Page d'archive 48

Mardi 26 janvier 1915

Nous faisons nos préparatifs de départ pour Chambaran. Le soir j’achète quelques boites de conserve pour la route.

Lundi 25 janvier 1915

A 2h revue en tenue de départ, bidon, musette et manteau avec couverture en sautoir. Le soir Tomasin.

Lundi, le 18 janvier 1915 au dimanche 24 janvier 1915

Lundi matin nous apprenons le résultat de notre examen nous ne sommes pas reçus. Il y en a que 17 du 54ème de reçus sur 106 dont 6 officiers, ils vont faire leur peloton à Valence. Après ça toujours la même chose et beaucoup de manœuvre à pied. Nous allons lundi soir à Tomassin. Mardi soir je sors un peu avec Ménard qui me raconte la vie qu’on mène à la Doua. Mercredi soir nous dînons chez tante Jeanne et jeudi chez tante Emma. Ces derniers jours il fait froid de loup et il a neigé un peu. J’ai de bonnes nouvelles de Roby et Georges !

Vendredi on est de piquet.

Samedi nous sommes invités chez Mr Bockel à Tomassin et passons une agréable soirée.

Dimanche matin après le pansage nous dînons chez tante Jeanne, après-midi au cinéma. J’oubliai de dire que notre départ à Chambaran est fixé pour jeudi prochain. Nous y allons à pied en 4 étapes. Edouard et Tourtelier ne font pas preuve de beaucoup de courage, ils préfèrent rester comme instructeur. Quelle drôle de mentalité ! Enfin c’est leur affaire. J’ai reçu une longue lettre de Pierre Friks d’Angleterre. Il s’occupe de donner des leçons en attendant que Mulhouse soit française pour pouvoir demander à ses parents l’autorisation de s’enrôler.

Du mardi, le 12 janvier au dimanche, le 17 janvier 1915.

Le matin nous montons régulièrement à cheval aux carrières derrière le port. Chacun a son cheval affecté. J’ai un très chic cheval noir de 4 ans environs. Il a la crinière toute coupée. Il va très bien au galop. Aussi l’équitation du matin fait du bien. Jeudi matin 159 canonniers s’en vont à la Doua.  Ménard et 2 autres du peloton sont parmi eux et sont proposés comme brigadiers. Les candidats aux EOR n’ont toujours pas les résultats de leur examen. En attendant il parait que nous allons à Chambaran le 28 janvier en 4 étapes de 18 à 25 kilomètre, en tout 75 kilomètres à pied. Mardi soir je suis garde d’écurie, mercredi invité chez tante Jeanne, jeudi et vendredi je reste au quartier. Samedi soir nous sommes de piquet. L’après-midi il y avait revu de casernement par le lieutenant Laval. Dimanche matin revue de casernement par le lieutenant-colonel. L’après-midi dînons chez tante Jeanne. Le soir on se balade en ville et soupé au restaurant. Il fait un temps exécrable depuis 15 jours.

Les 10 et 11 janvier 1915

Dimanche, le 10 janvier 1915

Nous nous levons à 5h et nous nous dirigeons à 6h vers le quartier où nous déjeunons à la cantine. A 6h1/2 nous nous mettons en route pour la gare. Nous rentrons ensuite en express. Jusqu’à Bourgouin il neige. Le reste du voyage se passe bien. Nous arrivons à Lyon à midi. Arrivé au quartier nous sommes très étonnés de voir qu’on nous a pris les tréteaux de mos lits ainsi que nos matelas. Les copains nous avait heureusement fait des paillasse. A 2h nous allons chez Tante Jeanne pour raconter notre voyage. Nous y soupons le soir.

 

Lundi, le 11 janvier 1915

Après une nuit plus ou moins bonne nous reprenons notre travail habituel. Le soir nous allons à Tomassin où nous faisons un bon dîner arrosé de champagne.

