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Mardi soir, le 14 novembre 1916 – Lettre

Lettre19161130Chers Oncle et Tante,

Mes multiples occupations de ces derniers temps m’ont empêché de vous écrire plus longuement me laissant très peu de répit. Les deux dernières cartes lettres de tante Jeanne m’ont fait infiniment plaisir. Je suis heureux, chers Oncle et Tante, en recevant vos affectueuses lettres qui me touchent profondément. Vous ne pourriez croire combien on est sensible à toutes ces marques d’attention dans cette vie angoissante que nous menons depuis plus de cinq mois. C’est aujourd’hui mardi que Charles a dû vous quitter et je ne doute pas qu’après le départ de Georges vous devez trouver un grand vide à la maison. Quant à moi, ne songez pas encore de me voir parmi vous. Mon tour n’est pas encore près de venir ; il faut se résigner !

Merci de tout cœur, chère Tante, pour le paquet reçu hier soir. Il est arrivé en parfait état. Les bougies, la pile, le chocolat m’ont fait bien plaisir, quant au thé je ne manquerai pas d’en apprêter prochainement sur le fourneau que j’ai installé dans ma cagna. Et ce ne sera pas sans un petit serrement de cœur, car tout ce qui me rappelle le bon vieux temps, la vie à Mulhouse, me touche infiniment. Pourtant les circonstances sont bien différentes !

J’ai bien été peiné en apprenant que tante Emma était indisposée et je pense qu’elle va mieux.

Ici le temps est toujours très maussade. La pluie a cédé sa place à une brume épaisse qui rend nos ravitaillements nocturnes si non plus, au moins aussi difficultueux. Quant à la boue, elle est d’une épaisseur telle quelle ne sèchera pas avant l’été prochain !

Edouard est guéri et ne doit pas tarder à venir me rejoindre.

Je termine chers Oncle et Tante, en vous chargeant de mes gros baisers pour oncle Bull et cousin Gérard. Recevez vous-même, ainsi qu’à toute la famille d’affectueux baisers de votre dévoué

Jean-Paul

Lundi, le 7 novembre 1916.

ChevalBoueLe mois de novembre a été très pluvieux en dépit des intempéries les corvées abondaient. Que d’ennemies à vaincre à commencer par la boue, l’odieuse, l’implacable boue. La boue qui à chaque pas tend des pièges. La boue où l’on meurt.  Il faut avoir vu les convois de ravitaillement, caissons et chariots embourbés par-dessus les roues, leurs attelages disparaissant jusqu’au poitrail de même que les vaillants petits bourricots d’Afrique à moitié engloutis par cette glu vorace pour comprendre les tortures des damnés dans certains récits de l’Enfer de Dante ! Au surplus aucun spectacle n’égale en horreur et en émotion cette contrée bouleversée depuis tant de mois par la canonnade. Quelle terre de désolation ! sur des kilomètres carrés pas un arbre n’est resté entier. Tous ont été fauchés à un mètre ou deux de hauteur, ils dressent leurs lamentables squelettes telles qu’une douloureuse protestation. A tout instant des obus éclatent parmi les sinistres rangés de manches à balai, ce n’est plus que terre bouleversée, éclats d’obus, impressionnantes traces de corps à corps, casques défoncés, armes tordues, débris funèbres. Çà et là quelques croix surmontent les tombes des nôtres. Pas de nom, hélas ! Une baïonnette fichée en terre, un culot d’obus, une plaque d’identité fixée sur un bout de bois. Ailleurs le spectacle n’est non moins effarant. On dirait que des milliers de volcans ont depuis peu ouvert leurs cratères. Les cratères se touchent et se prolongent à perte de vue. Le cyclone embrasé s’est abattu sur cette terre qu’il a fouillée, éventrée, retournée, mouillée de mètre en mètre.  Rien n’a pu tenir contre le martèlement. A dire vrai la contrée qu’on a devant les yeux défie toute description. Le moutonnement de cratères qui part de là vers l’horizon c’est l’inexprimable dans la dévastation.

 

Mardi, 31 octobre 1916

RavitaillementJe pars en corvée à 4 h du matin par une pluie fine qui dure depuis la veille et tourne peu à peu au déluge balayant de rafales froides ce champ de bataille qui offre un spectacle lamentable de dévastation et de désolation. Vers midi le temps se lève miraculeusement. Sous un soleil pâle d’automne nous rentrons à l’échelon.

Lundi 30 octobre 1916

RavitaillementObus2Encore et toujours de la pluie ! En outre le vent froid qui vous glace les membres ! Nous assurons le ravitaillement malgré tout. Nos chevaux n’en peuvent plus et gèlent littéralement de froid sous cette pluie incessante. Notre groupe a été cité à l’ordre de la division pour sa bravoure. Un peu de repos aurait mieux récompensé notre mérite !

Mercredi 25 octobre 1916

CharriotAprès ce froid voilà le temps qui est de nouveau à la pluie, mes furoncles me retiennent au bercail. Hier le 24 nos troupes ont remporté une grande victoire à Verdun. Elles ont reconquis tous les points stratégiques qu’elles avaient mis cinq mois à céder ; le fort de Douaumont, le bois Fumin etc… J’ai élu domicile avec mon copain Régibier dans un abri. La tente n’étant à peine tenable par ce temps de plus en plus détestable. Aussi nous avons préféré chercher dans la terre la protection contre le froid et surtout la pluie en même temps ce réduit nous offre un refuge à peu près respecté des marmites. Mais un autre fléau : dans ce retranchement obstiné c’est une lutte de chaque instant pour défendre les vivres et les vêtements contre les rats, la vermine l’humidité. Malgré tout nous faisons bonne figure espérant de meilleurs jours. Insouciant du danger il m’est difficile de me résigner à l’hostilité des éléments. Quand les marmites tombent autour de moi je pense à autre chose, par contre je fulmine contre le mauvais temps et surtout la boue dans laquelle nous pataugeons depuis des semaines. Le terrain est dans un état épouvantable ; la saison est pluvieuse, le champ de bataille bouleversé chaque jour depuis tant de mois par la canonnade est presque impraticable. Nous et nos chevaux nous pataugeons dans des cloaques indestructibles, ces derniers s’enlisent et n’ont bien souvent plus la force de se relever même après les avoir dégagé à la pioche. Force est de les achever et si faire se peut les enterrer sur place. Nous même il n’est pas rare de nous voir enfoncés jusqu’aux genoux.

Samedi, le 21 octobre 1916

ObservateurPremière gelée blanche ! Des furoncles très désagréables me font beaucoup souffrir.

Vendredi, le 20 octobre 1916

ObservateurLa pluie a fait place au froid.

Jeudi, le 19 octobre 1916

TenteIl pleut sans relâche depuis hier soir. Nos toiles de tentes n’offrent qu’un abri très précaire. Nous nageons littéralement dans la boue.

Mercredi, le 18 octobre 1916

ComblesNous menons dans l’après-midi mille coups à la position de la batterie. Les Boches exécutent un feu de barrage terrible sur la route de Combles. Nous passons au trot, heureusement sans encombres.

Mardi, le 17 octobre 1916

Le temps s’est bien rafraichi, mais nous préférons le froid à la pluie.

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CARNETS DE GUERRE

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Jean-Paul HEDRICH, né en Alsace allemande à l'époque, s'est engagé à 17 ans dans l'Armée française. Il a alors pris le pseudonyme de MALHERBE. Tout au long de la guerre de 14-18 il tient son journal dans de petits carnets. 100 ans après ses carnets et ses lettres sont retranscris au jour le jour sur ce blog.

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