Page d'archive 41

Mercredi, le 12 Août 1914

Strassburger

Numéro du « Stassbürger Zeitung »

Minuit il a dû y avoir quelques coups de canon et de nouveau à 6h1/2 du matin, mais pas longtemps de suite. Ils étaient dirigés, croit-on, sur des aéroplanes français ?

L’empereur d’Allemagne a fait affirmer en ville un télégramme pour remercier Dieu et les troupes se leur premières victoire (il s’agit de la bataille de dimanche où les Allemands sont en plus de pertes que les Français).

Après m’être levé, je déjeune à 7h1/2. A 8 heures je pars avec Papa rue de Habheim. Nous refaisons plusieurs pansements et allons à 9 heures rue Magenta. Poursuivre la lecture ‘Mercredi, le 12 Août 1914′

Mardi, le 11 Août 1914

Rue Magenta

Rue Magenta – Mulhouse

Le grand calme prévu pour la dernière nuit a été troublé avant 10 heures du soir par une décharge sérieuse et ceci dans tous les quartiers. Ici tout près de chez nous, fusillade et les projectiles pleuvaient. Nous descendons vite à la cave. Papa et moi remontons toutefois après un quart d’heure, malgré que la fusillade n’ait pas cessée. Nous nous couchons et dormons mais sommes réveillés à nouveau vers minuit. Des soldats passent par les rues et crient « Alles Auf » et il faut ouvrir fenêtres et volets de toute la maison et faire de la lumière dans les chambres. Les soldats les voisins à tout ouvrir et ceux qui ne s’exécutent pas rapidement sont houspillés. Jusqu’à une heure nous attendons aux fenêtres ouvertes alors seulement on nous autorise à fermer les fenêtres mais en laissant brûler les lumières. Nous nous couchons et dormons assez bien le reste de la nuit.

Aujourd’hui mardi je vais avec Papa rue de Habsheim à 8 heures après le déjeuner. En route nous voyons dans la rue d’Alsace les agents de police très nombreux et uniforme. Poursuivre la lecture ‘Mardi, le 11 Août 1914′

Lundi, le 10 août 1914

Mulhouse_battle

Bataille de Mulhouse

La nuit du dimanche au lundi est terrible. Le canon et les mitrailleuses ne cessent de bombarder même la ville ! A 4h on  entend les balles des mitrailleuses et les balles des fusils retomber sur les toits. Une vraie pluie de balles sur la ville pendant une ½ heure. A 4h1/2 ce bruit assourdissant se calme un peu. Les coups de feu ne sont plus qu’isolés. Charles et moi sortons et cherchons des balles dans la rue. J’en trouve une. Des soldats français qui passent me disent que ce sont des balles allemandes. Ils racontent qu’ils se sont battus toute la nuit et que les allemands étaient bien plus nombreux. A 5 heures on cherche Papa pour aller soigner les blessés rue de Habsheim . Charles et moi allons avec lui dans la petite auto. Arrivé là, il y a plusieurs blessés français et quelques civils atteints la nuit. Nous mettons d’abord un pansement à un soldat qui a eu une balle dans le bras gauche qui entrée du côté inférieur était ressortie du côté extérieur. Papa opère ensuite une jeune fille qui a reçu une balle également dans le bras gauche mais qui n’était pas ressortie mais rentrée sous la peau à l’épaule. On est obligé d’amputer le doigt du milieu à un autre soldat. Poursuivre la lecture ‘Lundi, le 10 août 1914′

Dimanche , le 9 août 1914

Proclamation_Joffre

Proclamation du 9 août

Après une nuit tranquille, nous nous levons et allons faire un tour en ville. Partout on voit des soldats français et l’air semble toute autre. On respire librement ! On se serre les mains les uns les autres comme pour dire tout ce qu’on ressent dans son cœur. A la mairie est affichée une proclamation aux Alsaciens du général Joffre. Une foule immense l’entoure et partout on voit les gens copier avec des larmes de joie dans les yeux ces mots enchanteurs :

Proclamation.

Enfants de l’Alsace, après 44 années d’une douloureuse attente, des soldats français foulent à nouveau le sol de votre noble pays. Ils sont les premiers ouvriers de la grande œuvre de la revanche ! Pour eux quelle émotion et quelle fierté !  Pour parfaire cette œuvre, ils ont fait le sacrifice de leur vie. La Nation française unanimement les pousse et, dans les plis de leur drapeau sont inscrits les noms magiques de droit et liberté.