8 et 9 janvier 2015

Vendredi, le 8 janvier 1915

Grenoble1

Grenoble – Place de la Constitution – Les facultés

Nous nous levons à 6h, on se débarbouille un peu et à 7h nous nous dirigeons en rang vers la place de la Constitution où se trouve la faculté de droit. Tous les candidats EOR s’installent dans une classe. A 8h le commandant examinateur décachète la lettre ministérielle contenant le texte de la composition de français : Quels sont les résultats que la France peut attendre d’une victoire définitive sur l’Allemagne ? J’écris et brode pendant 2 heures sur ce texte sympathique. La censure à l’air d’être assez stricte. Les feuilles de copie numérotées sont munies de manchettes sur lesquelles nous mettons notre nom. A 10h, après cette composition nous allons prendre un bon bain. Sur ce nous dînons en ville. A 1h rassemblement au quartier. A 2h composition d’histoire dans l’amphithéâtre de l’école électrotechnique. Composition d’histoire : Quels sont les principaux évènements de la guerre de 70 ? J’avais heureusement préparé ça et pu donc écrire 4 grandes pages là-dessus. Le soir nous soupons en ville et passons alors une agréable soirée au N°2 ( ?!) Ensuite nous allons à l’hôtel de Marseille où nous louons 2 chambres à 2 lits. Dans l’une d’elles Ed, Charles et moi nous nous installons. Dans l’autre se mettent trois autres copains. Je couche avec Ed. Dormons bien !

 

Samedi, le 9 janvier 1915

A 6h nous rentrons au quartier. A 7h les 200 candidats vont à la faculté de droit où nous faisons notre composition d’arithmétique. Avant de commencer on fait un chahut formidable, on chante, crie etc. De 8h à 10h nous faisons notre composition : 1) Définition et calcul du plus grand commun diviseur de 3 nombres 2) Démontrez que le produit de 3 nombres successifs est divisible par 6. J’écris presque 3 pages là-dessus. J’ai heureusement un type qui m’aide un peu. Après ça nous sommes obligés de rentrer au quartier où nous mangeons à bon compte à la cantine. Après nous être reposés un peu nous passons à 2h notre composition de géométrie et algèbre :

I. Construire un triangle   2 angles et le rayon du cercle inscrit.

II. On fait un certain alliage de Pb et Sb du poids d’1kg. Le poids du Pb est supérieur de 0,8 au poids d’antimoine. Trouver le poids du plomb et celui de l’antimoine.

III. On dessine un demi-cercle de centre O. D=AB et les tangentes AA’ et BB’ aux extrémités de ce diamètre. Une 3ème tangente CMD tangente en M d’où AA’ en C, BB’ en D. Démontrer que CÔD est droit  et que l’on a ACxBD=RR étant le rayon. On joint C et D à un point fixe P du diamètre AB situé entre O et B. Et l’on pose OP=a AC=r . Calculez en fonction de r, de R et a. la surface du triangle PCD. Etudiez la variation de cette surface quand a vari. Trouvez la valeur de x pour laquelle la surface est minime.

Je résous avec plus ou moins de peine ces problèmes. A 5h je sors et me promène en ville. Nous ne partons que  le lendemain. Je soupe à 17h20 en ville, puis je vais à l’hôtel de Marseille. Je me couche de suite à 8h.

 

Jeudi, le 7 janvier 1915

Grenoble

Grenoble Caserne du 2ème d’artillerie

Réveil à 3h1/2. Nous nous mettons en tenue de sortie. Rassemblement vers 5h. Auparavant nous avons touché chacun une musette, une boite de thon, pain et fromage. Nous partons au nombre de 100 à 5h sous la conduite d’un aspirant. Le voyage est assez gai. Nous arrivons à Grenoble à midi. Nous traversons toute la ville jusqu’au quartier du 2ème d’artillerie. Là-bas on nous dit que les examens dureront 2 jours et ne commenceront que le lendemain matin à 8h par une composition de français. En attendant on nous donne une piaule à notre disposition. Le quartier est mieux que celui du 54. 3 grands bâtiments en angle droit au milieu desquels il y a une grande cour. N’empêche qu’il parait qu’en matière d’exercice on est bien plus strict. A 1h nous sortons en ville. Nous nous promenons pendant 2h. Grenoble est une gentille petite ville. Malheureusement il n’y a que 500m de boulevard animé à faire de la place Victor Hugo à la place Grenette. Nous trouvons un joli point de vue sur l’Isère ; un pont derrière lequel s’étendent les Alpes dauphinoises. L’effet est merveilleux. Après 5h nous allons dans une petite brasserie dans la grande rue où nous nous amusons bien. Nous rigolons ainsi pendant 1 heure après quoi nous allons souper à la « Boulangère » 17h45. Nous y dînons très bien. A 9h nous rentrons au quartier. Nous couchons tout habillé sur la paille. Malgré ça il fait très froid la nuit.

