Page d'archive 41

Vendredi 28 août 1914 à Besançon

BouillonDuval

Restaurant Bouillon Duval

Nous nous levons à 4 heures et nous nous dirigeons vers la gare accompagnés d’un soldat. Nous sommes 11 outre nous quatre, il y a encore sept autres engagés volontaires de Belfort. Nous faisons bon voyage. A 8 heures nous prenons le pain et le fromage que les soldats nous ont donné. Nous arrivons à Besançon à 10 heures. Un soldat à l’amabilité de nous conduire au bureau de recrutement. En route nous prenons un café dans un restaurant. Arrivés au bureau, on nous dit de repasser à 2 heures. En attendant nous allons changer notre argent allemand. On nous fait beaucoup de difficultés. Grâce à un notaire alsacien nous arrivons à changer notre argent. (Pour 20 M en or 22fr50 et pour l’argent le nombre égal en francs. De cette façon j’ai environ 80 Fr). A midi nous allons dîner dans un Bouillon Duval à 1Fr75. Auparavant nous nous faisons couper les cheveux tout ras. A 1 h3/4 nous sommes invités à aller prendre le café chez un capitaine et sa nièce que Tourtellier connait. Cette dame ainsi que deux de ses amis nous invitent à venir prendre le thé à 8 heures ce soir. A 2 heures et quart nous nous faisons inscrire pour passer la visite le lendemain matin. L’après-dîner, nous faisons connaissance avec le capitaine Laillare. Il nous dit de s’adresser à lui, s’il y avait quoique ce soit. Sur ce nous prenons une bonne douche et nous faisons une balade en ville. Le soir nous allons souper au Bouillon Duval. Nous allons ensuite chez ces dames et passons une agréable soirée. A 10h nous rentrons. Nous couchons dans une petite auberge et passons une bonne nuit.

Jeudi, le 27 août 1914 à Belfort

Belfort

Gare de Belfort

Il fait très froid, il pleut encore.

A 7 heures nous parlons avec quelques officiers qui nous disent qu’il faut aller à Belfort. Les soldats nous offrent du pain et un peu de café (jus). Un lieutenant nous fait passer dans une chambre moins encombrée où nous passons la matinée. A 11 heures on nous offre la soupe (délicieux !) et on nous dit que nous irons à Belfort à 4 heures, sous la conduite des gendarmes. En attendant nous passons le temps à rigoler avec les soldats. Entre temps viennent deux type de Rixheim ayant été faits prisonniers. Ils nous racontent que la veille au matin, quand ils se sont enfuis, on commençait déjà à convoquer tous les jeunes gens de Mulhouse à partir de 17 ans.

Belfort1

Canons et avion pris aux allemands exposés à Belfort

Enfin à 4 h1/2 deux gendarmes nous conduisent à la gare d’où nous partons en train électrique après une longue attente. Auparavant nous avions mis nos bécanes dans le train. Après une heure de marche nous arrivons à la gare de Belfort. Les environs de Belfort sont tout rasés. Les gendarmes nous mènent à la caserne. Sur place, devant l’église nous voyons les 24 canons allemands pris à Mulhouse ainsi qu’un aéroplane allemand. Devant un bureau militaire, nous voyons une centaine d’Alsaciens réfugiés à Belfort qui vont aller dans le midi pour les vendanges. Arrivés à la caserne, nous expliquons notre cas aux officiers qui nous disent que le centre de recrutement pour les Alsaciens est Besançon. Nous décidons donc de partir pour cette ville par le prochain train demain matin à 4 heures. Nous goûtons donc du singe et de la soupe. Les soldats sont très aimables avec nous. Ensuite nous allons coucher sur des paillassons. La nuit est froide et je dors très mal. Nous avons fait mettre nos bécanes chez le contremaître de l’usine Tourtellier à Belfort.

Mercredi, le 26 août 2014 vers la frontière

Chevaux

Chevaux de guerre

Nous nous levons vers 7 heures et passons somme toute une matinée calme. Nous apprenons par une famille qui vient de Mulhouse que les Allemands y sont quoiqu’en petit nombre.

Après un petit dîner à l’auberge nous cherchons à nous distraire en aidant un paysan à entrer la moisson. C’est très amusant.

De retour à 4 heures nous remarquons que tous les soldats vont quitter Soppe. Nous nous apprêtons aussi à partir. Par hasard, 2 chasseurs ayant 21 chevaux nous demandent de les aider à les mener à La Chapelle. Nous acceptons volontiers. Par malheur le temps se gâte. Nous partons conduisant d’une main la bicyclette et de la droite deux chevaux. Moi j’en ai même trois à conduire. Poursuivre la lecture ‘Mercredi, le 26 août 2014 vers la frontière’

Mardi 25 août 1914 départ de Mulhouse

Mulhouse_Soppe

En jaune l’itinéraire vers la frontière

Après le déjeuner à 8h mon ami Fritz Kueny vient me chercher il est très agité. Il croit tout perdu. On ne voit plus un soldat français en ville. Pourtant les habitants croient tous que les français n’ont fait que quitter la ville pour prendre de positions en dehors.

