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Le 10 Août 1918

GeorgesLutzius1

Georges Lutzius

Aux Armées*

 Cher Paul,

Merci pour ta gentille carte. Je comprends ton grand chagrin** et partage votre douleur à tous. Avez-vous eu des détails ? Ici cela barde toujours et j’ai beaucoup de travail. Je viens de passer 3 nuits blanches. Déménagements, tirs, etc… Je te laisse mon cher Paul en t’embrassant affectueusement ainsi qu’à vous tous. Votre dévoué.

Jean-Paul

* En position au Nord de Courville (Fismes)

** il s’agit de la mort du frère de Paul et cousin de Jean-Paul, Georges Lutzius, pilote tué en opération voir http://jphedrichmalherbe.unblog.fr/2018/07/16/le-16-juillet-1918-disparition-de-georges-lutzius

 

Le 4 Août 1918

19180804 (2)

Mardi, 30 juillet 1918

JPHsLtAux Armées*,

Bien chères Tantes,

Merci pour vos bonnes et longues nouvelles reçues à l’instant. Je vous remercie avant tout de tout cœur pour vos chaleureuses félicitations à l’occasion de l’obtention de cette nouvelle ficelle ! Je viens de « l’arroser » copieusement auprès de mon Commandant de batterie et de mon Commandant de groupe que j’avais invité à cette occasion. Jusqu’à présent nos nombreuses occupations en raison de l’avance nous absorbaient trop pour que nous puissions songer à cette petite fête. Nous voilà un peu retirés du front immédiat, pour nous reformer après les sérieuses pertes subies et aussi dès hier nous nous sommes ravitaillés en sorte qu’aujourd’hui j’ai pu offrir à ces Messieurs, le dîner dont voici le menu :

Hors d’œuvre : – Sardines
                     -        Saucisson
                    -        Beurre
Rognon au vin blanc et champignons
Filet de porc rôti
Pommes de terre frites
Dessert :      -     fromage
                   -        Tarte anglaise
                   -        Poires au sirop
Café, Liqueurs
Vins :     – St Estèphe
             -        Graves
Champagne Heidsick

 Inutile de vous dire qu’on a fait honneur à tous ces plats ainsi qu’aux vins. Le biscuit arrivé hier tombait d’ailleurs juste à point pour être servi avec le Champagne et n’a d’ailleurs mas manqué d’être apprécié à sa juste valeur. Merci encore pour ce paquet. Au reste rien de bien neuf. Mon Commandant de batterie, le Lt Denailly, part en perme demain, aussi avec ma nouvelle ficelle je vais en même temps assurer ses fonctions !

J’ai été heureux d’apprendre que Jean allait à Bleau d’ici quinze jour et que d’autre part Paul songeait à s’engager. J’espère que vous avez eu des nouvelles de Georges et qu’il ne va pas tarder à venir en perme !

Quant à l’échec d’Emma j’en ai été désolé et j’espère bien qu’elle ne se fait pas de mauvais sang pour cela ! Qu’elle se repose et une autre fois elle réussira c’est une question de chance !

Le repos qu’oncle Paul doit prendre à Chatel-Guyon ne peut lui faire que du bien après ces pénibles mois de labeur et de soucis !

Je termine, bien chères Tantes, en vous chargeant de gros baisers pour toute la famille, y compris oncle Bull ; votre tout dévoué neveu qui vous aime bien.

Jean-Paul

*Le groupe est au repos à Marizy-Saint-Mard (Montron) dans l’Aisne

Dimanche, 28 juillet 1918 – Déplacement vers l’arrière

Mise en batterie15 heures

Chers Oncles et Tantes,

Nous continuons à progresser sérieusement. Nous avons franchi l’Ourcq ce matin et nous nous sommes emparés de Fère-en-Tardenois. Les Boches ont beaucoup de pertes et nous avons capturé une quantité de matériel y compris une Grosse Bertha qui tirait sur Paris.

Nous nous déplaçons cette nuit vers l’arrière pour nous reformer et cela me contrarie car j’aurai aimé continuer à zigouiller des Boches ! J’espère que nous ne tardons pas remonter en ligne !

Je viens de recevoir des nouvelles de Charles aux quelles était jointe la lettre de Maman. Elle est bien triste cette missive et ils ont l’air bien malheureux les pauvres. Quand donc verrons nous leur délivrance ?!