Du 2 au 6 janvier 1915

Samedi, le 2 janvier 1915.

Revue de détail. Le commandant Oduy m’interroge si je me plais au régiment sur quoi je lui réponds oui. Le soir Charles à toujours de la fièvre. Le major est venu le voir et lui a donné 4 jours de convalescence.

 

Dimanche le 3 janvier 1915

Présentation de chevaux au colonel. Ce soir je fais une visite à Mr le Pr Boechel à l’hôtel terminus. Nous causons jusqu’à 5h. Après ça nous nous promenons un peu avec Richer de Mulhouse qui va-être pilote. Le soir je dîne de nouveau chez tante Jeanne.

 

Du lundi 4 au Mercredi 6 janvier 1915

Le programme est toujours le même. Le lundi matin j’ai un très bon cheval avec lequel je pique un super galop de charge. Pendant la même sortie je manque de me tuer. Je suivais au galop un autre cheval. Tout à coup il fait un écart à gauche et moi je me trouve devant un arbre. En pleine vitesse je suis obligé de passer entre l’autre cheval et l’arbre. Moi tout en restant en selle je pare du bras sans quoi je me serai fracasser la tête contre l’arbre. Mais je m’en tire bien et continue mon galop. Le soir nous recevons des friandises de Nini. Pierre Geney m’écrie aussi de Bâle. Lundi soir je travaille un peu mon histoire en vue de mon examen d’EOR. Mardi soir souper au Tomassin. Après un bon dîner on nous sert le champagne, nous rentrons très gais. Auparavant nous avions fait une visite à Mr Keller-Dorian. Le lendemain soir nous soupons chez tante Jeanne. A 10h1/2 le chef me prévient que nous partirons le lendemain matin à 9h1/2 pour passer notre examen à Grenoble. Quel amusement §§§ Nous qui pensions partir seulement à midi.

Vendredi, le 1er janvier 1915

Au matin on se serre mutuellement la pince. Nous ne sommes relevés qu’à 10h1/2 après avoir fait les écuries.  Nous sortons vers midi et dînons chez tante Jeanne où nous trouvons toute la famille. L’après-midi Charles se couche étant refroidi pendant la revue du colonel Moriseau la veille. Edouard et moi allons en ville et faisons envoyer une belle corbeille de bégonia à Mme Flante, qui est si gentille pour nous quatre alsaciens. Le soir je retourne chez les Lutzus. Charles à 39,7° de fièvre et est obligé de rester là-bas. Oncle Paul obtient une permission pour lui. Je soupe là-bas et trouve en rentrant une lettre de Ginette qui me fait bien plaisir.

Décembre 1914

 

Vitriolerie3

La Vitriolerie. Quartier du 54ème d’artillerie

Mardi , le 1er décembre 1914

Voilà trois mois que nous sommes à la caserne. Treize semaines exactement. Le matin nous servons de pelotons de pièces pour l’examen des chefs de sections que font passer un commandant, des capitaines (entre autres le capitaine Loiseau) à 4 à 5 maréchaux des logis. Le soir nous apprenons l’alphabet Morse et faisons du 90. Cours du capitaine. Je rentre au quartier et cherche des frites.

Mercredi, le 2 décembre 1914

Voilà exactement 4 moi que la guerre dure. Le matin batterie attelée. Nous réservons de vives félicitations de l’adjudant Buix car nous sommes les meilleurs cavaliers de la batterie dit-il. Le soir nous sommes de piquet.

 

Jeudi, le 3 décembre 1914

Le matin nous montons les chevaux canadiens, 25 mn de trot assis. Le soir après le cours nous sommes invités chez tante Emma, Charles et moi. J’y apporte ma collection de journaux. Après un bon dîner nous rentrons au quartier.

