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4 juin 1918

Canon155c84 juin 1918

7e gr. Du 107

S.P. 79*

Chers Oncle et Tante,

Tout va bien. Ecrirai plus longuement sous peu. Les Boches sont stabilisés pour le moment et on va leur faire payer cher leur avance. En attendant c’est plus intéressant de faire la guerre en rase campagne qu’en tranchées. Je vous embrasse tous très fort. Votre dévoué neveu.

Jean-Paul

* Du 3 au 8 juin, les trois batteries du 107ème RAL sont installées à la sortie nord de Fleury-la-Rivière (Nord de Damery – Marne), vers la route Fleury – Nanteuil-la-Fosse, où elles exécutent quelques tirs pour le compte de la 41e division.

Position donnée d’après l’histoire du 107 RAL. La censure militaire n’autorisait pas d’indiquer ce renseignement dans les courriers en provenance du front.

31 mai 1918

JP_mai18 005

Photo de Jean-Paul

 Marne, Le vendredi soir 31 mai 1918*

Chers Oncle et Tante

Nous voilà en route pour l’inconnu et sous peu nous allons recevoir (le baptême du feu si je peux m’exprimer ainsi car la plupart d’entre nous a été au feu) – Cela va barder car nous sommes prêts à aller à la rencontre de ces maudits Boches qui ont avancé dans l’Aisne. Je crains que ce coup d’audace leur coûte cher car ils avancent en pointe et s’ils n’éprouvent pas de résistance énorme pour le moment on leur donnera du fil à retordre sous peu – J’ai beaucoup de travail pour le moment étant seul avec mon lieutenant à la batterie – Les étapes* sont très pénibles par ce soleil brûlant et cette poussière. Enfin le moral est bon quoi qu’on ait de durs moments en prévision. Je t’ai expédié mon tricot hier, chère Tante.

Recevez tous de gros baisers. Votre dévoué neveu.

Jean-Paul

*L’instruction étant jugée suffisante, le 7ème groupe quitte Arcis-sur-Aube le 31 mai, et se rend par étapes (Gourgançon, Fromantière) à Vauciennes où il arrive le 2 juin. (Informations tirées de l’Histoire du 107e RAL)

Le 29 mai 1918

Mai18a

Photo de Jean-Paul

Mercredi soir, le 29 mai 1918

Bien chère Tante,

 Un mot pour te remercier de ta carte lettre qui m’a fait bien plaisir. Merci également pour ma plaque d’identité. C’est réellement pas malin du type d’écorcher mon nom ainsi. Enfin tant pis ! Ici rien de neuf : beaucoup de travail en vue du départ. L’offensive boche est navrante. Ah que je regrette de n’avoir pas été de la partie ! Il me tarde de cogner sur les Boches après ce long séjour à l’arrière ! J’attends des nouvelles de Charles ! C’est aujourd’hui que cette pauvre tante Emma a été opérée, j’ai bien pensé à elle et espère que tout s’est bien passé ! Je termine, chère Tante, en te priant de dire à Oncle Georges de m’expédier 50 francs. J’ai eu beaucoup d’achats à faire et préfère ne pas être à court. Si j’avais pu prévoir ces frais, je les aurais demandés à oncle Georges en partant !

Gros baisers, chère Tante, pour oncle Georges, Emma, Jean et Paul ainsi que pour toi, ton neveu qui t’aime

Jean-Paul

Le 25 mai 1918

JP_Mai1918

Jean-Paul, aspirant, en permission mai 1918

 Bien chère Tante,

 Je t’adresse à la hâte ces quelques lignes pour te dire que je suis en possession de mes bottes et de mes couvertures depuis hier soir. Tout est en parfait état.

Rien de fixé pour notre départ, mais nous sommes prêts ! Au reste rien de neuf sauf que mon état de proposition au grade de sous-lieutenant est parti au ministère ce soir avec avis favorable ! Je ne pensais pas que cela irait si vite ! Enfin même si elle est ratifiée de suite cela ne m’avance en rien, car je ne prendrai rang que le 15 juillet. Je termine en vous embrassant tous bien.

Affectueusement. Votre neveu dévoué.