En ce qui concerne la pension où doit aller France je doute fort que ce soit en Suisse comme à l’air de le dire à Charles. Nini était en pension en Bade un certain temps pour suivre un cours de cuisine. Cela doit être là. D’ailleurs Me Aichinger doit être à Fribourg-en-Brisgau et cela confirmerait mon idée.

Je termine en vous embrassant bien affectueusement, je vous donnerai de nos nouvelles dès mon arrivée au repos qui n’a de repos que ne nom. Dès que nos pertes seront comblées je compte remettre cela et d’autant plus fort. Pas de pitié pour les Boches !

Affectueusement à vous tous

Jean-Paul

 P.S. Ci-joint la lettre de Maman.

*Position de l’Hermitage à Bézu (aisne)

Le 25 juillet 1918 au soir

Juillet18b

Photo de Jean-Paul

Bien cher Oncle et Tante

Tout va bien. Continuons à talonner les Boches qui réagissent cependant sérieusement. Nous éprouvons des pertes sensibles, mais il faut consentir à ces sacrifices si on veut aller de l’avant. D’ailleurs leurs pertes sont bien plus grandes. On les tient et on les aura. Moral excellent.

Affectueux baisers.

 Jean-Paul

*Position de l’Hermitage à Bézu (Aisne)

Le 20 juillet 1918

29juil18

Photo de Jean-Paul

 Aux Armées*,

Bien chers Oncles et Tantes,

 Les journaux ont dû vous apprendre nos récents succès. Dans ma région nous avons progressé de plus de 7 kilomètres. La bataille suit d’ailleurs son cours et le bombardement accroît d’intensité. Nous comptons faire un nouveau bond en avant sous peu. Les pièces de ma batterie tirent sans discontinuité aussi nous sommes obligés de les faire arroser de crainte qu’elles éclatent. Comme vous pensez nous sommes débordés de travail par la préparation des tirs.

Voilà trois nuits que je n’ai pu fermer l’œil. Enfin le moral est excellent et les poilus sont infatigables tant que cela va de l’avant. Actuellement je suis en position dans une région bien peu intéressante*. Le terrain est un vaste chaos de trous d’obus et en marchant il faut se méfier de monter sur les cadavres boches qui pullulent par-là et dégagent une odeur nauséabonde. La région fut d’ailleurs un de nos objectifs il y a deux jours et je suis heureux d’avoir fait exécuter un tir si efficace. Les Boches ont dû en prendre pour leur rhume. Il y a une quantité de prisonniers et beaucoup de matériel capturé. A elle seule ma division s’est emparée de 38 canons et les pertes sont presque insignifiantes. Le beau temps nous favorise d’ailleurs !

Je termine ma lettre car je viens de recevoir un coup de téléphone pour faire déclencher dans une heure d’ici un barrage roulant, destiné à ratisser le terrain et précéder ainsi une fois de plus d’un feu intense notre vaillante infanterie qui se distingue très bien.

Affectueux baisers à vous tous.

Jean-Paul

*En position au bois en Chenille (Saint Gengoulph au sud de Soissons).

Jeudi, le 18 juillet 1918 – attaque de Hautevesnes

Gaz1SP 204*

Jeudi 0h15

Bien chère Tante

Tu vas certainement te demander ce qui m’a pris de gribouiller ces lignes à une heure si matinale. Je te dirai qu’à la suite d’un nouveau déplacement en avant ma batterie se trouvant en position dans un ravin nous sommes en très mauvaise posture conséquence d’un marmitage par obus à gaz. Or les Boches profitent de cette circonstance pour nous faire apprécier leurs différentes variétés d’obus spéciaux, tels que sternutatoires, lacrymogènes, asphyxiants, vésicants (ypérite) etc… Nous prenons, les officiers, à tour de rôle la garde pour alerter la batterie immédiatement en cas de marmitage anormal. De cette façon les hommes mettent immédiatement le masque et se vêtissent s’il y a lieu de leurs caoutchoucs, bottes et gants spéciaux. Cette méthode nous évite une surprise désastreuse pour la batterie. Nous avons été ainsi peu éprouvés à la suite d’un marmitage sérieux et intensif par des obus explosifs sternutatoires, hier dans la nuit. Cela n’a que pour effet de nous faire éternuer, tousser et pleurer comme des seaux toute la journée. A côté de cela beaucoup de travail, malgré que nous n’occupions pas un des fameux secteurs attaqués avec tant d’acharnement par les Boches. Nous leur faisons du fil à retordre par ici pendant qu’ils essayent de se rétablir par des attaques sérieuses sur la droite mais qui échouent toutes à fur et à mesure ! Notre résistance irréductible a été réellement merveilleuse. Les sacrés Boches sont tombés sur un sérieux bec de gaz !!! Ils doivent être bien déçus après avoir annoncés à cors et à cris que c’était la dernière offensive, l’offensive de la Paix !?!