 

Vendredi 4 décembre

C’est le jour de la Sainte Barbe, la fête des artilleurs. Le matin nous faisons la première sortie avec les canadiens qu’on a ferré. Nous faisons deux fois le tout du fort au trot. Ceux sont de très bons chevaux. A l’occasion de la Sainte Barbe nous recevons un dîner extraordinaire. Des macaronis au fromage, deux beaux morceaux de bidoche, du jambon, du fromage et deux quarts de vin. Un vrai festin. Le soir outre les patates une barre de chocolat et de la confiture. Après le cours de topographie du capitaine, je vais chez le cordonnier faire coudre des boucles à mes trousseaux. Ensuite nous sommes invités chez tante Jeanne. Les nouvelles sont bonnes. L’aile droite avance vers Altkirch.

 

Samedi 5 décembre 1914

Tout se passe normalement. Le soir j’écris le cours d’artillerie.

 

Dimanche 6 décembre 1914

C’est le jour de naissance de France , la St Nicolas. A midi nous dînons chez tante Jeanne. Après l’abreuvoir nous allons à la conférence de Mr Blumenthal , maire de Colmar. C’est très intéressant. Il défend les alsaciens et calomnie les Boches de toutes les façons. Il est très applaudi. Mr Herriot, Maire de Lyon, offre à la fin de la conférence un banquet au colonel belge Marsin, défenseur de Liège qui a assisté à la conférence. Ce dernier est très ovationné. A 6h1/2 je prends l’apéro avec les copains à la paix. Nous allons souper ensuite au Royal. On revient très guais. J’oubliai de dire que j’ai reçu une lettre de Roby Pfenninger de Zurich qui me donne l’adresse de Tournier à Lausanne. A la conférence je fais la connaissance d’un chimiste qui a été un an à Mulhouse. Il m’invite pour jeudi.

 

Lundi le 7 décembre 1914,

Le matin cheval. Le soir nous allons à Tomassin.

 

Mardi le 8 décembre 1914

Toujours même programme. Le soir j’écris une lettre à Roby Pfenninger à Zurich et une à Georges Tournier à Lausanne.

 

Mercredi le 9 décembre 1914

Nous faisons de l’équitation sur la piste. Après dîner à 2 h ½ Mr Stern de Mulhouse, l’adjudant major vient me chercher. Nous allons ensemble en ville. Elle nous offre l’apéro au café Royal. Après ça je rencontre Mr Hartmann de Mulhouse qui me raconte que les 3 médecins de cette dernière ville ont été emmenés à Rastatt. Un infirmier les avait dénoncés. Entre autres Mr le Dr Schlumberger. Le même jour son fils aurait été décoré de la croix de fer. Le soir nous sommes invités chez tante Jeanne. Mr Scholl et cousin Gérard sont également invités. A 9 heures nous rentrons en fumant un bon cigare.

 

Jeudi, le 10 décembre 1914

 Il pleut. Batterie attelée. Le soir cheval. Après le cours du capitaine nous sommes invités chez Mr et Mme Nicolier, les parents du jeune chimiste, cours de la Liberté. Ils nous font un accueil charmant. Un adjudant du 7ème cuirassier est également invité. Le repas est délicieux. Nous passons une très agréable soirée. Pour finir nous buvons le champagne en l’honneur de l’Alsace ? Nous revenons au quartier et sommes très très gais. Après l’appel je vais dire bonsoir à mon cher ami Menard.

 

Vendredi , le 11 décembre 1914

Le matin cheval, le soir nous allons faire une visite à Mme Favier, la mère du blessé de Mulhouse. Elle nous invite pour le lendemain avec Edouard. En rentrant nous passons chez tante Emma.

 

Samedi, le 12 décembre 1914

Rien d’important. L’après-dîner il ne reste plus que 7 chevaux à monter. Notre maréchal des logis Barbequot choisit les meilleurs cavaliers. J’ai la veine d’être parmi eux. Nous faisons du galop pendant plus d’une heure. Après le cours du capitaine nous allons en ville. Nous prenons un café crème au restaurant Royal où nous voyons le frère de Tourtellier qui est fantassin à St Etienne. Nous dînons ensuite chez Mme Favier.

 

Dimanche, le 13 décembre 1914

Le matin nous sortons à 10h. Nous dînons chez tante Jeanne. L’après-midi nous allons au cinéma Majestic, on joue « Ferdinand le noceur », très rigolo. Après nous soupons au Palais Royal.

 

Lundi, le 14 décembre 1914

Il pleut à torrent, J’écris à Pierre Fiesen en Angleterre, à mon parrain M. Richert et à Nini. Le soir nous sommes de piquet.

