Page d'archive 47

Dimanche, le 13 septembre 1914

Mtverdun

Fort Mont-Verdun

Le matin nous faisons un peu de cheval.

J’oubliai de dire que Charles s’est légèrement blessé à la main gauche. A 11 heures nous nous préparons, Charles et moi, pour partir avec le commandant Reyser qui nous a invités pour le dîner. Mr Reyser est un ami d’oncle Paul que j’avais déjà vu il y a un an à Lyon. A 11h1/2 il vient lui-même nous chercher en auto avec son chauffeur et un lieutenant. Mr Reyser obtient une permission de sortie pour nous par le commandant de quartier Mr Duringer, un de ses bons amis. Nous partons donc en auto plus ou moins serrés. Nous passons la ville de Lyon en vitesse et nous nous dirigeons vers le fort Mont-Verdun. Dans un restaurant du village Champagne, Mr Reyser nous offre un dîner délicieux. Il invite aussi son chauffeur, Mr Larget commerçant qui fait se service pendant la guerre. Nous passons une heure très agréable en sa compagnie. Nous parlons beaucoup, Mr Reyser nous confirme les nouvelles des journaux qui nous disent que tout marche bien. Les Russes ont eu une grande victoire sur les Autriches à Lemberg. Ils avancent toujours vers Berlin. Après le café Mr Reyser qui est commandant de tout un secteur de forts nous fait voir le fort. Nous voyons plusieurs batteries, ainsi que de gros canons qui paraissent assez vieux. De nombreux ouvriers travaillent aux fortifications. Nous allons ensuite voir une batterie complètement cachée dans les champs. La sentinelle, très consciencieuse demande le mot de ralliement au commandant plusieurs fois il dit « halte-là » malgré qu’il est reconnu son commandant. Il cède seulement sur l’insistance de son supérieur. La batterie est merveilleusement comprise. Nous voyons plusieurs gros canons. Vers 4h ½ nous rentrons en ville pour nous diriger vers Bron et aller voir l’oncle Paul. Nous faisons une bonne vitesse. Au fort de Bron oncle Paul repart avec nous pour montrer une de ses batteries à Mr Reyser. Après avoir roulé pendant 10 minutes en auto nous arrivons à la batterie. La sentinelle est peu dégourdi et interpelle oncle Paul : « mon capitaine ». Oncle Paul l’eng….le et le somme de lui faire une instruction supplémentaire. La batterie est épatante. Il y a des canons retranchés sur une longueur de 200 mètres. Nous retournons ensuite au fort où tante Emma et Suzanne nous attendent. J’oubliais de dire qu’oncle Paul nous raconte qu’un de ses lieutenants qui a encore une demie tête de plus que lui, est capable de monter 43 chevaux non dressés. Il parait qu’il a 600 m de renne en main. Au volte il arrive que son premier cheval est derrière lui. A la descente de cheval il faut le masser tant il est éprouvé. Vers 7 heures le commandant Reyser à l’obligeance de nous faire conduire vers Oullins, où nous sommes invités pour souper avec Edouard et Tourtelier. Nous passons de nouveau la ville en vitesse. Après la Mulatière nous voyons nos deux copains dans le tram d’Oullins tout en les dépassant. Nous remercions bien Mr Reyser de sons amabilité et descendons de voiture pour remonter dans le tram. Vers 7h1/2 nous arrivons à Oullins où on nous attend. Nous soupons très bien et rentrons à 9 heures.

Du 8 au 12 septembre 1914

Mardi, 8 septembre au samedi 12 septembre 1914

Les journées se passent toujours de même. On s’entraîne à monter à cheval sans étriers. Au commencement je suis blessé, mais bientôt cela va mieux. Nous sortons aussi sur la piste. J’ai le malheur d’avoir tous les jours un autre cheval. Nous soupons excessivement bien chez cousine Maria à la brasserie Tomassin. Nous faisons un souper super fin. De temps à autre on a mal au ventre. On nous fait aussi heureusement changer de chambre. Tout le second peloton à une chambre à lui. C’est mieux et plus gai. En ce qui concerne les batailles engagées on a de bonnes nouvelles. La grandes batailles de la Marne a duré du 6 au 12 septembre et a tourné à l’avantage des troupes alliées. Les allemands qui étaient à 100 km de Paris ont battu en retraite sur toute la ligne. Le « Nouvelliste » prétend que les Français sont de nouveau autour de Mulhouse.

Samedi soir, le 12 septembre, nous sommes invités chez oncle Paul et tante Emma. Nous rentrons à 9 heures.

du 5 au 7 septembre 1914

Samedi, le 5 septembre 1914

La matinée se passe comme d’habitude, je commence à bien monter à cheval. L’après-midi il y a une grande-revue. On s’astique. Le colonel me parle par hasard. Il me demande mon âge et les évènements de Mulhouse etc… Le soir nous allons à Oullins. Charles et moi faisons un bon dîner. Outre la famille il y a encore Mme Genet et Mme Barth. Le soir nous rentrons en tram avant 9 heures.

