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Mardi, le 25 mai 1915

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Rade de Lemnos mai 1915

Après une bonne nuit, je me lève à 5h1/2. Nous n’apercevons pas d’île à l’horizon. On se dirige vers le nord. La mer est un peu plus agitée que les autres jours. A 8h nous passons au large de Chios que nous laissons à notre droite. Les crochets mystérieux que nous faisions dans la mer Ionienne étaient pour éviter les sous-marins autrichiens. A 11h nous aurions dû voir Mytilène à notre droite, s’il n’y avait pas eu de nuages. A gauche s’étend l’île de Strati et tout à l’horizon on voit les deux pointes de Lemnos où nous allons sans doute nous arrêter pour débarquer les 400 fantassins du 175ème de ligne qui ont fait la traversée avec nous. Nous approchons de plus en plus de Lemnos. A l’entrée du port, un torpilleur garde-côte s’arrête auprès de nous pour régler les formalités avec le commandant du bateau. Au moment où nous jetons l’ancre « La France » le grand paquebot transatlantique quitte le port. Un autre bateau rempli de zouaves se dirige vers les Dardanelles et quitte le port au son de la Marseillaise. Paquebot_LaFranceLe port est plein de paquebots, cuirassés et torpilleurs français et anglais. Lemnos est somme toute le dépôt et le port d’attache du corps expéditionnaire d’Orient. L’île, elle-même, a l’air assez neutre. Le mouvement dans le port est cependant assez intéressant. Des bateaux viennent et partent continuellement. Nous restons en rade en attendant les ordres. On nous annonce dans la soirée que l’Italie avait enfin déclaré la guerre à l’Allemagne et ses alliés. Nous passons une soirée des plus agréables à contempler les nombreux cuirassés et croiseurs qui reviennent du théâtre des opérations. C’est merveilleux comme coup d’œil. Parmi les cuirassés, il y en a un qui revient avec le mât arrière tout amoché. L’avant à également l’air abîmé.

Lundi, le 24 mai 1915

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Cotes Crètoises

Au réveil à 5h1/2 nous voyons à notre gauche l’île de Crête dans toute sa splendeur. C’est une île très montagneuse. Les cimes de quelques-unes de ces montagnes sont même couvertes de neige. Je suppose qu’on va contourner l’île pour entrer dans la mer Egée c’est vraiment dommage que nous n’ayons pas de carte et d’histoire ancienne pour nous remémorer l’histoire de chacune de ces îles que je connaissais autrefois assez pour avoir lu et relu l’Odyssée et l’Iliade. A 10h1/2 nous prenons la direction nord après être arrivés au bout de la Crête que nous avons longée toute la matinée. L’île n’est couverte, somme toute, rien que de montagnes sur environ 200 à 250 km de long. En virant à gauche nous la contournons et laissons à midi à notre droite une autre île. La mer est toujours très calme, le ciel se couvre cependant de nuages. Les nouvelles du front que nous recevons par télégraphie sans fil sont bonnes ! Dans l’après-midi des marsouins font la course pendant 10 minutes devant le bateau. Ceux sont des bêtes d’1m50 de long environ qui sont d’une agilité surprenante. Entre temps, cependant le ciel s’obscurcie de plus en plus et vers 6 heures un vent terrible se lève. Il pleut un peu et nous croyons tous à une tempête. Ça se calme pourtant vers 7 h. Nous assistons à un superbe coucher de soleil à notre gauche vers l’avant, tandis que ces derniers jours il se couchait juste derrière notre bateau. Nous sommes entourés d’îles de toutes parts. Nous allons nous coucher à 9 h.

Dimanche, le 23 mai 1915

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Pont promenade du Dumbea

Quatrième jour de notre traversée ! La mer est de plus en plus calme et le temps est superbe. Réveil comme d’habitude à 5h1/2. Après avoir absorbé le jus je me débarbouille tant bien que mal car l’eau douce n’est pas à profusion à bord. Ensuite je vais prendre l’air sur le pont pendant une demi-heure. A 7 h on va au travail. On  nettoie les écuries de nos chevaux qui se trouvent dans des box en deuxième cale. Le fumier est jeté à la mer par des lucarnes. Après avoir fait boire et manger nos chevaux nous remontons sur le pont et prenons la soupe à 10 h. De nombreux marsouins suivent le bateau et nous nous amusons à admirer leurs sauts. L’après-midi à 2 h les officiers s’assurent que nous avons tous des ceintures de sauvetage et nous désignent les embarcations ou radeaux dans le cas où notre bateau serait torpillé ou coulé par une mine flottante. Nous entrons à présent dans la zone dangereuse, la zone de guerre. Nous dirigeons vers l’est-nord-est vers l’île de Crête que nous verrons sans doute vers 11 heures. Le soir on met une garde de 12 hommes à l’avant du bateau pour tirer contre les aéroplanes le cas échéant. Nous passons le reste de la soirée sur le pont dans notre tenue légère annuelle : pantalon de treillis, sans veste. Le temps est si doux que l’on se trouve à merveille dans cette tenue. Nous allons nous coucher vers 10 heures. Je suis au troisième étage et roupille bien.