 

Mardi, le 15 décembre

Le soir nous dinons à Tomassin. En Alsace on progresse. Combat à Steinbach.

 

Mercredi, le 16 décembre 1914

Je mets le cours du capitaine au propre.

 

Jeudi le 17 au Lundi le 21 décembre 1914

Le travail au quartier devient monotone. C’est toujours la même chose. Et c’est drôle c’est la première fois que je le remarque. Heureusement qu’il y a des distractions le soir. Ainsi le mercredi nous soupons chez tante Jeanne, samedi nous sommes invités cher Mr et Mme Binder et la veille pour changer nous étions de garde-écuries…  le jeudi nous étions chez oncle Paul et toujours nous apprenons d’autres nouvelles : il parait qu’à Mulhouse certains Mrs ont un journal français qu’on arrive à faire passer les lignes.

Les derniers temps je pense souvent à mes chers parents. Si seulement ils pouvaient savoir que nous nous portons bien et que nous nous ne faisons pas de bile ! Pourvu qu’ils n’aient pas d’ennui à Mulhouse. Ils vont passer un bien triste Noël. C’est curieux comme les cœurs se rapprochent quand on est sans nouvelles de ceux qu’on aime bien. Je forme des vœux que Mulhouse soit bientôt de nouveau français afin que nous puissions correspondre librement. Je reçois une lettre de Georges Tournier. Il me dit que son grand-père est mort à Mulhouse. Il aimerait bien aussi s’engager et il envie mon sort, ce cher Georges ! Son père est parait-il accusé de haute trahison par les Allemands !

Lundi matin tante Emma nous envoie une lettre de Maman au quartier. Nous nous empressons de la lire. Voilà 4 semaines que nous n’avions plus de nouvelles. Elle est datée du 16 décembre. Maman nous dit qu’elle a pu nous faire parvenir cette lettre par l’entremise d’un voyageur. Elle nous dit qu’il y a un régime très strict en ville. La moindre chose peut vous compromettre de sorte qu’on peut attraper de la prison très facilement. Rudi Schmercher écrit souvent il est formé pour se battre contre les Russes. Gustave Schlagden-Haufen est prisonnier les Japonais. Il y a une concentration de troupes à Mulhouse, paraît-il. Aussi ai-je une idée qu’il va y avoir une grande bataille prochainement en Haute Alsace. Les Allemands veulent parait-il défendre Mulhouse à tout prix. Notre pauvre ville en verra encore de drôle ! Pourvu que notre quartier soit épargné et qu’il n’arrive rien à nos chers parents. Ils vont passer un triste Noël. Les choses marchent bien pour la Triple Entente. Les Serbes ont remportés une grande victoire sur les Autrichiens près de Belgrade. Les alliés progressent toujours par petit bons. Tous les jours ils prennent quelques tranchées. Du côté des Russes par contre ça ne marche pas merveilleusement. Ils sont toujours au même point. Les Allemands ont poussé jusqu’à la côte anglaise avec quelques croiseurs et ont fait environ 500 victimes parmi la population de 3 ports. Samedi soir en rentrant au quartier, je change de domicile pour la nuit. Je couche à côté de mon bon copain Menard. Je suis heureux d’avoir un ami au régiment auquel on peut franchement de tout.

Le dimanche après-midi je vais au cinéma Majestic. On y joue un drame qui a comme sujet une escroquerie de mines en Goldlandia. Le soir je soupe au « Palis Royal ». La veille nous avions une revue de détails. Le lundi soir nous rencontrons Mr Lehauff en ville. Nous lui parlons et il nous invite à prendre un boc à Tomassin. Il nous raconte qu’il a été pris par les français comme otage. A présent il circule librement en France. C’est un homme très gentil. Après ça nous soupons avec nos copains.

 

Le mardi, 22 décembre 1914

Attelage

Artillerie attelée

 

Il nous est arrivé un accident sur l’esplanade. Nous étions en train de faire de la batterie attelée que quatre chevaux s’emballent et tombent. Le canonnier du milieu est pris sous les chevaux et grâce à son habilité il arrive à se dépêtrer de sa position périlleuse. On met 5 minutes à les débricoler par terre. Ils sont complètement enchevêtrer dans les traits et le timon. Enfin tout fini bien heureusement. Le soir j’écris une longue lettre à Ginette Tournier.