Vive l’Alsace !

Vive la France !

Le Général en chef aux Armées françaises

J. Joffre Poursuivre la lecture ‘Dimanche , le 9 août 1914′

Samedi, le 8 août 1914

DeDion

de Dion-Bouton 2 cylindres

Je me lève de bonne heure et met notre auto en état de marche après avoir déjeuné. A neuf heures environ Charles et moi allons avec la 2 cylindres De Dion chez Fritz, chef de la Croix-Rouge pour demander un homme. Nous voulions aller sur les champs de bataille pour chercher des blessés. On nous accorde pas cet homme objectant qu’il doit se trouver un médecin avec nous. Nous rentrons et apprenons par Maman que Papa est déjà parti de son côté avec France en auto. Après avoir fixé un drapeau avec la Croix-Rouge à l’auto nous partons aussi à nos risques et péril. A Brunstatt un monsieur et un jeune homme viennent avec nous, le monsieur ayant un un fils dans le régiment allemand et voulant avoir de ses nouvelles. Devant Illfurt nous sommes arrêtés par six dragons français.

Nous venions de rattraper Papa et France. Nous parlons à ces premiers soldats français. Le lieutenant nous pose quelques questions et ensuite nous continuons. Charles et moi passons les premiers devant Papa et France par Illfurt et Tagolsheim. Devant Hallheim nous voyons une sentinelle française qui nous laisse passer. Nous apercevons toutefois à un tournant de route une barricade qu’on nous ouvre pour nous laisser passer. Ici campe le 60ème régiment d’infanterie. Nous arrêtons et un sergent me dit que nous ne pourrions pas ressortir. Aussitôt je fais signe à Papa de ne pas s’engager dans ce piège, sur quoi le sergent me menace de me fusiller si je repétais pn geste. Papa et France n’ayant rien vu passent également la barrière. Nous allons ensuite plus loin dans le village où plusieurs autos de la Croix-Rouge stationnent déjà. Nous voyons Mr le Dr Stephan et Mr le dentiste Hetzel entre autres. Papa parle au capitaine qui nous déclare prisonniers de guerre et nous console en disant que nous le resterions pas plus de 2 fois 24 heures. Peu de temps après arrive Mr Châtel constructeur des aéroplanes « Aviatik » avec Mr Fritz et deux autres hommes de la

Aviatik

Atelier Aviatik de Bourtzwiller proche de Mulhouse

Croix-Rouge. Prenant la chose du bon côté nous nous restaurons avec les provisions apportées pour les blessés. Mr Georges Châtel accepte avec plaisir les provisions que nous lui offrons. Pendant ce repas passe un aéroplane allemand et aussitôt tous les soldats français disparaissent dans les maisons pour se cacher . Après cet évènement le capitaine envoie une estafette en auto à l’état major à Altkirch pour demander l’autorisation de nous laisser partir. Peu de temps elle revient et on nous donne la permission de rentrer, ce que nous nous laissons pas dire deux fois. A midi et demi nous sommes de retour. Après le dîner j’apprends que les six dragons vus à Illfurt par nous étaient venus à Mulhouse salués par des vivats. Peu après un détachement allemand arrivé, croit-on, par un train blindé de Mullheim accapara un tramway à la Porte Jeune. Ils sortent le monde , cassent les vitres pour pouvoir tirer de l’intérieur et se mettent à la poursuite des dragons à une vitesse vertigineuse dans la rue du Sauvage, sans arriver à rattraper les Français, se sauvant par la Bergane. A 2h1/2 je monte au jardin chez nous avec mon frère et mon ami Kueny. Du belvédère nous voyons distinctement la marche des troupes françaises vers Mulhouse dans les environs de Burnhaupt et Niedermorschwiller. Nous descendons vite en ville et escomptons l’entrée des troupes à Mulhouse à 6 heures. Je vais avec mon ami à Dornach où nous voyons passés la tête des troupes au milieu de cris de joie de la foule. De là nous allons au pont de la chaussée de Dornach où les troupes font pendant 2 heures leur entrée triomphale, salués par des cris d’enthousiasme indescriptibles. L’infanterie est devant , tandis que l’artillerie en bien plus grand nombre suit. En même temps les français font leur entrée par le faubourg de Colmar. On évalue leur nombre à 12 à 18 000 hommes. Après le souper nous allons nous promener en ville. Tout le monde parait heureux. On ne voit rien que des figures rayonnantes.