Samedi, le 22 mai 1915

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Route du Dumbea en Méditerranée

La nuit se passe bien. Au matin la mer est toujours calme. Vers 9 h nous voyons à notre gauche une grande et longue île rocailleuse qui est l’île de Malte. Nous nous dirigeons en ce moment vers le sud-est. Notre dîner se compose de bœuf avec lentilles, d’un quart de vin et d’un quart de boule de pain. Après le dîner je fais une bonne sieste sur le pont. De nombreux marsouins suivent notre bateau. Le soir on se dirige en plein vers l’est. Nous restons sur le pont jusqu’après le coucher du soleil à 7h1/2. Nous sommes installés sur l’avant-pont par terre sur nos couvertures et jouissons du bon air et d’une légère brise tout en causant du passé et de l’avenir. Il ne me semble pas que nous allons nous battre. Le voyage me fait tout à fait l’effet d’un voyage d’agrément. On vit continuellement le présent et de cette façon le voyage est des plus agréable car les jours sont riches en impression. Tout en goûtant ainsi les agréments du voyage en mer par un temps idéal, nous entendons les matelots qui racontent leurs aventures. Poursuivre la lecture ‘Samedi, le 22 mai 1915′

Vendredi, 21 mai 1915

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Cabine de 3ème classe du Dumbea

La nuit se passe très bien. Edouard a eu un peu le mal de mer. A 3h1/4 nous passons en vue de la Sardaigne. La nourriture à bord n’est pas trop mauvaise. La mer est très calme. Dans la soirée nous passons en vue du cap Bon. Nous longeons la côte tunisienne pendant plusieurs heures. Pendant la journée plusieurs paquebots passent au large. Notre bateau a deux cheminées et marche à 13 nœuds à l’heure (le nœud équivaut à 1850 m). Cela fait donc environ 24 km à l’heure. A 7 h1/2 nous voyons un phare sur la côte africaine. A 8 h je vais me coucher. Nous sommes dans une cabine de 3ème classe pour 9 poilus. C’est guère confortable.

Jeudi 20 mai 1915 – L’appareillage

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Le Dumbea

Nous levons l’ancre à 2 h du matin dans la nuit noire. Comme garde d’écurie, je m’étais endormi et me réveille qu’à 3 h. Je monte sur le pont et la mer qui nous entoure me fait une profonde impression. A l’horizon, derrière nous, on voit encore vaguement la côte dans la brume matinale. C’est à ce moment que je me dis ma nouvelle patrie pour ne peut-être ne plus jamais la revoir. Quoique je sois heureux au possible d’aller vers la gloire et de me donner tout entier à la France. Une ombre se fait dans mon bonheur indescriptible. Oui en quittant la Patrie je quitte en même temps mes bien chers parents pour une destination encore inconnue. Mais certainement pour faire un voyage qui sera long et dont nous ne reviendrons pas de sitôt ou peut-être jamais ! Ces chers parents que nous avons quittés il y a bientôt neuf mois en pensant les revoir quelques jours après. Si nous avions pu savoir à notre départ précipité de la maison que la séparation durerait des mois et des mois et qu’elle serait encore plus longue par cette campagne en pays étranger, oui si nous avions pu prévoir nous aurions certainement quitté nos parents et notre sœur dans une longue étreinte qui aurait plus dit que beaucoup de paroles et de larmes. Lorsqu’ils apprendront que nous sommes allés combattre les alliés de ces traitres de boches qui les ont fait souffrir depuis le 25 août 1914. Oui en apprenant notre départ pour les Dardanelles ils seront fiers de leurs fils et mettront le devoir de la Patrie au-dessus de l’amour filiale. La nuit se passe très bien. Au réveil nous sommes déjà en haute mer. Nous avons un temps superbe. A 8 h nous faisons l’abreuvoir. Nous passons le reste de la journée sur le pont en plein air.

Mercredi, le 19 mai 1915 – L’embarquement

DumbeaRéveil à 3 h1/2 ; On harnache nos chevaux en vitesse. Et on va à la guerre. L’embarquement à bord du « Dumbea » dure toute la journée. Tout s’effectue au moyen de grandes grues. Les chevaux sont embarqués un par un avec de grandes ceintures qu’on leur passe sous le vente. Les canons sont à fond de cale, tandis que les voitures à munition sont sur le pont. Pour le premier soir nous sommes de garde d‘écurie  à bord.

Embarquement_chevaux

Du 17 au 18 mai 1915

Lundi, le 17 mai 1915

Nous faisons de la batterie attelée. Nos chevaux marchent très bien.

 

Mardi, le 18 mai 1915

Préparatifs de départ pour le lendemain. Le soir nous faisons notre correspondance.

Dimanche, le 16 mai 1915

Notre_dameNous allons à Notre Dame de la Garde à cheval. Le soir nous allons voir le port de la Joliette et ensuite nous allons prendre un bon bain de mer. Après l’abreuvoir nous allons souper et passer une agréable soirée en ville. Comme par hasard nous rencontrons Mme Kraft de la Saulx qui est à Marseille avec sa famille depuis le début de la guerre. Elle nous invite à souper le lendemain.

Vendredi 14 et samedi 15 mai 1915

PteRouge

Pointe Rouge

Nous faisons une belle promenade à cheval à la Pointe Rouge et voyons bien pour la première fois la mer qui est d’un bleu foncé.

 

Samedi, le 15 mai 1915

Rien de spécial

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CARNETS DE GUERRE

Carnet

Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

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