-dessus du camp. Les turcs essaient de les atteindre avec leurs obus de 77. Les éclatements ne se produisent qu’à une grande distance.
Vers 4h1/2 les Turcs bombardent le camp avec leurs batteries. On entend bien venir l’obus. Les deux premiers éclatent près des ruines du fort à 200 m devant nous à quelques minutes d’intervalle. Un 3ème obus passe au-dessus de nos têtes et éclate à 50 m devant nous, sans avoir beaucoup d’efficacité. Le matin même un autre obus était tombé juste à côté du « River Clyde » qui est toujours sur la plage, tout criblé de balles, emblème du courage anglais.
A 5 h nous embarquons à bord d’un petit remorqueur pour aller soit disant faire une corvée pour le débarquement. Arrivés au Dumbéa on nous annonce que tous les conducteurs retournent à Lemnos avec leurs chevaux… Cette décision a été prise parce qu’il n’y avait pas de place pour nos chevaux et aussi qu’on n’en avait pas besoin en raison de la proximité du tir…du camp.
Nous sommes donc obligés de retourner d’abord sur la plage pour chercher nos paquetages. Avant de retourner nous assistons au débarquement du matériel sur de grands chalands amenés au rivage par des remorqueurs…
A la tombée de la nuit nous regagnons le camp à bord d’un canot automobile qui fait 15 nœuds à l’heure. Nous prenons nos affaires et revenons à bord du Dumbéa. Nous avons une superbe claire de lune.
La nuit Charles et moi sommes de garde à l’arrière du bateau pour signaler par des fusées rouges au commandant au cas où l’on verrait un sous-marin. Il ne se produit rien et à la pointe du jour, je vais me reposer dans une cabine de 2ème classe en 1ère cale.

Carte_lemnos

 

Mardi, le 25 mai 1915

Rade_lemnos2

Rade de Lemnos mai 1915

Après une bonne nuit, je me lève à 5h1/2. Nous n’apercevons pas d’île à l’horizon. On se dirige vers le nord. La mer est un peu plus agitée que les autres jours. A 8h nous passons au large de Chios que nous laissons à notre droite. Les crochets mystérieux que nous faisions dans la mer Ionienne étaient pour éviter les sous-marins autrichiens. A 11h nous aurions dû voir Mytilène à notre droite, s’il n’y avait pas eu de nuages. A gauche s’étend l’île de Strati et tout à l’horizon on voit les deux pointes de Lemnos où nous allons sans doute nous arrêter pour débarquer les 400 fantassins du 175ème de ligne qui ont fait la traversée avec nous. Nous approchons de plus en plus de Lemnos. A l’entrée du port, un torpilleur garde-côte s’arrête auprès de nous pour régler les formalités avec le commandant du bateau. Au moment où nous jetons l’ancre « La France » le grand paquebot transatlantique quitte le port. Un autre bateau rempli de zouaves se dirige vers les Dardanelles et quitte le port au son de la Marseillaise. Paquebot_LaFranceLe port est plein de paquebots, cuirassés et torpilleurs français et anglais. Lemnos est somme toute le dépôt et le port d’attache du corps expéditionnaire d’Orient. L’île, elle-même, a l’air assez neutre. Le mouvement dans le port est cependant assez intéressant. Des bateaux viennent et partent continuellement. Nous restons en rade en attendant les ordres. On nous annonce dans la soirée que l’Italie avait enfin déclaré la guerre à l’Allemagne et ses alliés. Nous passons une soirée des plus agréables à contempler les nombreux cuirassés et croiseurs qui reviennent du théâtre des opérations. C’est merveilleux comme coup d’œil. Parmi les cuirassés, il y en a un qui revient avec le mât arrière tout amoché. L’avant à également l’air abîmé.

Lundi, le 24 mai 1915

cote_crete

Cotes Crètoises

Au réveil à 5h1/2 nous voyons à notre gauche l’île de Crête dans toute sa splendeur. C’est une île très montagneuse. Les cimes de quelques-unes de ces montagnes sont même couvertes de neige. Je suppose qu’on va contourner l’île pour entrer dans la mer Egée c’est vraiment dommage que nous n’ayons pas de carte et d’histoire ancienne pour nous remémorer l’histoire de chacune de ces îles que je connaissais autrefois assez pour avoir lu et relu l’Odyssée et l’Iliade. A 10h1/2 nous prenons la direction nord après être arrivés au bout de la Crête que nous avons longée toute la matinée. L’île n’est couverte, somme toute, rien que de montagnes sur environ 200 à 250 km de long. En virant à gauche nous la contournons et laissons à midi à notre droite une autre île. La mer est toujours très calme, le ciel se couvre cependant de nuages. Les nouvelles du front que nous recevons par télégraphie sans fil sont bonnes ! Dans l’après-midi des marsouins font la course pendant 10 minutes devant le bateau. Ceux sont des bêtes d’1m50 de long environ qui sont d’une agilité surprenante. Entre temps, cependant le ciel s’obscurcie de plus en plus et vers 6 heures un vent terrible se lève. Il pleut un peu et nous croyons tous à une tempête. Ça se calme pourtant vers 7 h. Nous assistons à un superbe coucher de soleil à notre gauche vers l’avant, tandis que ces derniers jours il se couchait juste derrière notre bateau. Nous sommes entourés d’îles de toutes parts. Nous allons nous coucher à 9 h.