Je termine cette missive chère Tante car je veux profiter de ma garde pour écrire également un mot à Charles. Pendant la journée on a pas une minute à soi ! Merci pour ta carte du 13 cr. J’espère que cousin Gérard va mieux et te charge de mes bons souvenirs pour lui. Au revoir, chère Tante, affectueux baisers à oncle Georges et Tante Emma ainsi qu’à toute la famille sans oublier oncle Bull. Voilà les permes de Georges et de Charles qui sont tombés à l’eau et remises à une date ultérieure ! Je t’embrasse bien affectueusement. Ton neveu qui t’aime bien.

Jean-Paul

*Position de Prément (attaque de Hautevesnes) à l’ouest de Château-Thierry.

Le 16 juillet 1918 – Disparition de Georges Lutzius

Georges-LutziusLe S/Lieutenant Georges Lutzius, cousin de Jean-Paul, est tué en combat aérien dans les environs de Virgny, au Nord-Ouest de Sainte-Ménéhould (51), le 16 juillet 1918 aux commandes d’un SpAD XIII.

Georges était né à Lyon le 16 mars 1897, s’était engagé le 15 juillet 1915 au 2ème groupe d’aviation comme élève pilote. Il avait obtenu son brevet de pilote militaire le 18 mars 1916. Il a été pilote de  l’escadrille N 103 du 13 juillet 1916 au 30 juin 1917 puis de l’escadrille N 153 / SPA 153 du 1er juillet 1917 au 16 juillet 1918. Il avait deux victoires aériennes à son actif.GeorgesLutzius3

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Le 15 juillet 1918 – Nommé Sous-Lieutenant

JPHsLtJe suis promu Sous-Lieutenant aujourd’hui.

Dimanche le 14 juillet 1918

Juillet18a

Photo de Jean-Paul

Aux Armées*,

Bien chères Tantes,

 Vos bonnes nouvelles m’ont fait bien plaisir et j’ai été si heureux d’apprendre par ta gentille lettre chère Tante Emma que grâce à l’air d’Oullins tu allais bien mieux et que tu ne tarderais pas à être complètement rétablie ! Pauvre tante tu viens de passer une bien mauvaise période !!!  Heureusement que tu es sous la bonne garde de tante Jeanne et de Suzanne. J’ai d’autre part, chères Tantes, appris par vos missives que vous aviez reçu une longue lettre de Maman chérie et il me tarde de l’avoir reçue !

Je n’ai pas de nouvelles de Charles qui ne doit cependant pas être loin de moi ! Il ne doit d’ailleurs pas tarder d’aller en permission ainsi que Georges que je suis heureux de savoir en excellente santé ! Pierre a dû retourner à Angoulême depuis, après avoir pris un bon repos à Lyon.

Moi je me porte toujours à merveille et nous nous apprêtons à fêter le 14 juillet en faisant un bon dîner. Nos seules joies sont d’ailleurs de tuer le plus de Boches possible et de bien manger !!! Voyez que nos instincts guerriers ne nous empêchent pas de cultiver la gastronomie ! Je termine en vous chargeant de gros baisers pour toute la famille sans oublier oncle Bull et meilleurs souvenirs à Madame Barth. Votre neveu qui vous embrasse bien affectueusement chères Tantes.

Jean-Paul.

* La 20ème batterie occupe un emplacement dans la région de Germigny-sous-Coulomb  à l’ouest de Château-Thierry.

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CARNETS DE GUERRE

Carnet

Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

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Page consacrée à Jean-Paul Hédrich sur le site européen des archives de la guerre de 14-18
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JPHM200814

Jean-Paul à Mulhouse en août 14

JPHsept14

Jean-Paul à Lyon en septembre 1914

JPH_Grenoble

Jean-Paul à Grenoble mars 1915

JPH118

Jean-Paul à la Rochelle février 1916

JP_mars18a

Jean-Paul en permission Lyon décembre 1917

JPHsLt

Jean-Paul Sous-Lieutenant en juillet 1918


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