 

Dimanche, le 6 septembre 1914

Le matin on fait du pansage. L’après-midi nous faisons une longue visite à Edouard à l’infirmerie. Il va mieux. Nous commençons à écrire notre journal. Récapitulons les évènements depuis notre fuite. Le soir nous ne pouvons pas sortir étant de piquet. La cantine est en outre encore fermée. On s’arrange !

La grande bataille est engagée dans le nord. Il y a aussi une bataille de 4 jours à Lemberg. Les Russes ont complètement battus les Autrichiens.

 

Lundi, le 7 septembre 1914

Le matin on monte à cheval. Il n’y a rien de spécial aujourd’hui. Le soir nous sortons en ville.

jeudi 3 septembre et vendredi 4 septembre 1914

Jeudi, le 3 septembre 1914

La journée se passe comme d’habitude. Le matin nous faisons une visite à Edouard qui va un peu mieux. L’après-midi, le maréchal des logis Lardon nous fait part qu’on va former un second peloton. En attendant nous sommes au service de la batterie et ne faisons pas grand-chose. Charles est gardien d’écurie cette nuit. Moi je vais me coucher très tôt car je suis fatigué. La nuit n’est pas mauvaise.

 

Vendredi, le 4 septembre 1914

Comme d’habitude la journée se passe à faire du pansage etc… Après le dîner pris à la cantine, nous recevons une instruction intérieure par notre maréchal des logis, Mr Barbeco, du second peloton. A cinq heures je suis de garde d’écurie. Nous soupons là-bas. A 6 heures je vais me coucher pour prendre la garde de 2 à 5 heures. Nous sommes à neuf en tout, dont 3 prenant la garde de 8 à 11h, 3 de 11 à 2h et enfin 3 de 2 à 5h. Entre temps je dors plus ou moins bien dans la paille. A 2h il fait très frais, malgré le grand manteau pèlerine. Chaque 1/2heures je fais le tour de mes trois écuries où se trouvent environ 80 chevaux. Le temps se passe vite. Le matin nous faisons de nouveau exercices de marche etc. Le reste de la journée se passe comme d’habitude. Le soir nous sortons un peu en ville.

Mercredi, le 2 septembre 1914

On se lève de nouveau à 5 heures et allons vers 6 heures aux écuries. Edouard monte à cheval au manège. Moi je ne monte pas encore en défaut de cheval convenable. Nous apprenons le maniement du mousqueton ensuite. Comme dîner nous avons le même menu. L’après dîner on apprend à faire le pansage des chevaux. Le soir nous sortons sauf Edouard qui est à l’infirmerie ayant des maux d’estomac. Nous autres soupons bien dans un petit restaurant. Les nouvelles ne sont pas mauvaise malgré ça les allemands avancent sur Paris. Ils ont Bruxelles et Anvers. En général les soldats sont très pessimistes. Il s’agit de leur remonter le moral pour ma part le général Joffre leur tend un piège. A 9 heures nous sommes rentrés et dormons plus ou moins bien ayant toujours des puces et des punaises comme compagnons.

Mardi le 1er septembre 1914

Canonde75

Canon de 75

Nous nous levons sur le son de l’appel à 5 heures ? On s’habille en toute hâte pour être à l’appel à 5h1/2. Après avoir absorbé un quart de café nous descendons dans la cours du quartier. Nous faisons des exercices de marche et ensuite on nous montre le maniement du canon 75. Vers 11 heures nous prenons la soupe. Le réfectoire est une salle ayant beaucoup de ressemblance avec une écurie. C’est très mal éclairé. Nous sommes serrés comme des harengs. Chacun se sert de soupe. Le reste du menu comprend du bœuf bouilli et de fayots. A 1 heure on va aux écuries. Charles monte à cheval avec les autres types suivant le peloton. Après ça on fait boire les chevaux. Le soir nous sortons et allons souper chez tante Emma. Nous faisons un bon dîner. Vers neuf heures nous rentrons. Jusque là tout va assez bien. La chose que nous regrettons c’est de ne pas pouvoir donner de nos nouvelles à nos parents. Même s’il y avait une communication nous nous méfierons d’écrire car nos parents risqueraient d’être fusillés après avoir été dénoncés par des mouchards. Mais malgré ça nous pensons que nos parents doivent être contents de nous savoir partis en France, pendant que les autres jeunes gens qui sont restés à Mulhouse doivent partir avec les Allemands et risquent à chaque instant d’être employé comme chair à canon. Ah nos pauvres parents s’ils se doutaient que nous somme en sûreté !