Dimanche, le 23 mai 1915

Pont_dumbea

Pont promenade du Dumbea

Quatrième jour de notre traversée ! La mer est de plus en plus calme et le temps est superbe. Réveil comme d’habitude à 5h1/2. Après avoir absorbé le jus je me débarbouille tant bien que mal car l’eau douce n’est pas à profusion à bord. Ensuite je vais prendre l’air sur le pont pendant une demi-heure. A 7 h on va au travail. On  nettoie les écuries de nos chevaux qui se trouvent dans des box en deuxième cale. Le fumier est jeté à la mer par des lucarnes. Après avoir fait boire et manger nos chevaux nous remontons sur le pont et prenons la soupe à 10 h. De nombreux marsouins suivent le bateau et nous nous amusons à admirer leurs sauts. L’après-midi à 2 h les officiers s’assurent que nous avons tous des ceintures de sauvetage et nous désignent les embarcations ou radeaux dans le cas où notre bateau serait torpillé ou coulé par une mine flottante. Nous entrons à présent dans la zone dangereuse, la zone de guerre. Nous dirigeons vers l’est-nord-est vers l’île de Crête que nous verrons sans doute vers 11 heures. Le soir on met une garde de 12 hommes à l’avant du bateau pour tirer contre les aéroplanes le cas échéant. Nous passons le reste de la soirée sur le pont dans notre tenue légère annuelle : pantalon de treillis, sans veste. Le temps est si doux que l’on se trouve à merveille dans cette tenue. Nous allons nous coucher vers 10 heures. Je suis au troisième étage et roupille bien.

Samedi, le 22 mai 1915

route

Route du Dumbea en Méditerranée

La nuit se passe bien. Au matin la mer est toujours calme. Vers 9 h nous voyons à notre gauche une grande et longue île rocailleuse qui est l’île de Malte. Nous nous dirigeons en ce moment vers le sud-est. Notre dîner se compose de bœuf avec lentilles, d’un quart de vin et d’un quart de boule de pain. Après le dîner je fais une bonne sieste sur le pont. De nombreux marsouins suivent notre bateau. Le soir on se dirige en plein vers l’est. Nous restons sur le pont jusqu’après le coucher du soleil à 7h1/2. Nous sommes installés sur l’avant-pont par terre sur nos couvertures et jouissons du bon air et d’une légère brise tout en causant du passé et de l’avenir. Il ne me semble pas que nous allons nous battre. Le voyage me fait tout à fait l’effet d’un voyage d’agrément. On vit continuellement le présent et de cette façon le voyage est des plus agréable car les jours sont riches en impression. Tout en goûtant ainsi les agréments du voyage en mer par un temps idéal, nous entendons les matelots qui racontent leurs aventures. Poursuivre la lecture ‘Samedi, le 22 mai 1915′

Vendredi, 21 mai 1915

Cabine_dumbea

Cabine de 3ème classe du Dumbea

La nuit se passe très bien. Edouard a eu un peu le mal de mer. A 3h1/4 nous passons en vue de la Sardaigne. La nourriture à bord n’est pas trop mauvaise. La mer est très calme. Dans la soirée nous passons en vue du cap Bon. Nous longeons la côte tunisienne pendant plusieurs heures. Pendant la journée plusieurs paquebots passent au large. Notre bateau a deux cheminées et marche à 13 nœuds à l’heure (le nœud équivaut à 1850 m). Cela fait donc environ 24 km à l’heure. A 7 h1/2 nous voyons un phare sur la côte africaine. A 8 h je vais me coucher. Nous sommes dans une cabine de 3ème classe pour 9 poilus. C’est guère confortable.

1...3334353637...46

CARNETS DE GUERRE

Carnet

Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

Mois après mois

PAGE FACEBOOK

ARCHIVES EUROPEENNES

Europeana

Page consacrée à Jean-Paul Hédrich sur le site européen des archives de la guerre de 14-18
http://europeana1914-1918.eu/fr/contributions/14458

JPHM200814

Jean-Paul à Mulhouse en août 14

JPHsept14

Jean-Paul à Lyon en septembre 1914

JPH_Grenoble

Jean-Paul à Grenoble mars 1915

JPH118

Jean-Paul à la Rochelle février 1916


Tradern mum |
Quideroulelefil |
Geneamoi |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Happylife59
| Comparatif orthodontistes à...
| Tribulationsdunemamanquidec...