Nous allons à bicyclette jusqu’à Modenheim sans voir un soldat. Les Français ont tout délaissé.

Nous inspectons tous les retranchements qu’ils avaient faits. Tous les arbres ont été coupés, toute la voie de chemin de fer de ceinture est employée comme retranchement. Voyant tout cela évacué mon ami croit déjà voir les allemands. Je tâche de le remonter dans son pessimisme. Arrivé à la maison, je trouve toutefois tout le monde en grand désarroi. Charles et deux de ses amis, Edouard Schmerber et Maurice Tourtelier ont pris la décision de quitter Mulhouse car tout le monde craint que les Allemands ne reviennent et fassent marcher les jeunes gens à partir de 17 ans sous leur drapeau. Poursuivre la lecture ‘Mardi 25 août 1914 départ de Mulhouse’

Lundi, 24 Août 1914

Je me lève à 7 heures. Après le déjeuner j’essaie d’acheter des saucisses, mais pas moyen. Nulle part il y a de la viande pour faire des saucisses ! Il faut s’arranger !!!

Bain

Mulhouse Bains municipaux

A 9 heures Kueny vient me chercher. Nous allons à bicyclette à Lutterbach. Une sentinelle nous arrête au-delà du village. Avant Lutterbach nous voyons des soldats faire des exercices. Les environs sont plein de militaires. Les issues vers Thann et vers Pfastatt sont bouchées. A 11 heures nous rentrons en ville. J’y trouve Georges. L’Express ne donne pas de nouvelles importantes ! Après le dîner je vais porter ma bicyclette chez Kibler pour la faire réparer. Ensuite je vais chez Fritz, le chercher pour aller au bain. Nous passons à 3 heures chez Georges. Après un bon bain de soleil nous rentrons dans l’eau et nous nous habillons à 5h1/4. Arrivés à la maison nous ressortons, Kueny et moi , en ville. Au kiosque nous lisons dans le bulletin des Armées de samedi que les Allemands sont à Bruxelles et ont demandé 200 000 000 M de contribution de guerre à la ville. Nous y lisons également le truc d’un aviateur allemand lors d’une reconnaissance nocturne dans les environs de Bruxelles. Il avait mis au bout d’une corde de 60 mètres attachée à son appareil, une lanterne, de sorte que l’ennemie tira tout le temps sur la lanterne, croyant que ce fut une lumière de l’aéroplane même. Tout le régiment des « hussards de la mort » commandé il y a peu de temps encore  par le Kromprinz a été fait prisonnier en Belgique. Le Kromprinz serait blessé ! Poursuivre la lecture ‘Lundi, 24 Août 1914′

Dimanche, le 23 Août 1914

Mairie

Mairie de Mulhouse

Je fais plus ou moins la grasse matinée et me lève seulement à 8 heures. Après le déjeuner je vais chez le coiffeur qui me fait attendre pendant une heure. A 9 heures je vais avec Georges et Fritz en ville et de là nous allons à l’église. Monsieur le pasteur Bricka fait un sermon très intéressant. Il parle beaucoup de la guerre. Il dit que les nations sont à un grand tournant. Il y a deux soldats et un sous-lieutenant en uniforme qui assistent au culte. En sortant nous voyons un général en civil.

Nous avons Mr Holff à diner. Entre autre il nous raconte que les 25 chasseurs à cheval de mercredi matin ont été tous tués dans un chemin creux près de Brunstatt le même matin.

A 2h1/2 Kueny vient me chercher pour aller au bain. En passant nous cherchons Georges. Nous prenons un bon bain de soleil et entrons dans l’eau seulement à 4h1/4. Nous rentrons ensuite à 5h. Georges nous accompagne et nous nous promenons en ville. Georges me parle beaucoup de son cousin Camille Tournier. Je ne rentre qu’à 7h1/2 passé. Le matin on a hissé le drapeau tricolore sur le toit de la mairie !

Dans le Bulletin de l’Armée on prétend que les français sont à Colmar. Villé près de Schlettstadt doit être repris par les Allemands.