Nous nous couchons à 9 heures. Je dors mieux cette nuit

Lundi le 31 août 1914

Exposition Lyon

Exposition Lyon 1914

Nous nous levons à 7 heures et déjeunons. Après le déjeuner je vais avec Edouard sur la rive gauche de la Saône tandis que Charles va se faire raser. Nous nous promenons ensuite par la ville jusqu’à la place Bellecourt là nous nous séparons. Tourtellier va à l’exposition où ils ont un stand. Schmerber se promène en ville jusqu’à 10 h, heure à laquelle nous lui donnons rendez-vous. Pendant ce temps, Charles et moi, allons par le pont de la Guillotière chez tante Emma. Nous nous réjouissons déjà maintenant de les revoir. Nous montons l’escalier et nous sonnons. Après un moment Suzanne nous ouvre ? En même temps arrive tante Emma et Pierre ! Quel étonnement ! De surprise elles ne peuvent pas parler ? On s’embrasse de tout cœur… leur joie est à son comble quand nous leur racontons que nous sommes engagés à Lyon. Poursuivre la lecture ‘Lundi le 31 août 1914′

Dimanche, 30 août 1914 en route vers Lyon

Train

Embarquement pour Lyon

Après une bonne nuit, nous nous levons à 7 heures. Nous déjeunons au Duval et allons ensuite à 8 heures à notre bureau. Nous recevons après de longues écritures notre feuille de route. A 9 heures nous allons lentement à la gare et faisons nos provisions de route. Le train devait partir à 10h. On nous annonce qu’il aura du retard. Il y a un monde fou à la gare. Il passe plusieurs convois de blessés. Nous voyons comme on leur refait leurs pansements vieux de 8 jours. Les dames de la Croix-Rouge leur donnent également des rafraîchissements Ils nous disent qu’ils viennent de St Dié. Poursuivre la lecture ‘Dimanche, 30 août 1914 en route vers Lyon’

Samedi le 29 août 1914 – L’engagement

Engagement

Engagement et naturalisation

Nous nous levons vers 7 heures et allons aussitôt après un petit déjeuner au bureau de recrutement où on nous fait attendre pendant 2 heures avant de passer la visite. Enfin vient notre tour. Tourtelier et Charles sont assez facilement acceptés. A moi, ils me font des difficultés en raison de ma vue et de mon âge. Il m’accepte finalement, Edouard de même. Je suis disent-ils le plus jeune artilleur de France (17 ans). Pour remplir les papiers, ils nous font attendre jusqu’à midi. Après le dîner nous y retournons. Nous allons d’abord visiter la cathédrale, nous y voyons une horloge astronomique merveilleuse.

Au bureau de recrutement on nous fait attendre pour écrire nos demandes d’engagement. A 3 h1/4 nous allons à la mairie où après une longue attente nous signons notre acte d’engagement pour le 54ème régiment d’artillerie à Lyon, ainsi que notre naturalisation.

Nous voilà donc français !! Poursuivre la lecture ‘Samedi le 29 août 1914 – L’engagement’

Vendredi 28 août 1914 à Besançon

BouillonDuval

Restaurant Bouillon Duval

Nous nous levons à 4 heures et nous nous dirigeons vers la gare accompagnés d’un soldat. Nous sommes 11 outre nous quatre, il y a encore sept autres engagés volontaires de Belfort. Nous faisons bon voyage. A 8 heures nous prenons le pain et le fromage que les soldats nous ont donné. Nous arrivons à Besançon à 10 heures. Un soldat à l’amabilité de nous conduire au bureau de recrutement. En route nous prenons un café dans un restaurant. Arrivés au bureau, on nous dit de repasser à 2 heures. En attendant nous allons changer notre argent allemand. On nous fait beaucoup de difficultés. Grâce à un notaire alsacien nous arrivons à changer notre argent. (Pour 20 M en or 22fr50 et pour l’argent le nombre égal en francs. De cette façon j’ai environ 80 Fr). A midi nous allons dîner dans un Bouillon Duval à 1Fr75. Auparavant nous nous faisons couper les cheveux tout ras. A 1 h3/4 nous sommes invités à aller prendre le café chez un capitaine et sa nièce que Tourtellier connait. Cette dame ainsi que deux de ses amis nous invitent à venir prendre le thé à 8 heures ce soir. A 2 heures et quart nous nous faisons inscrire pour passer la visite le lendemain matin. L’après-dîner, nous faisons connaissance avec le capitaine Laillare. Il nous dit de s’adresser à lui, s’il y avait quoique ce soit. Sur ce nous prenons une bonne douche et nous faisons une balade en ville. Le soir nous allons souper au Bouillon Duval. Nous allons ensuite chez ces dames et passons une agréable soirée. A 10h nous rentrons. Nous couchons dans une petite auberge et passons une bonne nuit.

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CARNETS DE GUERRE

Carnet

Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

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Page consacrée à Jean-Paul Hédrich sur le site européen des archives de la guerre de 14-18
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JPHM200814

Jean-Paul à Mulhouse en août 14

JPHsept14

Jean-Paul à Lyon en septembre 1914

JPH_Grenoble

Jean-Paul à Grenoble mars 1915

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Jean-Paul à la Rochelle février 1916

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Jean-Paul en permission Lyon décembre 1917


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