Jean-Paul

Jeudi, le 23 mai 1918 – Retour de permission

repasBien chers Oncle et Tante,

Je suis arrivé à destination hier soir après avoir passé à Troyes. Comme à Lyon il y fait excessivement chaud et pour comble de malheur on ne sert pas à boire aux militaires dans la journée aussi j’avais hâte d’être rendu à notre popote si hospitalière. Comme je l’escomptai les dernières écoles à feu eurent lieu hier et le groupe était sur le point de faire une rentrée triomphale dans le pays devant les braves gens qui nous hébergent depuis bientôt deux mois lorsque je débarquai. Je coupai donc juste à cette corvée qui n’a rien de captivant par cette chaleur torride et d’autre part je tombai juste à point pour assister à un repas de Sardanapale organisé pour fêter les dernières écoles à feu.

Le menu qui suit est assez éloquent pour que je me dispense de commentaire :

Potage perlé
Vol-au-vent aux champignons
Poulet cocotte
Salade
Artichauts
Camembert
Omelette au rhum
Crème au chocolat
Gâteau biscuité

Le tout arrosé de nombreuses bouteilles de Graves, Médoc et de Bourgogne, sans oublier le Cognac et la Vieille Cure !

Bref cela a été radical comme remède pour me remettre des émotions de voyage ! – Rien de neuf au groupe. Nous comptons partir vers le 2 juin. Tous mes camarades vont bien ainsi que M. et Mme Michard. Selon mes habitudes j’ai trouvé un fort courrier pour moi , entre autres une lettre de Nini qui est toujours au Cannet. Mes bottes ne sont pas encore arrivées mais je pense qu’elles ne tarderont pas à me rejoindre. Soyez assurés en terminant, chers Oncle et Tante, de mes remerciements les plus sincères pour les bonnes journées de repos que je viens de passer parmi vous et recevez de gros baisers, ainsi qu’Emma et Jean, de votre neveu qui vous aime bien.

Jean-Paul

Jeudi, le 9 mai 1918

LivretBien chère Tante,

J’ai reçu aujourd’hui mon stylo et t’en remercie bien. La réparation a été vite faite. J’avais expédié le stylo avec une bague pour le tenir en poche. Le fabriquant a dû la garder aussi je vous serai obligé de lui réclamer !

Ici rien de neuf. Je ne puis vous écrire longuement étant fort occupé par la rédaction d’un livret aide-mémoire, destiné à initier mon commandant de batterie dans les mystères de l’artillerie lourde !

Il pleut continuellement ici depuis quelques jours, mais cela nous est assez indifférent car nous sommes loin d’être prêt à partir. Je compte pour la fin du mois.

Jean pourrait-il me trouver des pellicules pour West-Pocket ?!!! Affectueux baisers à tous.

Jean-Paul

Le 29 Avril 1918

Canon155Aux armées

 Bien chère Tante,

Je viens de recevoir ta lettre du 10 avril contenant une longue lettre de Charles ; et ne m’explique pas de long retard, surtout que l’adresse était bien mise. Hier j’ai reçu ton mot m’annonçant l’entrée de Tante Emma à l’hôpital. Je comptais recevoir une lettre aujourd’hui m’annonçant le résultat de l’opération ! J’espère que tout s’est passé selon les prévisions des Docteurs ! Pauvre Tante Emma ; c’est de bien pénibles moments qu’elle passe !

Ici rien de neuf sauf qu’il y a un important mouvement de troupes italiennes !?! En ce qui concerne le groupe nous continuons à faire de l’instruction intensive en vue de notre prochaine entrée en action dans cette phase importante de la grande guerre. Nous comptons plier bagages vers le 12 mai ! Quant aux permissions il ne faut pas y songer pour le moment étant donné le pourcentage extrêmement réduit accordé ! D’ailleurs je ne suis pas des premiers, comme nous venons presque tous de Bleau. D’autre part les armes sont assez indifférentes au Commandant car il a toujours son épouse ici ! C’est d’ailleurs charmant car elle est assez exubérante et égaye la table pendant le repas !

Je termine, chère Tante, en te chargeant de gros baisers pour toute la famille, y compris oncle Bull et cousin Gérard des quels j’ai beaucoup à me faire pardonner ne leur ayant pas donné de mes nouvelles depuis une éternité !

Votre dévoué neveu

Jean-Paul

P.S. Je t’adresse par le même courrier mon stylo que je te prie de faire réparer et de me réexpédier le plus tôt possible ! Il perd par le bas !