Samedi, le 22 Août 1914

Bicyclette

Bicyclette 1914

Je me lève à 7h1/4 après une bonne nuit. Après le déjeuner je travaille à ma bicyclette et range ensuite un tiroir. A 9 heures je vais à l’Orphelinat de Dornach où je trouve déjà Papa. Charles, Edouard. Papa extrait une balle de la cuisse d’un soldat allemand. Nous soignons encore quelques autres blessés. Ils ne sont plus nombreux. Les français les ont tous emmenés en France. A 10 heures mes amis Georges et Fritz viennent me chercher. Nous allons ensemble à Modenheim à bicyclette. Après avoir passé sans trop de difficultés les sentinelles nous arrivons chez les Van der Mühl. Devant la maison je revois passer le sous-lieutenant qui voulait me faire fusiller à Hallheim. La propriété des Von der Mühl est pleine de soldats. Robert et Roland me raconte qu’ils ont eu aussi leur part il y a 15 jours. Plusieurs de leurs vitres sont cassées. A 11 heures ¼ nous reparlons. Arrivés en ville nous nous promenons encore un peu. A midi juste nous observons les pendules et horloges. Poursuivre la lecture ‘Samedi, le 22 Août 1914′

Vendredi, 21 Août 1914

Dornach

Maison mitraillée à Dornach

La nuit est calme. Je me lève à 6h1/2 et tire des photos. A 8h1/4 j’aide Maman à nettoyer les outils de chirurgie. A 9 heures nous allons à l’Orphelinat de Dochnach. Nous soignons les blessés. De là nous allons rue de Habsheim, où on nous dit qu’il n’y a plus que trois allemands. Tous les autres ont été faits prisonniers par les français. Au retour Papa nous offre un apéritif au café Moll. Nous rentrons à 11 heures. A la maison je trouve Georges et Ginette Tournier et Kueny. Pendant que Ginette fait une visite à France, Georges, Kueny et moi inspectons la motocyclette d’Albert Manching. Lui aussi a été emmené comme prisonnier à Belfort. Après le dîner à 2 heures Kueny vient me chercher pour voir les retranchements allemands près de Brunstatt. Poursuivre la lecture ‘Vendredi, 21 Août 1914′

Jeudi, le 20 Août 1914

CafeMoll

Le Café Moll à Mulhouse

Je me lève à 7 heures. Après le déjeuner je vais chercher de la viande à la place de la Réunion. Celle-ci est gardée militairement. Grâce à ma Croix-Rouge, j’arrive à faire mes achats. A 8h1/2 je vais avec Papa à l’Orphelinat de Dornach.

Auparavant nous voyons comment les soldats emmènent les allemands : le maire Mr Cossmann, de Kreisarz et beaucoup d’agents de police !

Au pont de Galfingue nous sommes arrêtés par des troupes qui entrent en ville. Des régiments entiers ont déjà défilés toute la nuit parait-il.

Arrivés chez les sœurs, nous rencontrons une quarantaine de « Sanitäter » qui sont là depuis hier à 3 heures et que les sentinelles n’ont pas laissé entrer en ville. Les sœurs ont été obligées de les nourrir ! Ils sont tout heureux de pouvoir rentrés car nous disons que les sentinelles étaient parties !

A l’hôpital il y a environ trente blessés. Charles et Edouard Schmerber nous aident pour les panser. C’est un travail long. 4 sont éliminés pour être transporté au Hasenrain car ils sont grièvement blessés. Poursuivre la lecture ‘Jeudi, le 20 Août 1914′

Mercredi, 19 Août 1914

Reoocupation

Réoccupation de Mulhouse le 19 Août 1914

Nuit calme. Je me lève vers huit heures. A 8h1/4 passent 4 chasseurs à cheval allemands qui vont vers le faubourg de Belfort. 5 minutes après ils s’enfuient au galop par le fossé ; mais à peine deux minutes se passent qu’arrivent une trentaine de chasseurs à cheval français. Ils passent devant chez vous et vont à la mairie. Le Lieutenant entre et peu de temps après Mr Zündel ressort et annonce que l’armée française a donné l’ordre de fermer les fenêtres et d’ouvrir les volets dans toute la ville !

Je rentre le dire à la maison. Au retour à la mairie les chasseurs sont partis et j’apprends qu’ils ont rencontré des allemands au pont de Riedisheim. Un français a été blessé. Je vais ensuite à la place du Nouveau-Quartier et vois arriver plusieurs compagnies d’allemands de Riedisheim qui vont occuper la mairie. Peu de temps après passent environ un régiment d’artillerie et d’infanterie allemande par la rue du Sauvage, le faubourg de Colmar et la rue Franklin. Il y a aussi plusieurs gros canons parmi eux. A 10h1/4 la canonnade commence du côté de Pfastatt. Des troupes allemandes venant du faubourg de Belfort passe par le fossé. Le canon tonne de plus en plus fort. Tout à coup à 11h1/2 les allemands se retirent au grand galop. Poursuivre la lecture ‘Mercredi, 19 Août 1914′

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CARNETS DE GUERRE

Carnet

Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

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Page consacrée à Jean-Paul Hédrich sur le site européen des archives de la guerre de 14-18
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Jean-Paul à Mulhouse en août 14

JPHsept14

Jean-Paul à Lyon en septembre 1914

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Jean-Paul à Grenoble mars 1915

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Jean-Paul à la Rochelle février 1916


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