Les Français ont établi leur camp à Riedisheim et environs. Ils sont ravis de l’accueil des Alsaciens. J’ai oublié de dire que pendant le défilé un général a dit « Jetzt sin’er froh, dass die Franzose weder do sin ». En outre la plus part des soldats avaient leur fusil garnis de fleurs reçues dans les villages.

Nous allons à la gare qui n’est pas encore occupée. De là bas nous rentrons lentement. C’est une drôle de sensation de voir des Français là ou hier soir encore se trouvaient des allemands. Les magasins sont tous fermés et la ville est relativement calme. Nous nous couchons de bonne heure. Un détachement de chasseurs à cheval de Vesoul garde la place de la Réunion depuis 6 heures

Vendredi, le 7 août.

Altkirch

Troupe bavaroise à Altkirch le 7 août 1914

Après une nuit tranquille, je me lève à 8heures seulement et me met un peu à lire. A 10 heures je vais à l’école chercher mon certificat de maturité qui m’est remis seulement à midi. L’après-midi mon ami Fritz Ruent vient me photographier et ensuite nous montons au Rebberg où nous voyons avec les jumelles des mouvements de troupes vers Morschwiller. Peu de temps après nous entendons le canon au-delà d’Altkirch et percevons bien la fumée blanche à différents points. Nous rentrons en ville sans être arrêté par les sentinelles, celles-ci étant parties. Nous apprenons que la Kreisdirektion, la Reichsbank, et la Poste se vident peu à peu. Papa me fait également part qu’il m’a engagé dans la Croix rouge pour l’aider à soigner les blessés. J’arbore donc le brassard, ainsi que mon père et Charles. En attendant le canon tonne sans discontinuer. Tous les magasins sont fermés en ville, plus d’agent en uniforme. Il y a une garde civique. Après le souper nous allons en ville jusqu’à la gare ; celle-ci est tout à fait délaissée. Tout est l’obscurité, ni wagon, ni locomotive, plus d’employs. On nous dit au buffet de la gare que les officiers revenant de Gottertal ont assuré qu’ils ont laissé plus de 500 morts sur le champs de bataille. Devant la gare nous assistons au départ d’une compagnie d’infanterie qui semble aller vers Müllheim. Poursuivre la lecture ‘Vendredi, le 7 août.’

Jeudi, le 6 août 1914

Mulhouse 1914

Mulhouse août 1914

Après m’être levé à 6heures du matin, je travaille un peu en vue de mon examen (Abitur). A 8heures je déjeune et me rends à 9heures à l’école professionnelle. A l’examen de rigueur que nous voulions passer, ne pouvait en être admis que les « Landsturmpflichtige » et les « Preinrillige[HD1]  ». Après une attente forcée de 2 heures avec mes camarades de classe au-dessus de 17 ans et promus de la III. « Maschinenbau » dans la seconde, Arnold, Huber, Hinrichs, Langjahre et Luttenauer nous passons notre examen. Nous pouvons choisir entre le français et l’anglais et prenons de préférence le premier. Ceci est passé brillamment. Vient ensuite l’histoire dont je suis dispensé. Nous sortons quelques minutes et faisons ensuite notre examen de mathématiques et de mécanique. A midi et demi nous sommes lâchés par le directeur Mr Ohler, Jordan, Sulz, Krause et Schmidt qui nous annoncent que nous aurons le certificat le lendemain.

La nouvelle de ce succès émeut plus ou moins ma mère. Le certificat de maturité me donne droit de visiter l’université et me fait gagner deux ans. Poursuivre la lecture ‘Jeudi, le 6 août 1914′

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CARNETS DE GUERRE

Carnet

Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

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Page consacrée à Jean-Paul Hédrich sur le site européen des archives de la guerre de 14-18
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Jean-Paul à Mulhouse en août 14

JPHsept14

Jean-Paul à Lyon en septembre 1914

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Jean-Paul à Grenoble mars 1915

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Jean-Paul à la Rochelle février 1916


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