Samedi, le 20 avril 1918

Cavalier17/107.  SP. 29bis

Mon cher Jean,

Ta gentille lettre du 10 cr. reçu avant-hier m’a fait bien plaisir. Je suis également en possession du parquet, contenant les cartes, les biscuits et les chocolats qui ont été fort appréciés et dont je vous remercie bien sincèrement. J’ai bien regretté de ne pouvoir me faire adresser mes bottes mais j’espère qu’on ne tardera pas à autoriser l’expédition de colis au front, car je n’ai pas d’autre moyen. Ici peu de changement. Je continue à m’occuper de l’instruction des hommes de ma batterie pour en faire des artilleurs de premier choix. Notre première école à feu a eu lieu cette semaine et nous en sommes rentrés satisfaits car nos hommes sont déjà bien à la page ! Au reste je monte beaucoup à cheval et fais force promenades à cheval. Je te charge de gros baisers pour tout le monde. Ton cousin dévoué.

Jean-Paul

Lundi soir, le 15 Avril 1918

50Francs7/107/SP29bis*

Mon cher Jean,

 Je viens de toucher le mandat de 50 frs** que tu m’as expédié le 8 cr. Je t’adresse ces quelques lignes pour t’en accuser réception et te prier d’en remercier oncle Georges. J’ai également reçu la lettre du 8 cr de Tante Jeanne hier ! Je suis certain qu’il y a une quantité de lettres en route pour moi, mais je n’ai pas à me plaindre car j’ai des camarades qui n’ont pas eu de lettres depuis le départ de Bleau (3 semaines). Ici il pleut continuellement mais malgré cela on fait bien passer le temps !

Tu serais bien aimable de dire à tante Jeanne de m’expédier ma paillasse et mes couvertures si possible. Cela me sera bien utile quand nous partirons. Le costume foncé expédié à Bleau est en effet hors de service mais je le renvoi car il appartient à Charles et j’ignore ce qu’il voulait en faire. Je t’embrasse bien affectueusement. Ton dévoué cousin.

Jean-Paul

J’espère que vous avez eu ma carte dans laquelle je demandai mes bottes.

*à St Etienne (Arcis sur Aube) Formation au 7ème groupe du 107ème RAL

**50 Frs 1918 équivaut à environ 75 € 2018

Le 13 avril 1918

JP_cheval

Jean-Paul à cheval

Aux Armées*,

Bien chers Oncle et Tante,

Je suis toujours sans nouvelle de vous et attends avec impatience mes lettres qui ont dû rester en souffrance quelque part. J’ai juste reçu depuis mon arrivée ici deux lettres que vous m’aviez fait suivre. L’une de ces lettres était écrite par Mr André Bley, ingénieur des mines à Fraisses (Loire). Il prétend être cousin à nous et m’adresse une charmante invitation pour venir le voir à ma prochaine permission. Je lui ai immédiatement répondu pour le remercier !

Je ne vois d’ailleurs pas du tout quel est le degré de parenté qui nous rattache et par qui nous sommes parents. J’ai uniquement souvenance des Bley qui habitaient à proximité de Barr ! Je crois même me rappeler que Mr Bley était un grand amateur et cultivateur de roses et d’autre part je me rappelle assez bien leur fille – Suzanne, je crois – qui était très grande et de teint bronzé !?! Nous étions allés les voir chez eux quelques années avant la guerre en 1909 environ ! Vous devez certes être mieux au courant que moi là-dessus et vous serai obligé de m’en faire part !!

Ici rien de bien neuf. Je continue à faire de l’instruction intensive à mes hommes. Et, nous-même, les cadres, nous suivons des cours assez instructifs au centre qui se trouvent à 8 km d’ici. La semaine prochaine nous avons une école à feu au programme, ainsi mon nouveau groupe tachera d’être à la hauteur de sa tâche. Je vais fréquemment à Arcis à cheval ; plutôt pour entrainer mon cheval que par curiosité car Arcis n’a rien d’attrayant ! En attendant avec impatience de vos nouvelles je vous embrasse bien affectueusement ainsi qu’Emma, Jean et Paul.

Votre dévoué neveu.

Jean-Paul

*à St Etienne (Arcis sur Aube) Formation au 7ème groupe du 107ème RAL

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CARNETS DE GUERRE

Carnet

Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

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Page consacrée à Jean-Paul Hédrich sur le site européen des archives de la guerre de 14-18
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Jean-Paul à Mulhouse en août 14

JPHsept14

Jean-Paul à Lyon en septembre 1914

JPH_Grenoble

Jean-Paul à Grenoble mars 1915

JPH118

Jean-Paul à la Rochelle février 1916

JP_mars18a

Jean-Paul en permission Lyon décembre 1917

JPHsLt

Jean-Paul Sous-Lieutenant en juillet 1918


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