 

Le mercredi, 23 décembre 1914

A partir de 7h, batterie attelée. Dressage des chevaux canadiens. Très amusant. Le soir nous fêtons Noël chez oncle Paul et tante Emma. Nous passons une très agréable soirée en famille. Les Lutzus y sont aussi. Oncle Paul nous fait un cadeau de 10fr et d’une blague à tabac à chacun. Ça me fait bien plaisir. Au champagne oncle Paul fait un toast et boit à la santé de Papa et Maman, l’oncle Bull et de la France avant tout. Nous accompagnons à 10h la famille Lutzus à la maison et retournons ensuite en ville ayant une permission de minuit. En ville nous assistons à un accident de tram rue de la République. Nous rentrons vers minuit.

 

Jeudi le 24 décembre 1914

Le froid recommence. Batterie attelée, encore un incident 2 chevaux s’emballent, ils tournent en rond. Tourtelier qui est encore sur l’avant train à la présence d’esprit de descendre. Le type sur le cheval saute également et se fourre dans la boue. Les deux chevaux foncent sur un arbre. L’un passe à gauche et le sous verge à droite. Par la force il casse les traits et se sauve. Le porteur tourne autour de l’arbre. La voiture est renversée, le timon et les roues cassées. Une distraction de plus. Le soir nous soupons à la chinoise. Nous fêtons Noël. Seulement c’est bien triste. Les copains sont presque tous le cafard. Je pense à mes chers parents et regrette beaucoup de ne fêter Noël avec eux. C’est en ces circonstances qu’on remarque le bien que vous font ces soirées traditionnelles en famille. Noël doit être bien triste cette année à Mulhouse. Nos chers parents et France doivent aussi penser à nous.

 

Vendredi, le 25 décembre 1914

Jour de Noël, voilà exactement 4 mois que nous avons quitté Mulhouse. Le matin nous partons après 11h après avoir pris la délicieuse gamelle en l’occasion de Noël. Nous allons prendre le café à la Paix et allons ensuite au cinéma Cursal, où on y joue le « Spectre blanc ». A 7 h nous sommes invités chez les Lutzus pour fêter Noël. Ils ont fait un petit arbre de Noël. Après le souper nous causons et fumons. (Je prends goût à ma pipe). Nous nous amusons bien. Emma nous résiste quelques poésies à propos.

 

Samedi, le 26 décembre 1914

Sommes de piquet.

 

Dimanche, 27 décembre 1914

Le matin lavage des bricoles, à midi nous dînons chez tante Jeanne. L’après-midi nous allons au cinéma.

 

Lundi, le 28 décembre 1914

Le matin j’écris une lettre de 16 pages à Georges, ainsi qu’une lettre à Pierre Walter qui est sous-lieutenant. Au Markstein dans les chasseurs à pied.

 

Mardi, le 29 décembre 1914

Nous passons un examen de commandement devant l’adjudant ayant posé notre candidature comme élève-officier de réserve.

 

Mercredi, le 30 décembre

Mercredi soir nous sommes invités chez oncle Paul et tante Emma. Oncle Paul nous raconte qu’il a eu l’ordre d’organiser les batteries et des postes d’observations autour de la ville pour parer aux attaques de Zeppelin à Lyon le cas échéant. La veille on aurait vu un Zeppelin au-dessus de Chaumont se dirigeant vers Lyon ! L’ordre est donné d’éteindre toutes les lumières des ponts et des quais du Rhône et de la Saône jusqu’à nouvel ordre.

 

Jeudi, le 31 décembre 1914

Nous fêtons la St Sylvestre aux écuries. Je me rappellerai toujours de ce nouvel an. Ah oui, ça n’était pas amusant. Aussi pendant mes heures de garde je pensais à mes chers parents, à France, à mes amis et à toutes mes connaissances de Mulhouse qui actuellement sont dispersés dans les quatre coins du monde. Oui j’étais bien bas, en pensant que les autres années on était tout tranquillement au coin du feu à blaguer en famille.

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CARNETS DE GUERRE

Carnet

Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

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Jean-Paul à Grenoble mars 1915

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Jean-Paul en permission Lyon décembre 1917

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Jean-Paul Sous-Lieutenant en juillet 1918


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